Instagram accusé d'être "toxique" pour les adolescentes : les documents que Facebook met en avant pour se défendre

Selon une ancienne salariée de Facebook, le groupe sait qu'Instagram est "toxique" pour les adolescentes. Le patron de Facebook France, Laurent Solly, conteste les conclusions tirées à partir de documents internes.

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Radio France
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Instagram. Photo d'illustration. (ARNAUD JOURNOIS / MAXPPP)

Facebook et Instagram accusés d'avoir des effets dévastateurs sur la santé des adolescents : en septembre dernier, le Wall Street Journal a publié une série d'articles dans lequel il dévoile des documents internes de Facebook qui révèlent par exemple que "un adolescent sur cinq dit qu'Instagram nuit à son estime de soi". Des documents obtenus grâce à une lanceuse d'alerte, Frances Haugen. Facebook rejette ces accusations et relativise la portée des documents cités. Le patron du groupe en France, Laurent Solly, assure ainsi sur franceinfo, lundi 18 octobre, que "la conclusion de cette étude est fausse." Mieux : selon lui, sur certains critères, les études montrent au contraire "un impact positif" d'Instagram sur les jeunes filles

Qu'est-ce qui est reproché à Facebook et Instagram ?

Dans une série d'articles publiés en septembre, le Wall Street Journal point les effets toxiques de Facebook et Instagram pour la société. Ces articles se basent sur les conclusions de recherches internes, des milliers de documents, rendus publics par une lanceuse d'alerte, Frances Haugen, une ancienne salariée de Facebook. Le plus retentissant d'entre eux, publié le 14 septembre, détaillait les problèmes de santé mentale de nombreuses adolescentes confrontées, image après image, au mythe du corps féminin idéal : Facebook sait qu'Instagram est "toxique pour les adolescentes", selon ces documents internes. 

Frances Haugen enfonce le clou dans une interview pour CBS, et le 5 octobre, elle est entendue par la commission au commerce du Sénat américain. Elle maintient ses accusations et explique Facebook minimise son impact sur les les jeunes utilisateurs, en particulier les adolescentes. Frances Haugen accuse le groupe de "choisir le profit plutôt que la sûreté" de ses utilisateurs.

Quelles sont ces "études" dont Facebook assure que l'analyse est "fausse" ?

Des études menées ces trois dernières années et citées par Frances Haugen montraient par exemple que 32% des jeunes estimaient qu'Instagram leur avait donné une image plus négative de leur corps. Lundi 18 octobre sur franceinfo, Laurent Solly estime que ces accusations à l'encontre de Facebook sont "fausses", et qu'elles reposent sur des études dont "la conclusion est fausse". Il propose même qu'elles soient "publiées sur le site de franceinfo, comme ça les parents qui nous écoutent et les millions d'auditeurs, pourront se faire une idée". Les études mises en avant par le patron de Facebook France sont deux documents internes de Facebook, une présentation de 27 pages, et une autre de 66 pages. Après les révélations du Wall Street Journal, le géant américain les avait publiés dès le 29 septembre, en même temps qu'il les confiait au Sénat américain, avec des annotations pour relativiser leur impact.

Dans ces annotations, Facebook pointe notamment des conclusions relativement trompeuses écrites par les auteurs-mêmes de ces documents. Il précise que la méthodologie n'est pas totalement fiable, qu'il s'agit d'études destinées aux employés chargé d'améliorer les interfaces.

Laurent Solly affirme que "ces recherches sont utiles, et qu'il ne faut pas en faire des conclusions erronées". "Nous faisons des centaines d'études et de recherches par an, poursuit-il, qui ont comme impact d'améliorer l'utilisation des plateformes, nos outils, d'améliorer Instagram."

Et que disent ces études ?

Les deux documents internes sur Instagram sont plus nuancés que les conclusions qui en ont été tirées, assure Laurent Solly. "C'est une étude qui a été faite sur des jeunes femmes qui éprouvaient une forme de mal-être. 40 personnes ont été interrogées sur 12 critères, l'anxiété, la tristesse, la solitude etc. 11 des points montrent qu'Instagram, selon elle, améliore leur vie sociale, a un impact positif", explique-t-il.

L'un des deux documents en question analyse notamment l'impact d'Instagram sur des gens qui, comme le relève Laurent Solly, "ne vont pas très bien", et qu'il convient donc de relativiser. Et Facebook précise à plusieurs reprises dans ses annotations que l'échantillon de personnes interrogées est très faible, et différent selon chaque question posée. Par exemple, dans une de ces études, quand 32% des jeunes filles interrogées par Facebook ressentent qu'Instagram leur donne une image plus négative de leur corps, il s'agit seulement de 32% d'un échantillon de moins de 150 jeunes filles, ayant répondu à cette question. Et cet échantillon ne comprend que des jeunes filles qui ont déjà des difficultés avec l'image de leur corps. Pour d'autres problèmes, les jeunes filles interrogées estiment qu'Instagram a un effet positif sur le sentiment de solitude (51%) ou de tristesse (57%).

Dans l'autre document, en revanche, la présentation est moins flatteuse. Par exemple, sur un échantillon de personnes interrogées en Angleterre, sur 21% d'ados qui ont pensé à se faire du mal voir à se suicider, 22% disent que c'est arrivé à cause d'Instagram. Reste que Facebook, dans ses mises au point, revient sur deux documents internes. Frances Haugen, elle, dit s'appuyer sur son expérience pendant deux ans en tant que cheffe de produit chez Facebook et sur des milliers de documents qu'elle a emportés avec elle.

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