Covid-19 en Corse : "Il va falloir réinstaurer le masque obligatoire rapidement sur tout le territoire", estime le député Paul-André Colombani

Médecin et président de l’observatoire régional de la santé de Corse, il estime que seuls le masque, les gestes barrières et la vaccination peuvent enrayer cette "quatrième vague".

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Paul-André Colombani, président de l’observatoire régional de la santé de Corse, médecin généraliste et député Pè a Corsica de Corse-du-Sud, le 17 juin 2017. (PASCAL POCHARD-CASABIANCA / AFP)

"Il va falloir réinstaurer le masque obligatoire rapidement sur tout le territoire le plus rapidement possible", a déclaré mercredi 4 août sur franceinfo Paul-André Colombani, président de l’observatoire régional de la santé de Corse, médecin généraliste et député Pè a Corsica de Corse-du-Sud. Il espère que le plan blanc qui vient d'être activé sur l'île va permettre de "déprogrammer un certain nombre d'opérations" et éviter de rappeler les soignants en congés. Mais le médecin estime que la quatrième "vague est partie" et qu'on peut juste "essayer d'aplatir ce plateau". Sceptique sur l'intérêt du pass sanitaire, il prône en revanche "la vaccination obligatoire chez les soignants".

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franceinfo : Est-ce que le plan blanc va, selon vous, permettre de faire face à la situation, sachant que l'hôpital de Bastia connaît déjà un taux d'occupation de 80 % ?

Il faut relativiser quand on parle de 80 % de taux d'occupation, on parle par exemple de 10 places de soins intensifs en Corse. On a un système qui est extrêmement fragile en Corse, ça va très vite. Donc le plan blanc c'est une première réponse qui permet dans un premier temps d'éviter de rappeler des soignants. Nos soignants ont été extrêmement sollicités ces deux dernières années, comme sur le continent. Vous imaginez la tension qui règne en ce moment dans les hôpitaux, beaucoup sont en vacances, on espérait passer un été à peu près tranquille, le variant Delta en a décidé autrement.

La difficulté n'est-elle pas aussi de faire face aux autres urgences liées à la fréquentation touristique ?

La population de la Corse est multipliée par quatre ou par cinq l'été donc le travail en réa de fait est augmenté, mais ça c'est déjà pris en compte, c'est tous les ans que ça arrive, on sait faire face. Mais aujourd'hui, on a sur les bras le variant Delta qui est extrêmement contagieux, qui met l'hôpital sous tension et nous oblige à déprogrammer un certain nombre d'opérations, comme nous le recommande le plan blanc.

Comment expliquer cette brusque augmentation du taux d'incidence ? On est à 650 pour 100 000 habitants, 830 seulement la Haute-Corse qui est la plus touchée.

On savait que ce variant allait poser un certain nombre de problèmes. Mais après il y a probablement un certain relâchement après le déconfinement.

"La population a passé un an enfermée avec un certain nombre de contraintes, le déconfinement a probablement libéré un peu trop les esprits."

Paul-André Colombani, président de l’observatoire régional de la santé de Corse

à franceinfo

On a pensé que tout était terminé et en fait pas du tout. Aujourd'hui l'âge des gens hospitalisés a baissé d'une dizaine d'années, ils ont une cinquantaine d'années. Ce sont des gens qui ont probablement été contaminés dans des événements festifs et qui ne sont pas vaccinés pour la plupart.

Pourtant, il y a des mesures restrictives qui ont été mises en place sur l'île avec le masque obligatoire dans les principales villes. Ça ne suffit pas ?

Le masque obligatoire, les autorités avaient fait le choix de plutôt de zoner, de privilégier certaines zones de forte fréquentation. Le masque obligatoire, à mon sens il va falloir le réinstaurer rapidement sur tout le territoire le plus rapidement possible. Il y a des observations de l'Institut Pasteur qui montrent que la vague est partie aujourd'hui, qu'il n'y a plus rien pour l'arrêter. La seule chose qu'on peut faire pour essayer d'aplatir ce plateau, c'est premièrement de porter le masque et de renforcer les gestes barrières, et deuxièmement de vacciner, vacciner, vacciner.

Dans ce contexte, l'extension du pass sanitaire aux bars et restaurants à partir de la semaine prochaine. C'est une bonne chose, selon vous ? Rappelons que vous aviez voté contre cette mesure à l'Assemblée..

Le pass sanitaire sera un outil parmi d'autres, mais ce n'est pas la solution miracle. D'abord il y a un certain nombre de difficultés techniques pour le mettre en place, ça crée un certain nombre de tensions dans la société. Vu la situation de la Corse, cet outil est à mon sens en partie dépassé. J'ai en effet voté contre ce pass sanitaire. En fait il y a eu deux dispositifs. Le premier dispositif, qu'on avait demandé au mois de mai pour renforcer les contrôles en Corse, j'avais voté pour. Mais dans ce deuxième dispositif, il y a un certain nombre d'éléments qui me gênaient, qui me paraissaient incohérents. Si vous vous promenez sur une foire artisanale il vous faut un pass sanitaire, mais si vous vous promenez sur un marché il ne vous faut pas de pass sanitaire. Mais il y a un point sur lequel on ne doit pas reculer c'est la vaccination chez les soignants qui doit être obligatoire. Quand on est un soignant, pour des raisons morales et éthiques, on se doit de protéger au mieux ses patients et on doit se donner le maximum de chances d'éviter de transmettre ce virus.

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