Boycott des produits français par la Turquie : Erdogan cherche à "pousser à la faute l'exécutif français", selon Pierre Razoux, historien

Selon l'historien, le président turc Recep Tayyip Erdogan provoque la France pour essayer de l'isoler "à la fois au niveau de l'Union européenne et au niveau de l'OTAN".

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Radio France
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Le président turc Recep Tayyip Erdogan à Istanbul le 12 septembre 2020. (XINHUA / XINHUA)

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a officiellement appelé lundi 26 octobre ses compatriotes à boycotter les produits français, après les tensions entre la France et la Turquie sur le traitement des musulmans de France.

"En personnalisant l'affrontement avec la France", le président turc cherche à "pousser à la faute l'exécutif français, en multipliant les provocations pour essayer d'isoler la France à la fois au niveau de l'Union européenne et au niveau de l'OTAN", a expliqué lundi 26 octobre sur franceinfo l'historien Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études.

La France, principal opposant européen à la Turquie en Méditerranée

Pour Pierre Razoux, Recep Tayyip Erdogan "cherche toujours une nouvelle manière, une nouvelle pirouette pour faire parler de lui, pour faire le buzz. Et en même temps, il vise à personnaliser l'affrontement avec l'exécutif français". "La France, c'est probablement aujourd'hui le seul pays européen présent en Méditerranée capable de s'opposer à lui si nécessaire", souligne le directeur académique de la Fondation méditerranéenne d’études. Il fait remarquer que "les Italiens sont prudents, les Espagnols sont un petit peu loin, les Américains ne sont plus vraiment là". En cas "d'action imprévue" d'Erdogan, le président turc espère que "si la France est isolée, elle aura du mal à mobiliser ses alliés".

Recep Tayyip Erdogan "essaie de faire une nouvelle fois diversion pour faire oublier les difficultés auxquelles il fait face à la fois dans son pays, mais aussi ses difficultés extérieures", explique Pierre Razoux. Du point de vue de la politique intérieure, l'historien rappelle que "l'agence Moody's a dégradé la note économique de la Turquie, ce qui la place dans une situation délicate". Il souligne également qu'Erdogan "se heurte à la Russie et à l'Iran, notamment sur le Nagorny-Karabakh. Il a dû faire marche arrière en Syrie puisqu'il a dû accepter la semaine dernière le repositionnement de ses observateurs dans la poche d'Idlib. Il est toujours coincé en Libye".

Erdogan veut se poser en "en héros populiste de l'islam politique"

Plus largement, Pierre Razoux ajoute que Recep Tayyip Erdogan "cherche à mobiliser les foules islamistes pour apparaître en héros populiste de l'islam politique, à la fois face aux monarchies arabes classiques, l'Arabie saoudite d'un côté, le Maroc de l'autre, et en même temps mobiliser tous les États qui soutiennent l'islam politique, l'Iran, le Qatar". Si ces Etats-là "ne soutiennent pas officiellement le boycott", Pierre Razoux estime qu'ils laissent "s'exprimer une revendication populaire. Et on peut penser que ces chefs d'État, ou en tout cas ces exécutifs affaiblis, essayent de caresser dans le sens du poil leurs propres islamistes et leurs propres oppositions".

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