FaceApp : faut-il vous faire des cheveux blancs pour vos données personnelles si vous utilisez l'application ?

Lancée en 2017, cette application propose de vous refaire le portrait et de vous veillir de plusieurs dizaines d'années. Certains estiment que l'intelligence artificielle mobilisée fait planer des menaces sur les données personnelles.

L\'application FaceApp propose plusieurs options pour modifier un visage et notamment un outil de vieillissement artificiel.
L'application FaceApp propose plusieurs options pour modifier un visage et notamment un outil de vieillissement artificiel. (FACE APP)

Vous n'avez pas pu y échapper. Les réseaux sociaux grouillent désormais de visages d'inconnus et de célébrités avec des rides et des cheveux blancs. Cette cure mondiale d'antijouvence est due à FaceApp, une application lancée par une petite équipe de développeurs russes en 2017 – Wireless Lab – qui connaît un regain d'attention et fait désormais l'objet d'un phénomène de mode dans le monde entier. Au fil du temps et des mises à jour, les montages obtenus avec FaceApp sont devenus particulièrement réalistes et effrayants.

L'intégralité des photos du téléphone scannées

Les développeurs n'ont pas livré tous leurs secrets, mais FaceApp ne se contente pas d'utiliser des "filtres" comme d'autres applications avant elle. Elle mobilise ce que l'on nomme un réseau de neurones artificiels. Cela signifie que des millions d'exemples vont être analysés par une intelligence artificielle afin d'en isoler les traits constants. Quelques indices suggèrent ainsi que l'algorithme de FaceApp utilise "les mêmes critères que nous utilisons dans la vie quotidienne pour évaluer l'âge ainsi que l'aspect féminin ou masculin des visages", écrit le site Gizmodo (en anglais).

Interrogé il y a deux ans par Techcrunch (en anglais), le fondateur de Wireless Lab, Yaroslav Goncharov, prenait l'exemple de l'outil permettant d'ajouter un sourire. "Ce ne sont pas simplement des lèvres qui bougent, mais tout le visage qui change de manière subtile et complexe. Vous devez prendre en compte un très grand nombre de facteurs : posture, couleur de peau, forme des lèvres et des yeux, qualité de l'image..."

C'est également ce qui permet à FaceApp de scanner l'intégralité des photographies présentes dans la galerie de votre téléphone, afin de détecter lesquelles représentent des visages. Ces photos sont alors directement disponibles dans l'interface de l'application et peuvent être modifiées. Peau éclaircie à la base des yeux, couleur des yeux estompée... Au-delà des cheveux gris et des rides, de subtiles altérations – à peine visibles à l'œil nu – permettent également de vieillir artificiellement le visage. Mais si vous êtes effrayés ou déçus par le résultat, pas de crainte. Le résultat est certes vraisemblable, mais il ne peut pas prévoir avec précision le visage que vous aurez dans le futur.

Une obscure politique de données personnelles

Pour fonctionner et se perfectionner, le réseau de neurones artificiels nécessite une masse incroyable de données. Et c'est ici que le bât blesse. Lorsque l'utilisateur consulte la page "données personnelles" (en anglais) de l'application, il découvre alors un ogre. Les serveurs de FaceApp collectent tout : adresse IP, type de navigateur, pages consultées, liens cliqués... Les "photographies et autres données" sont également susceptibles d'être collectées par l'application. Ces conditions, toutefois, sont similaires à celles d'autres applications, comme Snapchat.

Un message signé par un développeur américain, Joshua Nozzi, a toutefois mis le feu aux poudres. Ce dernier affirme en effet que FaceApp télécharge l'intégralité des clichés présents dans votre téléphone.

Ces accusations font toutefois l'objet d'une controverse d'experts et certains développeurs ont démenti de telles pratiques, comme cet ingénieur spécialisé dans le système iOS et ce hacker français sous pseudo, qui ont étudié le trafic des données après avoir téléchargé l'application. "Rien d'inhabituel n'est arrivé. L'appli charge les photos lentement mais elles n'arrivent pas n'importe où", explique Jason Mosidett sur Twitter. "Quand vous modifiez une photo, ils téléchargent cette photo et seulement celle-là sur leurs serveurs", ajoute le second. 

FaceApp semble donc plutôt collecter les clichés édités avec l'un des filtres proposés, résume le site 9to5mac (en anglais). En attendant d'en avoir le cœur net, mieux vaut, peut-être, restreindre l'accès de l'application à l'appareil photo et non à la galerie de photos. Les plus prudents désinstalleront même l'application et patienteront jusqu'à leur 70e anniversaire avant de se regarder dans un miroir.

D'autres questions restent en suspens, comme le sort réservé aux clichés collectés. Ces millions de données vont nourrir l'algorithme redoutable d'une application déjà capable de répérer seule les portraits dans l'ensemble des photos de votre galerie. Et ensuite ? L'outil développé fera-t-il l'objet d'une transaction ? Difficile d'exclure une telle option. Au mois de mai dernier, la chaîne américaine NBC avait révélé (en anglais) que les millions de photos stockées sur l'application Ever avaient ensuite été utilisées par la société pour développer des outils de reconnaissance faciale. La technologie avait ensuite été revendue aux forces de l'ordre.