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Trois questions sur le rachat de Twitter par le milliardaire Elon Musk

Iconoclaste et fervent libertarien, l'homme le plus riche au monde devient donc le propriétaire de la plateforme, désormais valorisée à quelque 44 milliards de dollars.

Article rédigé par Vincent Matalon - avec AFP
France Télévisions
Publié Mis à jour
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Le compte Twitter d'Elon Musk est suivi par plus de 83 millions d'utilisateurs. (CELAL GUNES / ANADOLU AGENCY / AFP)

Après la route avec Tesla, l'espace avec SpaceX, internet avec Twitter. Le milliardaire américain Elon Musk va racheter le célèbre réseau social en acquérant l'ensemble de ses actions au prix de 54,20 dollars l'unité, a annoncé lundi 25 avril Twitter dans un communiqué. De quoi valoriser l'entreprise à environ 44 milliards de dollars (environ 41 milliards d'euros).

Iconoclaste et fervent libertarien, l'homme le plus riche au monde devient donc le propriétaire de la plateforme qu'il considère comme "la place publique numérique où les sujets vitaux pour le futur de l'humnité sont débattus", d'après le communiqué publié lundi soirComment va se conclure l'affaire ? Quels changements peut-on attendre sur Twitter ? Franceinfo fait le point sur ce rachat en trois questions.

Pourquoi Elon Musk rachète-t-il Twitter ?

Sans doute d'abord parce qu'à l'image d'un Donald Trump en son temps, Elon Musk est un utilisateur frénétique de Twitter. Suivi par plus de 83 millions de personnes, le businessman se sert presque tous les jours de son compte pour donner des nouvelles de ses entreprises, plaisanter ou lancer des provocations.

En août 2018, le milliardaire avait ainsi annoncé disposer des financements nécessaires pour retirer Tesla de la Bourse pour 420 dollars l’action. Une bravade pas franchement du goût de la SEC, le régulateur de la Bourse américaine, qui lui avait imposé de céder la présidence du conseil d'administration de Tesla, de payer une amende de 20 millions de dollars et exigé par la suite que ses tweets directement liés à l'activité de Tesla soient approuvés par un juriste compétent.

Elon Musk n'est également pas tendre avec la politique de modération de Twitter, qu'il juge trop interventionniste. Lors d'une interview TED diffusée le 14 avril, le patron de Tesla avait indiqué vouloir s'emparer du réseau social pour le transformer en "une arène inclusive pour la liberté d'expression".

Dans le communiqué officialisant le rachat de Twitter, Elon Musk a particulièrement insisté sur ce point. "La liberté d'expression est le fondement d'une démocratie qui fonctionne, et Twitter est la place publique numérique où sont débattues les questions vitales pour l'avenir de l'humanité", estime-t-il. 

Cette acquisition était-elle prévue ?

Elon Musk lorgne sur le réseau social depuis plusieurs semaines. Au début du mois, le milliardaire avait déjà acquis 9% des actions de l'entreprise et ne faisait plus mystère de son envie d'en devenir propriétaire. A l'époque, les membres du conseil d'administration n'avaient que peu goûté la manœuvre et avaient adopté un mécanisme financier complexe pour l'empêcher de passer à l'action, sitôt qu'Elon Musk aurait mis la main sur 15% du volume d'actions. 

Mais la situation a rapidement évolué au cours des dernières heures. Citant des sources proches, le Wall Street Journal a révélé que les administrateurs de Twitter avaient finalement accepté de rééxaminer la proposition d'achat faite par Elon Musk, après que celui-ci a rencontré en privé vendredi plusieurs autres actionnaires.

Des discussions ont eu lieu dimanche entre les deux camps, après que le patron de Tesla a affirmé jeudi avoir sécurisé la somme nécessaire à cette transaction, selon le quotidien économique américain. "Twitter jette un regard neuf sur l'offre et est plus susceptible qu'auparavant de chercher à négocier", écrivait ainsi le Wall Street Journal.

Qu'est-ce que cela va changer ?

Dans le texte officialisant le rachat de Twitter, Elon Musk déclare vouloir rendre le réseau social "meilleur que jamais en améliorant le produit avec de nouvelles fonctionnalités", donner une totale transparence sur le fonctionnement de son algorithme "pour augmenter la confiance" des utilisateurs, ou encore lutter contre les messages indésirables publiés automatiquement par des robots.

Mais le milliardaire a surtout promis de transformer le réseau social pour en faire "la plateforme de la liberté d'expression à travers le monde" et a expliqué qu'il s'agissait à son avis d'un enjeu de "civilisation" majeur. "J'espère que même mes pires critiques resteront sur Twitter, c'est ce que signifie la liberté d'expression", a-t-il ainsi écrit lundi.

Cette conception très large de la liberté d'expression laisse penser à certains observateurs qu'Elon Musk pourrait autoriser à nouveau des comptes supprimés, dont ceux de Donald Trump et de certains de ses partisans.

Mais comme le relève le New York Times (article en anglais), le milliardaire risque de ne pas avoir les coudées aussi franches qu'il le souhaiterait sur ce sujet : l'Union européenne a en effet adopté samedi une nouvelle législation sur les plateformes en ligne, le "Digital Services Act". Le texte prévoit de sanctionner d'une amende pouvant grimper jusqu'à 6% du chiffre d'affaires les réseaux qui modèrent trop légèrement les contenus illicites. En France, cela concerne notamment les propos racistes, antisémites, xénophobes ou incitant à la haine. Ce que n'a pas manqué de relever le secrétaire d'Etat français chargé du Numérique, Cédric O. 

La prise de pouvoir d'Elon Musk pourrait en revanche pousser Twitter à accélérer sa prise en charge des cryptomonnaies, relève un journaliste spécialité sur Twitter. 

Le milliardaire, dont la fortune estimée à 265 milliards de dollars est essentiellement issue des actions au sein de ses entreprises Tesla et SpaceX, est en effet un fervent partisan des cryptoactifs. En mai 2021, il avait annoncé que Tesla allait accepter les paiements en bitcoin, avant de faire marche arrière, évoquant l'impact environnemental de cette technologie. Ce qui ne l'a pas empêché de passer par Twitter pour faire l'apologie du Dogecoin, une cryptomonnaie à l'origine parodique, contribuant à faire s'envoler le cours.

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