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Comment la ville de Commercy s'est remise de la fermeture de son régiment

Le ministère de la Défense a annoncé la fermeture du régiment de Châlons-en-Champagne. Alors l'inquiétude grandit chez les habitants. Mais d'autres villes ont réussi leur reconversion. Exemple avec Commercy, dans la Meuse.

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Des militaires paradent lors de la cérémonie d'adieu à la ville et aux habitants du 8eme régiment d'artillerie de Commercy (Meuse), le 22 juin 2013. (MAXPPP)

Châlons-en-Champagne est sous le choc. La préfecture de la Marne va perdre son 1er régiment d'artillerie de marine, qui doit être dissous d'ici l'été 2015. Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, l'a officiellement annoncé, mercredi 15 octobre, en présentant le plan de restructuration des armées 2015, dans le cadre de la loi de programmation militaire 2014-2019.

Le lendemain, près d'un millier de personnes sont descendues dans la rue pour demander au gouvernement de suspendre cette décision. En jeu : le départ de 960 officiers, sous-officiers et soldats, dans cette ville de 45 000 habitants, rappelle France 3 Champagne-Ardennes. Une décision qui fait craindre le pire à Benoist Apparu, maire UMP de la ville, mais aussi aux commerçants et aux habitants.

Une activité économique en berne

A 120 km de là, la ville de Commercy, dans la Meuse, a vu elle aussi fermer dans la douleur son 8e régiment d'artillerie, en juin 2013. Un coup très dur pour l'économie locale : la baisse de l'activité économique a été immédiate dans cette petite sous-préfecture de la Meuse, déjà touchée par le chômage. 

"Il y a eu des licenciements dans les commerces et des CDD non-reconduits", raconte l'Union des commerçants industriels et artisans de Commercy à francetv info. Mais les efforts des habitants et des élus commencent à payer, et après l'inquiétude des premiers mois, le bilan est plutôt positif.

La démographie forcément affectée

En 2008, l'annonce de la fermeture du 8e régiment d'artillerie "est tombée comme une catastrophe", se rappelle Bernard Muller, l'ancien maire PS de la ville, contacté par francetv info. "Le départ de 800 militaires et de leurs familles, c'est près de 2 000 personnes qui quittent la ville et ses alentours", explique l'ex-élu. Forcément, dans cette petite ville de la Meuse qui ne compte que 6 300 habitants, c'est la consternation.

La région est déjà sinistrée. L'industrie n'a cessé de péricliter et la Lorraine est particulièrement touchée par le chômage. Mais les élus de Commercy veulent se battre pour leur ville. "Il y a eu un consensus politique de tous bords", se souvient l'ancien maire, qui sollicite alors des entrevues à la Défense, mais aussi à l'Elysée.

Des solutions qui se profilent

Finalement, Commercy finit par bénéficier d'un contrat de développement économique en 2011 et d’une compensation financière de 14 millions d’euros accordée par l’État en dédommagement du retrait des militaires. Un an plus tard, Bernard Muller remonte au créneau et obtient la révision du contrat de développement économique du territoire en décrochant un redéploiement à hauteur d’1,7 million d’euros.

En parallèle, avec l'appui de Gérard Longuet, sénateur UMP de la Meuse et ancien ministre de la Défense, Commercy réussit à attirer l'entreprise Safran. Le groupe aéronautique et son partenaire Albany construisent sur 20 000 m2 une usine qui emploiera à terme 400 salariés qualifiés, avec un carnet de commandes pour cinq ans. Les 80 premiers salariés s'apprêtent à prendre leur poste à la fin de l'année.

La ville se fait plus attractive

Outre l'aménagement de zones d’activité, la compensation financière accordée par l'Etat permet à la ville d'accompagner l'installation de Safran et de créer un centre de compétences lié aux activités du groupe au lycée de Commercy. Il accueillera près de 1 000 personnes par an à partir de janvier 2015Le centre de compétences formera à l'aéronautique et au traitement des matériaux composites, des lycéens, des apprentis et des étudiants issus d’écoles d’ingénieurs, mais aussi des demandeurs d’emploi ou encore des salariés en formation.

L'enveloppe accordée par l'Etat permet aussi de financer la construction de structures d'accueil. Tout est pensé pour rendre la ville plus attractive. Une "pépinière d’entreprises" est ainsi développée pour attirer les jeunes entrepreneurs et leurs entreprises en gestation. Elle s'étend sur 800 m2 de bureaux. Par ailleurs, "une grosse entreprise dont je tairai le nom s'apprête à s'installer sur le site de l'ancienne base militaire", se félicite Jérôme Lefevre, le nouveau maire divers droite de la ville, joint par francetv info.

L'optimisme de mise

Grâce à ces nouvelles perspectives, l'immobilier se développe. Un écoquartier est en cours de construction pour accueillir les familles des nouveaux arrivants. La communauté de communes du Pays de Commercy a pu racheter pour un euro symbolique la caserne. L'ensemble va être réhabilité et rénové en vue de proposer des appartements à la location. "L'offre hôtelière s'est aussi étoffée et améliorée", affirme le maire.

Pour Jérôme Lefevre, la commune "est en pleine reconversion économique, et n'a finalement pas subi de préjudice avec le départ des militaires". Un bilan positif que partagent la plupart des commerçants de la ville. "Les entreprises ont investi, les boutiques se sont modernisées", se réjouit l'association des commerçants locale. "Même si les difficultés sont là, il y a une réelle volonté de travailler ensemble pour que tout le monde s'en sorte." L'ambiance est plutôt à l'optimisme.

"Affectivement, une page se tourne. C'est toujours un déchirement pour une ville de garnison de voir partir ses derniers militaires. Ils entretenaient la relation entre l'armée et la nation importante pour le pays", se désole Bernard Muller. Mais l'ancien maire reste bien conscient de "la chance extraordinaire de ma ville par rapport à d'autres".

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