Attentat déjoué avant la présidentielle de 2017 : l'attitude opposée des deux accusés

Le procès des deux jihadistes soupçonnés d'avoir voulu commettre un attentat peu avant le premier tour de la présidentielle en 2017 s'est ouvert devant la cour d'assises spéciale de Paris. L'audience a débuté avec deux hommes aux profils assez différents.

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Radio France
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  (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS)

Deux hommes radicalisés sont jugés depuis jeudi 5 janvier devant la cour d'assises spéciale de Paris. Ces deux individus sont soupçonnés d'avoir voulu commettre un attentat, peut-être lors d'un meeting de Marine Le Pen, à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle en 2017. Ils avaient été arrêtés à Marseille en possession de quatre kilos d'explosif.

Dans cette affaire, les services de renseignements pensent être intervenus juste à temps. En avril 2017, un cyberenquêteur infiltré avait reçu une vidéo montrant, sur une table, des dizaines de munitions formant l’expression "la loi du talion". Une vidéo venant d’un interlocuteur qui cherchait semble-t-il à contacter le groupe État Islamique pour prêter allégeance.

Un accusé se compare aux résistants jugés par les Nazis 

Lors de la perquisition dans l’appartement loué par les deux jihadistes, des explosifs et des armes avaient été retrouvés. L'analyse des téléphones avait révélé que les deux individus avaient fait des recherches sur un restaurant casher, un club libertin et sur un meeting de Marine Le Pen. Il se déroulait le lendemain de l’interpellation. L’enquête n’a pas permis d’avoir de certitude sur une cible en particulier. 

L'un des deux accusés s'appelle Mahiedine Merabet. Cet homme radicalisé et aussi un multirécidiviste. Il a déjà été condamné pour trafic de drogue, vols, enlèvement. Lorsque l'accusé a été invité à prendre la parole, comme c'est de coutume en début de procès, Mahiedine Merabet, tenue soignée, chemise blanche et barbe bien taillée s'est levé une dizaine de feuilles en mains. 

Durant une quinzaine de minutes, cet homme de 35 ans a livré à la cour une tribune politique. "Je vais vous faire un terrible aveu, je n’ai aucune confiance en la justice de mon pays", déclame-t-il. Il a dénoncé d’office "une justice politique", une justice qui n’est rien d’autre "qu’une vengeance bien habillée". Dans son box, Mahiedine Merabet s'est comparé aux résistants jugés en 1942 au palais Bourbon par l’occupant Nazi. L'homme parle du terrorisme en expliquant que c'est "un concept élastique qui a beaucoup de sens émotionnellement, mais intellectuellement, aucun". Il reconnaît avoir détenu des armes et de l’explosif, mais "la mort de civils innocents" le "répugne".

"C’est d’islamophobie qu’il s’agit dans ce procès, je me considère comme un prisonnier politique musulman."

Mahiedine Merabet, l'un des accusés

franceinfo

À l'autre bout du box, il y a l'autre accusé : Clément Baur. Les deux hommes se sont rencontrés en prison. Clément Baur a 23 ans au moment des faits. Il s'est converti à l'islam à l'adolescence. Ce jeune homme est né dans le Val d'Oise et c'est un autodidacte. Il a appris seul l'arabe et le russe. Il est aussi connu pour être un maître de la dissimulation. Il avait ainsi quatre fausses identités russes et se faisait passer pour un Tchétchène. Clément Baur lui parle peu devant la cour. La présidente a rappelé son parcours : ses séjours à Verviers, fief du terrorisme islamiste belge, ou à Berlin où il a côtoyé l’homme qui avait foncé sur le marché de Noël en 2016, faisant 12 morts. La magistrate a aussi évoqué les conversations, entre Clément Baur et son père, enregistrées au parloir de la prison après son arrestation. Devant lui, il se vantait alors, avec ses quatre kilos d’explosif, d’avoir pu faire "un carnage".

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