Les pistes du gouvernement pour réformer l'islam de France

Le ministre de l'Intérieur et des Cultes réunit pour la première fois, lundi, une "instance de dialogue" destinée à améliorer le dialogue avec les musulmans.

Le ministre de l\'Intérieur, Bernard Cazeneuve, le 7 juin 2015, à Paris.
Le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, le 7 juin 2015, à Paris. (LOIC VENANCE / AFP)

Bernard Cazeneuve a annoncé, lundi 15 juin, plusieurs mesures pour renforcer la formation des cadres religieux musulmans. Le ministre de l'Intérieur et des Cultes réunit pour la première fois, lundi, une large "instance de dialogue" destinée à renouer le lien avec des musulmans qui ne manquent pas de sujets d'inquiétude.

La création de cette instance avait été annoncée quelques semaines après les attentats jihadistes de janvier qui ont ébranlé la première communauté musulmane d'Europe, estimée à quelque cinq millions de membres, pratiquants ou non. L'exercice est délicat pour le gouvernement qui, en vertu de la loi de 1905, n'a pas vocation à organiser les affaires internes d'une religion, même s'il s'agit de la deuxième de France.

Bernard Cazeneuve a conclu cette première réunion par quelques annonces, déjà divulguées dans Le Parisien (article payant). Voici lesquelles :

Les imams venus de l'étranger devront maîtriser le français

Le niveau de français des imams et des aumôniers venus de l'étranger sera désormais contrôlé. Sur les quelque 1 800 imams en fonction dans l'Hexagone, seuls 30% sont de nationalité française et, de fait, la majorité d'entre eux sont des imams étrangers en détachement, payés par leur pays d'origine. Le gouvernement souhaite ainsi qu'ils parlent le français.

"C'est la maîtrise de la langue qui leur permettra de jouer pleinement leur rôle social et non pas seulement liturgique, défend Bernard Cazeneuve dans Le Parisien (article payant). Il faut que les imams puissent s'adresser à leurs fidèles, dialoguer avec eux tout comme les autorités civiles."

Imams et aumôniers devront passer un diplôme universitaire

Ces imams étrangers devront également suivre une formation "civile et civique" de 125 à 200 heures, conclue par un diplôme universitaire. Au programme, des cours sur les principes de la laïcité, le droit du culte, l'histoire et la sociologie des religions en France, la gestion des associations culturelles. Le ministre de l'Intérieur a annoncé la création de trois formations universitaires habilitées à Paris-Sud, Lille et Toulouse. 

Sur BFMTV, Bernard Cazeneuve s'est défendu de tout interventionisme : "Nous sommes dans un Etat laïc donc le gouvernement n'a pas à former les imams." Mais le ministre considère que les responsables du culte musulman doivent connaître les principes républicains.

Le ministre de l'Intérieur a indiqué que des conventions sont actuellement négociées avec les pays d'origine de ces imams détachés. Bernard Cazeneuve a ainsi rencontré son homologue algérien. En revanche, Le Parisien croit savoir que les discussions sont plus compliquées avec la Turquie.

Le gouvernement va recruter des aumôniers pénitentiaires

Le gouvernement entend également engager plus de moyens pour les aumôniers musulmans dans les prisons, afin de lutter notamment contre la radicalisation de certains détenus. D'après Le Parisien, soixante aumôniers pénitentiaires musulmans sont en cours de recrutement, ce qui portera leur nombre à 250 dans toute la France. Eux aussi devront suivre et valider les cours de formation universitaire.

En outre, le plafond d'heures qu'ils pourront effectuer dans l'année passerait de 1 000 à 1 600. Du coup, leur indemnité mensuelle passerait du simple au double. Pour une semaine de 35 heures, ils toucheront ainsi 2 059 euros net, contre près de 1 500 euros actuellement. Une revalorisation censée attirer des candidats de qualité, d'après le ministère.

Une cellule pour repérer et lutter contre les messages racistes et antisémites sur Internet

Une équipe sera chargée de lutter contre les messages xénophobes, racistes et antisémites sur Internet et sur les réseaux sociaux, a confirmé Bernard Cazeneuve.

Une enveloppe pour protéger les lieux de culte

Le ministre de l'Intérieur va consacrer 9 millions d'euros à protéger les lieux de culte. Une somme qui permettra, entre autres, de les équiper en dispositif de vidéosurveillance.