Fermeture de la mosquée de Pantin, dissolution d'associations : un des avocats de l’association BarakaCity dénonce "une surenchère démagogique"

Me William Bourdon se dit "assez inquiet et préoccupé de cette espèce de fuite en avant sémantique qui foule au pied un certain nombre de principes fondamentaux de notre État de droit et de notre démocratie".

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Radio France
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William Bourdon, avocat, le 14 février 2020. (PATRICIA DE MELO MOREIRA / AFP)

La mosquée de Pantin (Seine-Saint-Denis) va fermer pour six mois à partir de mercredi. Cette notification de fermeture met en avant deux griefs : la personnalité de l'imam qui officie dans cette mosquée accueillant environ 1 500 fidèles et le partage d'une vidéo sur sa page Facebook dénonçant le cours montrant des caricatures de Samuel Paty, le professeur assassiné vendredi.

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"C'est normal après un attentat qui bouleverse l'opinion publique que l'État s'interroge sur d'éventuelles lacune", estime mardi 20 octobre sur franceinfo William Bourdon, avocat de l’association BarakaCity que le gouvernement entend dissoudre. Mais William Bourdon s'inquiète "de voir à nouveau des responsables publics de ce pays basculer de façon caricaturale, précipitée, dans une espèce de surenchère démagogique".

franceinfo : Est-ce qu'il va y avoir des recours juridiques contre cette fermeture ?

William Bourdon : Oui, il y aura certainement des recours. Cette décision est normale et anormale. C'est normal après un attentat qui bouleverse l'opinion publique que l'État s'interroge sur d'éventuelles lacunes ou failles du dispositif, mais c'est anormal de voir à nouveau des responsables publics de ce pays basculer de façon caricaturale, précipitée, dans une espèce de surenchère démagogique avec des éléments de langage totalement anxiogènes. Gérald Darmanin a dit qu'il y allait avoir des opérations de police pour intimider. Depuis quand la police dans le domaine public fait des opérations pour intimider ? Dois-je rappeler qu'à chaque fois qu'il y a eu un attentat dans ce pays cette surenchère s'est accompagnée d'une surenchère législative et bien souvent après coup, avec un regard critique exercé par les institutions européennes, on constate qu'on n'a pas tiré les leçons.

Quelles leçons doit-on tirer ?

La plateforme Pharos, pourquoi n'a-t-elle pas fonctionné sur l'ensemble des messages qui ont été postés en relation avec ce pauvre professeur victime de cet attentat ignoble ? Il y a des questions techniques qu'il faut se poser avant de basculer dans cette espèce de surenchère.

Elle contribue à institutionnaliser avec ses éléments de langage une logique de soupçon qui se répand dans ce pays comme une plaie, comme une malédiction, d'amalgame et de confusion entre des musulmans parfaitement républicains, qui respectent la loi, et des islamistes qu'il faut pourchasser avec la plus grande vigueur.

William Bourdon, avocat

à franceinfo

Le gouvernement accuse certaines mosquées et associations d'encourager une forme d'islamisme politique. Qu'en pensez-vous ?

C'est de la façade et de la communication publique et politique. On a bataillé pour obtenir des annulations, parfois dans une totale discrétion. En tant qu'avocat de BarakaCity, je dois rappeler qu'il y a une enquête qui n'a pas été menée de façon câline pendant des années et des années pour essayer de déterminer s'il y avait le moindre indice de lien avec le financement d'une action terroriste et l'action humanitaire qui bénéficiait à des millions de personnes de BarakaCity et il y a eu un classement sans suite. J'aimerais bien qu'on le rappelle. Donc, je suis assez inquiet et préoccupé de cette espèce de fuite en avant sémantique qui foule au pied un certain nombre de principes fondamentaux de notre État de droit et de notre démocratie.

Est-ce qu'il y a un risque de stigmatisation ?

Évidemment, cela fait des années que ce pays est pris dans une espèce de lèpre, à la fois une dérive autoritaire des hommes politiques et parfois des hommes publics pour survivre médiatiquement. Toutes les institutions européenne, le Conseil d'Europe, le Haut-Commissariat du Conseil des Nations-Unies ont envoyé des messages très puissants. Ils sont en alerte depuis 24 heures sur le fait qu'un certain nombre d'hommes politiques dans ce pays se comportent comme des pompiers pyromanes.

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