Procès Nemmouche : chaque jour, le conservateur du Musée juif de Bruxelles assiste à l'audience en veilleur de mémoire

Philippe Blondin, le conservateur du Musée juif de Bruxelles, assiste tous les jours au procès du terroriste. Pour lui, "pas de doute". Mehdi Nemmouche "est extrêmement bien formé pour les activités qu’il a menées." 

Philippe Blondin, le conservateur du musée juif de Bruxelles où quatre personnes ont perdu la vie le 24 mai 2014, à son arrivée à la cour d\'assise, le 20 décembre 2018.
Philippe Blondin, le conservateur du musée juif de Bruxelles où quatre personnes ont perdu la vie le 24 mai 2014, à son arrivée à la cour d'assise, le 20 décembre 2018. (JOHN THYS / AFP)

Chaque matin, il s’assoit seul sur le banc des parties civiles au procès de Mehdi Nemmouche. Dans son costume élégant, ses cheveux blancs clairsemés, son cahier de notes avec lui, Philippe Blondin écoute la lecture de l’acte d’accusation qu’il connaît quasiment par cœur. Le 24 mai 2014, il est en voiture lorsque le tireur surgit  à l’intérieur de son musée, le Musée juif de Belgique, à Bruxelles, dont il est le conservateur.

Parmi les quatre victimes, deux y travaillent : Dominique Sabrier, une Française retraitée et bénévole, et Alexandre Strens, un jeune étudiant. Parce que Philippe Blondin connaît la douleur de leur famille, il vient tous les jours comme un veilleur de leur mémoire. "Pour la maman d’Alexandre, se retrouver en face de M. Nemmouche est probablement extrêmement difficile, confie Philippe Blondin. C’est une femme qui a élevé ses huit enfants avec énormément d’amour et de soins. Il est certain qu’Alexandre était le plus jeune des enfants et un beau garçon de 24 ans, évoque Philippe Blondin. Et je ne vous cache pas que quand je pense à lui, c’est avec énormément d’émotion."  

De la ligne de défense dévoilée aujourd’hui par les avocats de Mehdi Nemmouche et de l’attitude de l’accusé, Philippe Blondin n’espère qu’une seule chose, un chemin vers la vérité.

Laissons la possibilité à ses avocats de défendre sa cause. Mais vous avez entendu l’acte d’accusation, c’est un acte qui se lit réellement comme un roman policier. Les charges sont terriblement accablantes.Philippe Blondin, conservateur du Musée juif

 "Il s’agit d’un homme manifestement intelligent, un homme calme, un homme sûr de lui, poursuit Philippe Blondin. Il est même souriant à certains moments. Donc nous avons affaire à un personnage, il n’y a pas de doute, extrêmement bien formé pour les activités qu’il a menées."   

Il n’y a pas de haine chez Philippe Blondin mais la certitude qu’il faut absolument continuer, dit-il, à jeter des ponts entre les communautés et les religions. Face à cette attaque terroriste qui, pour lui, est un crime contre la civilisation, les dessins de Gotlib ont été les premiers à s’afficher sur les murs du musée meurtri. Aujourd’hui, ce sont les images du photographe juif américain Leonard Freed, ces images des désordres du monde.

Delphine Gotchaux a rencontré à Bruxelles, Philippe Blondin, le conservateur du musée juif.
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