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SeaFrance : l'étonnant changement de cap du gouvernement

Alors que l'Etat s'était jusqu'ici montré réticent à soutenir le projet de coopérative (Scop), il a subitement décidé de le remettre à flots, lundi 2 janvier. Chronologie de cette volte-face.

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Nathalie Kosciusko-Morizet recevant les syndicalistes de SeaFrance, lundi 2 janvier 2012, à Paris. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

Journée décisive pour SeaFrance. Alors que l'on attend, mardi 3 janvier, la décision du tribunal de commerce de Paris sur la reprise de cette société par ses salariés, le gouvernement s'était jusqu'ici montré très réticent à soutenir le projet de coopérative (Scop), porté par la CFDT. Mais tout a changé lundi. Chronologie de cette étonnante volte-face du gouvernement :

Etape 1 : le gouvernement réticent au projet de reprise des salariés

Le 30 décembre 2011, c'est l'impasse. Après des heures de négociations, le dialogue semble rompu entre Thierry Mariani et la CFDT sur le projet de coopérative ouvrière pour reprendre SeaFrance. Le ministre chargé des Transports accuse les syndicalistes de porter "une très lourde responsabilité" si aucune solution n'est trouvée pour sauver l'entreprise, parlant même de "fanatisme" de la part de la CFDT dans ce dossier. Thierry Mariani espérait encore qu'"un autre repreneur" se manifesterait, allusion à l'offre avancée par le français Louis Dreyfus Armateurs (LDA) qui prévoyait de conserver 460 emplois équivalents temps plein. Cette offre avait toutefois été retoquée le 16 novembre par le tribunal de commerce.

Etape 2 : la volte-face et l'intervention de Nicolas Sarkozy

Le 3 janvier, revirement à 180°. "Le gouvernement a décidé de soutenir le projet de Scop du mieux des moyens de l'Etat", déclare la ministre de l'Ecologie et des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet, à l'issue d'une réunion à l'Elysée.

Tiphaine de Tricornot – France 2
 

Désormais, au yeux du gouvernement, c'est le seul projet viable, mais pas question pour autant d'accorder une aide financière que Bruxelles retoquera. Le chef de l'Etat lui même est donc monté au créneau. Dans une lettre, Nicolas Sarkozy a demandé lundi à la SNCF, actionnaire principal de SeaFrance, de s'impliquer en mettant en place "une indemnisation supra-légale exceptionnelle" en faveur des salariés licenciés. L'entreprise de transport ferroviaire "pourrait se porter acquéreur à la barre du tribunal", des trois navires qui appartiennent à SeaFrance. Elle louerait ensuite ces bateaux à la Scop.

Cette opération est "de nature à permettre de réunir une part considérable du besoin de financement de la Scop, a estimé le président. Sa réussite, toutefois, dépendra très étroitement de l'engagement concret et rapide des salariés de SeaFrance en faveur du projet de Scop", car l'idée-force du projet est que les salariés réinvestissent leurs indemnités de licenciement dans l'entreprise. Nicolas Sarkozy a également appelé "les collectivités locales du Nord-Pas-de-Calais à confirmer les aides promises au projet de Scop". Celles-ci sont de 12 millions d'euros.

Désormais le discours a radicalement changé. Pour Thierry Mariani, "aujourd'hui, il ne nous reste qu'un seul projet [...] Si l'on met l'argent des primes de licenciement au capital de SeaFrance, la société peut reprendre", expliquait-il lundi 2 janvier à l'issue d'une rencontre avec les syndicats.

Etape 3 : les réactions prudentes des salariés

La solution du gouvernement laisse sceptique l'avocat des salariés, Me Philippe Brun. "Que l'Etat s'intéresse enfin au dossier SeaFrance, c'est une bonne chose, explique-t-il. Mais la manière dont il s'y prend, et les solutions qu'il propose, sont mauvaises. C'est un montage juridique abracadabrantesque qui a peu de chance d'aboutir."
Les salariés ont l'impression d'avoir été piégés et attendent des positions beaucoup plus ferme de la part du gouvernement :

FTVi / Marianne Mas - France 2


De son côté, le Parti socialiste, par la voix de son porte-parole Benoît Hamon, a qualifié la décision, lundi, de "volte-face positive, même si elle tardive".

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