Ce qui dérange dans le rapport du député Malek Boutih sur le jihadisme

Interlocuteurs douteux, inprécisions, soupçons de conflit d'intérêts : les critiques pleuvent après la publication du rapport du député PS de l'Essonne sur les dérives islamistes. 

Le député PS Malek Boutih, le 12 mai 2015, à Paris. 
Le député PS Malek Boutih, le 12 mai 2015, à Paris.  (CITIZENSIDE / AURELIEN MORISSARD / AFP)

Le député PS de l'Essonne Malek Boutih a rendu, jeudi 2 juillet, au Premier ministre, son rapport sur le jihadisme. Intitulé "Génération radicale", le document, de 68 pages, avait été commandé par Manuel Valls pour développer des pistes de réflexion sur la prévention des dérives islamistes chez les jeunes. 

Le député dresse le tableau noir d'une "génération au bord de la rupture". Il décrit une jeunesse qui se radicalise sur internet et appelle à la formation d'un commissariat à la souveraineté numérique pour l'empêcher. Sauf qu'en y regardant de plus près, certaines imprécisions et choix de l'auteur interrogent sur la crédibilité du document. Francetv info fait le point sur ce qu'on reproche au rapport de Malek Boutih. 

D'étranges interlocuteurs

A la lecture du rapport, c'est d'abord le choix des intervenants qui interpelle. En plus de quelques spécialistes de la question, comme Gilles Kepel ou Pierre Conesa, le député de l'Essonne a par exemple choisi d'interroger Frigide Barjot, "plus connue pour son combat contre le mariage pour tous que pour son expertise sur les radicalismes religieux", note Le Monde

Autre intervenant pointé du doigt : le journaliste Jean-Paul Ney. Le consultant de la chaîne israélienne i24News avait diffusé, au soir de l'attentat contre Charlie Hebdo, le nom d'un lycéen mineur, soupçonné, à tort, d'être complice des frères Kouachi. Jean-Paul Ney s'est aussi, de nombreuses fois, illustré sur les réseaux sociaux pour ses propos haineux et islamophobes.

Interrogé par BuzzFeed, le cabinet de Malek Boutih explique que c'est lui qui "a demandé à être auditionné sur le sujet" et indique "ne pas avoir fait de recherche sur cette personne" au préalable.  

Une place trop importante accordée à son entreprise

Les soupçons de conflit d'intérêts planent sur le rapport du député. Dans la partie du texte consacrée au jihadisme en ligne et aux évolutions du numérique, Malek Boutih offre une belle tribune à Pierre Bellanger, directeur de Skyrock et auteur de plusieurs livres sur le sujet. Mais Pierre Bellanger est aussi... son patron, puisque Malek Boutih est directeur des relations institutionnelles pour Skyrock, rappelle Le Monde.  

Autre choix contestable : pour décrire l'usage des réseaux sociaux chez les jeunes radicalisés, Malek Boutih a choisi de prendre l'exemple de "l'application Yax utilisée par les adolescents". En plus d'être un service de Skyrock, Yax est loin d'être massivement utilisé par les jeunes. Comme le note Le Monde, l'application n'est placée qu'au 81e rang au classement des applications gratuites de réseaux sociaux sur iTunes. 

Plusieurs imprécisions

Le rapport commence par une citation présentée comme issue du Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry. Ce n'est en fait pas le cas, comme le précise le journal le Monde

Le quotidien du soir note une autre imprécision. Dans les solutions que Malek Boutih propose pour contrôler la navigation des jeunes sur internet, le député évoque "le contrôle du cœur de la toile qu’est le système d’exploitation". Sauf que le système d'exploitation n'est autre que le logiciel qui permet de faire fonctionner un ordinateur et n'a pas grand-chose à voir avec le contrôle d'internet. 

Malgré toutes ces inexactitudes, le rapport a été relativement bien reçu par les élus de l'opposition, comme le sénateur des Républicains Roger Karoutchi ou le maire de Saint-Quentin et ancien ministre Xavier Bertrand. Il a également été cité par Marion Maréchal-Le Pen dimanche 5 juillet, comme le note Europe 1