Les actes antisémites en hausse de 74% en France en 2018

Le nombre d'actes antisémites est passé de 311 en 2017 à 541 en 2018, a précisé le ministère de l'Intérieur. 

Des croix gammées inscrites sur des tombes dans le cimetière juif de Herrlisheim (Bas-Rhin), le 17 décembre 2018.
Des croix gammées inscrites sur des tombes dans le cimetière juif de Herrlisheim (Bas-Rhin), le 17 décembre 2018. (SEBASTIEN BOZON / AFP)

Un chiffre inquiétant. Les actes à caractère antisémite ont bondi de 74% en France en 2018, a annoncé le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, lundi 11 février. Le nombre de faits recensés est ainsi passé de 311 en 2017 à 541 l'an passé. Dans le détail, 183 actions antisémites ont été recensées (81 concernent des violences, des tentatives d'homicide et un homicide ; 102 concernent des atteintes aux biens) et 358 menaces à caractère antisémite ont été dénombrées.

Dans le détail, Beauvau recense dans son communiqué 81 actions antisémites violentes en 2018, dont un homicide. Selon une source proche du dossier citée par l'AFP, le ministère fait référence au meurtre de Mireille Knoll, une octogénaire juive tuée en mars 2018 à Paris, pour lequel deux suspects ont été mis en examen.

"C'est la République qu'on attaque"

Cette annonce intervient après plusieurs dégradations commises pendant le week-end. Une image de Simone Veil — figure de la vie politique française et européenne, déportée à 15 ans dans le camp d'Auschwitz — a été barrée d'une croix gammée à Paris, un tag "Juden" inscrit sur la vitrine d'un restaurant parisien et un arbre en mémoire d'Ilan Halimi, tué en 2006, a été tronçonné à Sainte-Geneviève-des-Bois (Essonne).

"L'antisémitisme se répand comme un poison", a déclaré Christophe Castaner, après s'être rendu sur place. Il a affirmé que le gouvernement ne laisserait "rien passer" et a qualifié cet acte "d'attaque contre l'espérance".

En attaquant un culte, en attaquant la mémoire d'Ilan Halimi, c'est la République qu'on attaque.Christophe Castaner, ministre de l'Intérieurà l'AFP

"Face aux vents mauvais de l'antisémitisme, la République fera bloc. C'est son honneur, c'est son devoir", a tweeté de son côté le secrétaire d'Etat à l'Intérieur, Laurent Nuñez.

Des données très variables selon les années

Ces données sont compilées par le service de protection de la communauté juive (l'observatoire national contre l'islamophobie en fait de même avec les actes antimusulmans) à partir des plaintes et des mains courantes déposées au commissariat. Ce bilan est ensuite vérifié par le ministère de l'Intérieur avant d'être communiqué chaque année par la place Beauvau.

Le nombre d'actes antisémites est très variable selon les années mais il est toujours resté à un haut niveau, comme le présente ce graphique qui intègre à la fois les "actions" et les "menaces". Le pic a été atteint en 2004 avec 974 actes recensés. Les années 2016 et 2017 avaient été l'occasion d'un recul dans ces actes.

Les faits antimusulmans, au nombre de 100 en 2018, ont eux atteint leur plus faible niveau depuis 2010. Les faits racistes et xénophobes — hors actes antisémites et antimusulmans — se sont eux de nouveau repliés en 2018 (496) après une décrue spectaculaire en 2017 (14,8%), note par ailleurs le ministère. "Antisémite, islamophobe, antichrétien, raciste, xénophobe : il n'y a pas de petite atteinte, pas de petite insulte, a estimé Christophe Castaner. Rien ne sera toléré : chaque coupable devra être trouvé et jugé."