La sécurité dans la campagne : avant/après Toulouse

Quasi absent jusque-là, le thème fait un retour fracassant dans la campagne après les tueries de Toulouse et de Montauban. FTVi a épluché les programmes et décrypte les nouveautés.

Les tueries de Toulouse et Montauban ont replacé les questions de sécurité au cœur de la campagne. 
Les tueries de Toulouse et Montauban ont replacé les questions de sécurité au cœur de la campagne.  (SCOTT MACBRIDE / FLICKR / GETTY IMAGES)

Ils n'étaient pas beaucoup à avoir misé sur ce thème, se contentant d'annonces générales et peu chiffrées. Depuis les tueries de Toulouse et de Montauban, les candidats à l'élection présidentielle revoient leur copie. FTVi a épluché les programmes en matière de traitement de la délinquance et de renseignement, et a écouté les nouveautés. Décryptage avant/après Toulouse.

Nicolas Sarkozy : option pénalisation

Avant C'est SON rayon. L'ancien ministre de l'Intérieur avait déjà commencé à remettre le thème de la sécurité au cœur de sa campagne. Dans sa ligne de mire dès son meeting à Bordeaux le 3 mars : les récidivistes, condamnés pour deux délits ou crimes de même nature. Mais aussi les "réitérants", condamnés pour deux délits ou crimes de nature différente, à qui il promet aussi des peines planchers, selon le programme de l'UMP.

Sévérité judiciaire également au sujet des libertés conditionnelles. Il faudrait avoir effectué les deux tiers de sa peine pour en bénéficier s'il est réélu. Contre la délinquance des mineurs, Nicolas Sarkozy envisage la création d'un Code pénal spécifique avec "l'obligation de réparer le dommage".

Après C'est aussi le premier à avoir fait des propositions spécifiques après Toulouse. S'exprimant sous sa casquette de président, le candidat UMP a annoncé trois nouvelles mesures pour réprimer "l'apologie du terrorisme", dont la création de deux nouveaux délits : la consultation "habituelle des sites internet qui font l'apologie du terrorisme" et les voyages "d'endoctrinement". Des propositions qui laissent les juristes sceptiques

François Hollande : option hésitation

Avant Avec André Vallini, François Rebsamen et Manuel Valls à ses côtés, François Hollande tente de décomplexer la gauche sur le sujet, comme l'explique Politis (article payant). En quatre axes : "prévention, dissuasion, sanction et réparation". Prévention, avec le retour de la fameuse police de proximité. Dissuasion, grâce aux zones de sécurité prioritaires et à la création de 1 000 postes chaque année, dans la justice, la police et la gendarmerie. Sanction, avec le doublement du nombre de centres éducatifs fermés pour mineurs.

Concernant la surveillance du territoire, le journaliste Jacques Massey, sur le site Intelligenceonline.fr, révèle que François Hollande prévoit une réorganisation de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) pour relancer la collecte d'informations en milieu ouvert.

Après En meeting à Aurillac jeudi 22 mars, le candidat socialiste a refusé "de laisser la sécurité à la droite" mais s'est dans le même temps abstenu de faire de nouvelles propositions pour "ne pas faire du Sarkozy". Du coup, en Corse samedi 24, il a critiqué le bilan du président sortant et réclamé "davantage de moyens".

• Marine Le Pen : option radicalisation

Avant Thème traditionnel du FN, la sécurité est en bonne place dans le programme de Marine Le Pen. Il rétablit notamment la peine de mort et instaure une peine de prison à perpétuité réelle. Les récidivistes condamnés à un an de prison ou plus verraient leurs prestations sociales supprimées, tout comme les parents de mineurs récidivistes.

Après Trois jours après la mort de Mohamed Merah, la candidate frontiste a clairement fait le lien entre immigration et menace terroriste, lors de son meeting nantais. Voulant mettre "l'islam radical à genoux", elle propose le port d'un bracelet électronique pour les Français qui rentreraient d'Afghanistan ou du Pakistan, la surveillance des prêches dans les mosquées ou la visite de "toutes les caves des banlieues" pour en sortir "toutes les armes une à une". Et compte renforcer les "moyens humains et légaux de la police", notamment en lui accordant "la présomption de légitime défense".

• François Bayrou : option réglementation

Avant Comme sur l'échiquier politique, le centriste tente le juste milieu entre prévention et répression en matière de sécurité et de justice. Sur le terrain, il veut "enraciner des forces de sécurité, de surveillance et de prévention", sans parler de police de proximité.

Mais aussi "renforcer la vidéosurveillance dans les quartiers sensibles". Et développer les alternatives à la prison ou encore instaurer une sanction-réparation immédiate avec des mesures éducatives pour chaque premier délit, particulièrement pour les très jeunes.

Après Au cours de son "Zénith" dimanche 25 mars, le candidat du MoDem s'est interrogé sur la facilité qu'a eue "un assassin désaxé (…) à se constituer un arsenal d'armes". Et d'annoncer que s'il était élu, sa "priorité" serait "que soit mis en œuvre un plan efficace de lutte contre les trafics d'armes".

Jean-Luc Mélenchon : option antistigmatisation

Avant Pointant du doigt les lois Loppsi, "les lois antijeunes" et les "lois sécuritaires attentatoires à nos libertés", le Front de gauche compte, dans son programme, d'abord protéger la population contre "le fichage policier et la vidéosurveillance". Une augmentation des forces de l'ordre est également prévue, avec un "meilleur déploiement" dans les quartiers difficiles, une unification de la police et de la gendarmerie et un retour de la police de proximité.

Après Pas de nouvelle annonce en rapport avec la sécurité. Jean-Luc Mélenchon s'est dit déterminé à "combattre tous ceux qui ont en commun la haine des autres, la guerre religieuse et les autres habillages de la démence criminelle" et à "lutter contre les assimilations et stigmatisations haineuses à qui cette situation pourrait servir de prétexte".

• Eva Joly : option dépénalisation

Avant Selon l'ancienne juge d'instruction, une politique de sécurité efficace, c'est d'abord une "justice indépendante et performante". Dans son programme, Eva Joly compte ainsi "renforcer les moyens des pôles judiciaires et policiers chargés de traquer la délinquance financière et environnementale et le crime organisé". Les forces de police seraient également territorialisées et renforcées. Elle prône une réforme de la justice antiterroriste "aux dérives nombreuses" et milite pour une légalisation encadrée de l'usage de cannabis, pour "assécher les réseaux de trafiquants".

Elle aussi propose l'abrogation des lois Loppsi au nom de la garantie des libertés publiques. Pus innovant, EE-LV souhaite le développement de la "justice réparatrice". A savoir la création d'une médiation réunissant délinquant et victime, expliquée sur le site justicereparatrice.org.

Après La candidate écologiste n'a fait aucune nouvelle annonce, estimant que "l'arsenal législatif contre le terrorisme était suffisant". Et d'ajouter : "C'est une erreur de raisonnement de penser que si les textes étaient différents, nous n'aurions pas d'actes terroristes." 

• Nicolas Dupont-Aignan : option protection (des frontières)

Avant Le candidat de Debout la République détaille dans son programme des mesures répressives d'ampleur : vraie perpétuité, double peine pour les étrangers condamnés à des délits graves, "tolérance zéro" envers les petites incivilités (concept sécuritaire américain expliqué par scienceshumaines.com).

Le candidat souverainiste prône également le recrutement de 10 000 policiers et gendarmes et une réforme du monde carcéral. En matière de prévention, il compte envoyer les élèves les plus turbulents dans des établissements spécialisés avec encadrement militaire, car "les caïds de la rue sont trop souvent les anciens caïds de la cour de récré".

Après Pointant du doigt le 24 mars sur RTL "les annonces jamais suivies d'effets" depuis cinq ans et l'"angélisme de la gauche", Nicolas Dupont-Aignan compte sur le "rétablissement des contrôles aux frontières" pour lutter "contre les trafics d'armes".

• Nathalie Arthaud et Philippe Poutou : option "pas de récupération"

La candidate de Lutte ouvrière, pour qui la seule façon de lutter contre la délinquance est de lutter contre le chômage, et celui du NPA, qui s'oppose à "une politique pénale répressive et sécuritaire", ont tous deux dénoncé la "récupération" et l'instrumentalisation" électorale des évènements. 

• Jacques Cheminade : option accusation

Avant Le candidat de Solidarité et progrès est aussi iconoclaste en matière de sécurité et de justice. Il compte entre autres opérer une redistribution des rôles ministériels et dégager policiers et gendarmes des tâches administratives. En matière de renseignement, il prône l'effacement des données personnelles détenues par l'Etat au bout de deux ans.

Après Dès le 20 mars, lendemain de la tuerie de Toulouse, Jacques Cheminade a trouvé un fautif et proposé d'interdire les jeux vidéo violents qu'il accuse de créer "un climat".