Saint-Étienne-du-Rouvray : "Je ne leur pardonne pas, mais je n'ai pas de colère", dit sœur Danièle, l'une des rescapées

L'église de Saint-Étienne-du-Rouvray rouvrira dimanche 2 octobre, dans une ville encore meurtrie par l'assassinat du père Jacques Hamel. Sœur Danièle, qui avait donné l'alerte, témoigne sur France Bleu Normandie (Rouen).

Sœur Danièle, témoin de l\'attentat perpétré dans l\'église de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 26 juillet 2016
Sœur Danièle, témoin de l'attentat perpétré dans l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), le 26 juillet 2016 (FRANCE 2)

Le moment devrait être être lourd en émotion. Dimanche 2 octobre, l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray rouvrira ses portes aux fidèles, plus de deux mois après l'assassinat du père Jacques Hamel, le 26 juillet dernier. Ce jour-là, sœur Danièle avait réussi à échapper aux terroristes et à donner l'alerte. Pour France Bleu Normandie (Rouen), Anne Bertrand, a recueilli le témoignage de la religieuse.

France Bleu Normandie : Comment vous sentez-vous, deux mois après ce drame ?

Sœur DanièlePsychologiquement, c'est vrai que l'image du père Hamel est toujours dans ma tête. Je le vois et je lui parle. Ça me fait du bien. Quand les choses ne vont pas, je lui dis : "Bon allez Jacquot, ça va bien !". Des petites boutades quoi... L'église, je n'y ai pas remis les pieds depuis le drame. Donc là, la réouverture le 2 octobre, honnêtement, j'ai un peu peur. Pour moi et pour tous les chrétiens de la paroisse, c'est une appréhension. Surtout pour certaines personnes qui étaient très proches du père Jacques. 

Quand on est religieuse, on a la foi, la prière, pour se remettre d'une telle épreuve. Éprouve-t-on aussi le besoin d'aller voir un psychologue ?

Je n'en ai pas éprouvé le besoin, pour l'instant. Mais je vais bientôt faire une retraite de dix jours de silence, et je vais essayer d'y intégrer ce que j'ai vécu. 

Quel regard portez-vous sur les terroristes qui ont assassiné le père Hamel ?

C'est un regard de pitié, de tristesse pour eux et surtout pour leurs familles. Eux ont fait le choix de mourir en martyrs. Je ne veux pas les juger. Ce sont des jeunes qui ont certainement eu besoin d'avoir un idéal dans leur vie. Et leur idéal c'était de mourir en martyr.

Je ne mets jamais les enfants responsables. Les enfants reçoivent. Ils reçoivent l'éducation, ils reçoivent l'amour de leurs parents, ils reçoivent tout le contexte de la société. S'ils n'ont pas à côté d'eux des parents, des animateurs, des éducateurs,  des adultes qui peuvent les aider à cheminer, à réfléchir... Les pauvres... Ils n'y sont pour rien. 

Leur avez-vous pardonné ?

Je ne leur pardonne pas, mais je n'ai pas de colère, pas de haine. Je me dis : "Ce n'est pas de leur faute". Ils n'ont pas reçu. Ou, s'ils ont reçu, ils n'ont pas compris, ils n'ont pas entendu. 

Vous qui vivez à Saint-Étienne-du-Rouvray depuis six ans, sentez-vous des tensions entre les communautés ?

Non, aucune. Il n'y a aucune tension entre les communautés chrétienne et musulmane. Il y a du respect. Il y a une cohabitation qui est bonne. Je n'ai jamais senti d'agressivité, de violence. Au contraire.