Enseignant décapité : un rassemblement à Paris pour éviter que ce soit "les beuglements qui tiennent lieu de débat", défend SOS Racisme

Le rassemblement est également soutenu par "Charlie Hebdo" et plusieurs syndicats enseignants.

Rassemblement en hommage à Samuel Paty, le 17 octobre 2020 à Rennes.
Rassemblement en hommage à Samuel Paty, le 17 octobre 2020 à Rennes. (JEREMIAS GONZALEZ / MAXPPP)

Dominique Sopo, président de SOS Racisme a expliqué dimanche 18 octobre sur franceinfo qu'il était "important de faire ce rassemblement populaire pour montrer une réponse immédiate" et éviter que ce soit "les beuglements qui tiennent lieu de débat dans l'espace public", après l'assassinat de Samuel Paty, professeur dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine. Un rassemblement soutenu par Charlie Hebdo est prévu dimanche à 15h place de la République à Paris à l'initiative de syndicats d'enseignants et d'associations dont SOS Racisme. Dominique Sopo se dit "abasourdi que l'on puisse mourir de faire son métier".

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franceinfo : Vous faites partie des organisateurs du rassemblement place de la République avec des syndicats d'enseignants. Vous entendez exprimer votre solidarité avec les enseignants ?

Dominique Sopo : C'était pour nous, SOS Racisme et pour les autres organisations, important de faire ce rassemblement populaire pour montrer une réponse immédiate dans des moments où souvent, malheureusement, on a vu ce que cela peut coûter, ce sont les beuglements qui tiennent lieu de débat dans l'espace public. Nous ne laisserons personne beugler et nous réunirons le plus massivement possible dans toute une série de villes de France, et notamment à Paris, place de la République, pour que ce soit la dignité qui l'emporte et non pas de la haine, encore et toujours.

Jean-Michel Blanquer devrait participer à ce rassemblement. C'est important que ce représentant de l'État soit présent ?

C'est important, évidemment, qu'il y ait une représentation de l'État, même s'il y a l'hommage national qui sera rendu dans quelques jours. C'est important de manifester dans ces moments qui sont des moments extrêmement graves parce qu'on s'attaque à un symbole de la République. Je suis moi-même enseignant dans le secondaire. Je suis abasourdi que l'on puisse mourir de faire son métier. Je pense que c'est un symbole en termes de fonction qui a été attaqué. C'est enseignant. C'est un traumatisme aussi pour des parents d'élèves, pour des élèves, au-delà même de ceux qui étaient dans cet établissement. C'est finalement dans beaucoup de familles l'irruption de la violence au sein même du foyer. C'est évidemment la manifestation de la haine qui peut s'emparer de certaines et de certains dès que l'on touche à la question de la liberté d'expression. Donc, bien évidemment, c'est important dans ces moments-là de montrer une unité, une détermination à être dans le soutien aux enseignants, être dans le soutien à des principes forts et à être dans le refus de la haine pour répondre à la haine, mais au contraire dans l'affirmation que l'on répond à la haine par la dignité et par la réaffirmation sans ambiguïté des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité.

Comment aider les enseignants qui font face une montée des atteintes à la laïcité ?

Le travail des enseignants est un travail qui peut être confronté évidemment à des difficultés, à des contestations, même si les atteintes à la laïcité semblent plutôt stables sur les dernières années. Pour que les conditions d'exercice de l'enseignement soient plus sereines, il faut qu'il y ait une cohésion très forte de l'ensemble de la communauté éducative autour des pédagogies, autour du contenu des enseignements et encore une fois, de ne pas se laisser impressionner par ceux qui beuglent. À un moment donné, ceux qui beuglent, si on recule devant eux, ils ne feront que beugler plus fort. Et c'est aussi par ce type de démonstration qu'il faut montrer que nous en sommes conscients, mais pas par des démonstrations ponctuelles, par des démonstrations constantes, permanentes qu'il n'y a pas de place à la terreur, qu'il n'y a pas de place à des remises en cause du contenu des enseignements. Les enseignants sont là pour former à l'esprit critique, pour faire en sorte que les jeunes puissent décrypter le monde, puissent apprendre à s'épanouir, à aimer la vie. C'est ça, un enseignant.