Voies sur berges, Vélib', rats... A Paris, les galères s'accumulent pour Anne Hidalgo

Le tribunal administratif de Paris a annulé mercredi la mesure-phare de la maire socialiste pour lutter contre la pollution de l'air.

La maire de Paris Anne Hidalgo, le 30 janvier 2018 lors du dîner annuel du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France.
La maire de Paris Anne Hidalgo, le 30 janvier 2018 lors du dîner annuel du Conseil de coordination des organisations arméniennes de France. (CHRISTOPHE PETIT TESSON / AFP)

Mauvaise passe pour Anne Hidalgo. Le tribunal administratif de Paris a annulé, mercredi 21 février, la fermeture des voies sur berges décidée par la mairie pour lutter contre la pollution de l'air dans la capitale. L'élue socialiste a, dans la foulée, annoncée qu'elle ferait appel et qu'elle prendrait un nouvel arrêté de piétonnisation afin que la voie qui relie l'entrée du tunnel des Tuileries à la sortie du tunnel Henri-IV reste piétonne. 

Il ne s'agit là que du dernier revers en date pour Anne Hidalgo. Vélib', propreté, panneaux publicitaires… Les galères s'accumulent ces dernières semaines pour la maire de Paris.

La piétonnisation contestée des voies sur berges

Quel est le problème ? Voulue pour lutter contre la pollution de l'air et redonner aux piétons et vélos l'usage des berges, la fermeture de la voie Georges-Pompidou interdit, depuis l'automne 2016, aux voitures de circuler sur 3,3 km sur le quai bas le long de la Seine. La mesure est très contestée par la droite, ainsi que par les représentants des automobilistes.

Mercredi, le tribunal administratif a annulé la délibération du Conseil de Paris qui a permis la rédaction de l'arrêté créant la promenade publique sur la voie Georges-Pompidou. Pour le tribunal, cette décision a été adoptée "après une enquête publique réalisée sur le fondement d'une étude d'impact du projet" qui "comportait des inexactitudes, des omissions et des insuffisances concernant les effets du projet sur la circulation automobile, les émissions de polluants atmosphériques et les nuisances sonores, éléments majeurs d'appréciation de l'intérêt général du projet".

En outre, le tribunal a estimé que l'arrêté municipal du 18 octobre 2016 été pris sur le fondement d'un article du Code de l'environnement "qui ne permet pas au maire de prononcer une interdiction permanente d'accès des voitures à une voie mais uniquement d'interdire cet accès, à certaines heures, pour des nécessités liées à la circulation et à l'environnement".

Que répond Anne Hidalgo ? "Avec mon équipe, nous avons décidé de faire appel de cette décision et de prendre sans attendre un nouvel arrêté de piétonnisation", a réagi la maire de Paris devant la presse mercredi en fin d'après-midi.

La décision d'en faire un parc réservé à la promenade "a été saluée par les Parisiens mais aussi par des centaines de milliers de visiteurs venus du monde entier", a martelé l'élue, selon qui cette mesure, promesse de campagne, "fait depuis un an et demi la fierté de notre ville".

Le fiasco du nouveau Vélib'

Quel est le problème ? Géré pendant dix ans par le groupe JCDecaux, le service de vélos en libre-service de Paris et d'une centaine de villes d'Ile-de-France a été officiellement transféré au 1er janvier au consortium franco-espagnol Smovengo pour la période 2018-2032.

Mais la transition entre les deux gestionnaires a été plus que chaotique. Smovengo  avait promis que 1 000 stations seraient opérationnelles au 31 mars, mais seules 285 bornes sont accessibles deux mois après le lancement, rapporte Le Parisien. L'objectif – établi après le Nouvel An – de 80 nouvelles stations ouvertes par semaine est loin d'être tenu : selon le quotidien, seules 18 bornes ont été activées durant la semaine du 12 février.

Et même lorsque les stations fonctionnent, le service proposé n'est pas franchement à la hauteur. Parmi les 285 stations opérationnelles, seules 32 acceptent les cartes de crédit et donc les tickets de courte durée, affirme Le Parisien. Et le journal de préciser que seuls 235 vélos à assistance électrique roulent actuellement sur le bitume francilien, quand Smovengo en promettait 7 200.

Que répond Anne Hidalgo ? "Changer d’opérateur est une chose compliquée. Mais cela ne justifie pas pour autant les retards. Il est essentiel que les usagers soient dédommagés", s'est agacée la maire de Paris dans les colonnes du Journal du dimanche, le 3 février.

Nous avons demandé [à Smovengo] d’accélérer le déploiement des stations. En attendant, il s’expose à de lourdes pénalités financières.Anne Hidalgoau "Journal du dimanche"

En guise de dédommagement, les élus parisiens ont voté la gratuité du service Vélib' en février. La mesure pourra être prolongée le mois suivant "si la moitié des stations n'étaient pas mises en service au 1er mars".

Les polémiques sur la propreté et la prolifération des rats

Quel est le problème ? Dans un rapport publié début février (document PDF), la Mission d'information et d'évaluation (MIE) formée par plusieurs élus parisiens et présidée par Florence Berthout, cheffe de l'opposition LR, dresse un état des lieux contrasté de la propreté de la capitale et note "l'exigence accrue de propreté manifestée par les habitants". Les propositions du rapport ont toutes été acceptées par l'exécutif, mais Florence Berthout s'est dite "pessimiste" car la maire de Paris "ne propose pas de calendrier" selon elle. 

La manifestation la plus spectaculaire de la saleté est la prolifération des rats, qui a pris une ampleur importante ces derniers mois, notamment en bords de Seine. Le Parisien a ainsi relayé une vidéo filmée le 9 décembre par des éboueurs. On y voit des dizaines de rats enfermés dans une benne à ordures située entre le musée d'Orsay et le Pont Royal, dans le très chic 7e arrondissement.

Que répond Anne Hidalgo ? La maire de Paris a défendu son bilan dans son entretien au JDD. "Paris compte aujourd’hui 5 036 éboueurs, soit 592 de plus qu’en 2001, quand la droite dirigeait la ville. Depuis que je suis maire, nous en avons recruté plus de 200", assure-t-elle, précisant que le budget annuel consacré à la propreté atteignait 550 millions d'euros.

Proposer de recruter 1 000 éboueurs de plus, comme le fait la droite, c’est de la surenchère. La droite ne dit d’ailleurs pas comment elle financerait cette mesure...Anne Hidalgoau "Journal du Dimanche"

Dans cette interview, elle explique également la visibilité des rats par la présence de nombreux travaux et les récentes crues, qui ont fait remonter les rongeurs à la surface. Anne Hidalgo assure que 300 sites sont actuellement traités contre les rats, et que de nouvelles poubelles de rue moins accessibles aux animaux seront mises en place cette année pour remplacer celles équipées par "ce petit sac plastique qui vole au vent".

Le retrait de panneaux d'affichage lucratifs pour le budget municipal

Quel est le problème ? Début février, le Conseil d'Etat a validé l'annulation par le tribunal administratif d'un contrat provisoire conclu entre la ville et JCDecaux, via sa filiale Somupi. Ce contrat provisoire, qui concernait 1 630 panneaux, prenait la suite d'un premier contrat entre la municipalité et l'entreprise concernant la gestion des mobiliers urbains, annulé par la justice car il ne respectait pas les règles de mise en concurrence, raconte Marianne.

Problème : ce contrat provisoire devait rapporter à la municipalité 40 millions d'euros, et les 1 630 panneaux concernés, déjà en place, ont dû être démontés en toute hâte.

Que répond Anne Hidalgo ? Dans un communiqué (PDF), la Ville de Paris a indiqué qu'une procédure de mise en concurrence était en cours, qui "permettra la reprise de l'affichage municipal sur les Mobiliers urbains d'information au plus tard à l'été 2019".