Word, Excel et Powerpoint débarquent sur iPad : une opération risquée pour Microsoft ?

Les abonnés à Office 365, la version dématérialisée en ligne de la suite de bureautique, pourront désormais l'utiliser sur leur tablette Apple. A condition de payer 99 euros par an.

Le directeur général du groupe américain Microsoft, Satya Nadella, à San Francisco (Californie, Etats-Unis), jeudi 27 mars 2014. 
Le directeur général du groupe américain Microsoft, Satya Nadella, à San Francisco (Californie, Etats-Unis), jeudi 27 mars 2014.  (JOSH EDELSON / AFP)

Les propriétaires d'un iPad pourront bientôt retrouver Word, Powerpoint ou encore Excel sur leur tablette. Microsoft a annoncé, jeudi 27 mars, l'ouverture de sa célèbre suite de bureautique Office aux écosystèmes de ses rivaux, à commencer par Apple. La suite bureautique sera gratuite pour consulter des documents, a annoncé le directeur général du groupe américain, Satya Nadella. En revanche, il faudra un abonnement à Office 365 pour les créer ou les éditer. Soit la coquette somme de 99 euros par an pour un particulier. 

"Nous sommes déterminés à faire fonctionner nos applications sur toutes les plateformes", a-t-il commenté, présentant depuis San Francisco (Californie, Etats-Unis) la stratégie qu'il compte mener. Dans cette même logique, il a assuré qu'il comptait rendre les versions complètes des programmes les plus largement utilisés de Microsoft compatibles avec toutes sortes d'appareils. Quels enjeux derrière cette petite révolution dans le monde très fermé des systèmes d'exploitation ? 

Non, c'est une réelle "opportunité" de revenus pour Microsoft 

"En permettant à Office de fonctionner sur l'iPad seulement avec un abonnement à Office 365, Microsoft incite un peu plus les consommateurs à migrer vers Office 365", ont indiqué les analystes de Credit Suisse dans une note. Selon eux, cela représente ainsi "une opportunité massive de revenus et de bénéfice opérationnel pour Microsoft".

Contrairement aux logiciels achetés sur supports physiques, qui une fois payés et installés sur un ordinateur peuvent être utilisés aussi longtemps que le consommateur le désire, l'abonnement à Office 365 doit être renouvelé. Il constitue donc une source de revenus plus régulière.

Concrètement, les abonnés à Office 365, la version dématérialisée en ligne de la suite de bureautique, pourront désormais ajouter leur iPad aux appareils reconnus dans leur profil. Cela leur permettra ensuite de créer et d'éditer des documents depuis leur tablette avec le traitement de texte Word, le tableur Excel ou le système de présentation Power Point, grâce à des applications spécifiques téléchargeables dans l'App Store d'Apple. 

Oui, Apple pourrait en profiter 

Dès cette annonce, le patron d'Apple, Tim Cook, a souhaité la bienvenue à Microsoft sur Twitter. "Il peut se réjouir", note 20 Minutes"Apple touchera 30% des abonnements à Office 365 souscrits depuis l'app Office", précise le site d'information. La marque à la pomme a par ailleurs déjà écoulé 200 millions de tablettes et reste la référence sur ce créneau, rappelle le New York Times (article en anglais).  

Du côté de Microsoft, la tablette Surface, lancée il y a environ un an et demi, reste un challenger, bien que les derniers résultats trimestriels du groupe montrent une amélioration de ses ventes avec des revenus doublés en trois mois (à 893 millions de dollars entre octobre et décembre, contre 400 millions de juillet à septembre). 

Oui, cette décision intervient trop tard 

Si beaucoup s'enthousiasment de cette volonté de Microsoft de vouloir rendre ces logiciels utilisables avec n'importe quel appareil, d'autres sont sceptiques, a rapporté le quotidien américain : cette décision de Microsoft survient après "des années de développement et de débat en interne, alors que le groupe se creusait la tête pour développer sa propre tablette", note-t-il.

Surtout, les utilisateurs d'iPad ont eu le temps de trouver des outils qui compensent le pack Office. Cette attente "leur a donné des années pour s'habituer à travailler sans [le pack Office], laissant de la place pour des start-ups et pour les produits concurrents d'Apple". Parmi eux, "Evernote, Quip, Smartsheet, Haiku Deck et iWork, désormais disponibles gratuitement", indique 20 Minutes.

Enfin, "le problème, outre l'abonnement, c'est qu'il faut exclusivement utiliser OneDrive de Microsoft pour stocker ses documents dans le cloud. Google Drive et iCloud ne sont pas intégrés", poursuit le site d'information.