Boycott de produits français au Proche-Orient : "La réponse dans les pays musulmans n'est pas généralisée", d'après un politologue

"Il y a deux perceptions différentes de la caricature et de la liberté d'expression", reconnaît Hasni Abidi, directeur du Centre d’Études et de Recherche du Monde Arabe et Méditerranéen. 

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L'appel au boycott des produits français dans les pays musulmans émane plus des réseaux sociaux que d'une position officielle, selon le politologue Hasni Abidi. (YASSER AL-ZAYYAT / AFP)

L'appel à boycotter les produits français émanant du Koweït et du Qatar, après qu'Emmanuel Macron a défendu publiquement le droit à la caricature, n'est pas une réponse unanime du monde musulman, rappelle sur franceinfo Hasni Abidi, politologue et directeur du Centre d’Études et de Recherche du Monde Arabe et Méditerranéen. "Il y a deux perceptions différentes de la caricature et de la liberté d'expression, mais en même temps, il faut relativiser, parce que la réponse dans les pays musulmans n'est pas généralisée". Selon lui, "il n'y a pas de consensus sur cette réaction ou l'appel au boycott de produits français".

Le politologue note une dissonance dans les discours au sein même de la population des pays concernés : "C'est très clivé, c'est complètement différent de la réaction après la publication de caricatures dans un journal danois. Là, il y avait un appel presque officiel de la part de plusieurs États et les produits danois ont complètement disparu des supermarchés".

Des leaders religieux en Algérie ont condamné l'assassinat de Samuel Paty

D'après Hasni Abidi, cet appel au boycott a la particularité d'émaner de groupes d'individus. "Ce sont des coopératives, et c'est grâce aux réseaux sociaux. C'est-à-dire que l'État lui-même est dépassé par cet appel au boycott qui, c'est vrai, a été relayé par certains partis politiques". Cela ne constitue pas selon lui une position officielle de la part des États. Les réseaux sociaux jouent un rôle déterminant dans la diffusion de ce message anti-français. 

Il faut lire ces tendances, pas comme une position officielle partagée par toute la population, mais comme une tentative de récupération, souvent politique et idéologique. 

Hasni Abidi, politologue

à franceinfo


Hasni Abidi observe que cet appel au boycott des produits français provoque une fracture entre les différents pays du Moyen-Orient : "Il n'est pas partagé par tous les États, il y a même certains leaders religieux qui ont condamné l'assassinat de ce professeur, notamment en Algérie par exemple". Selon lui, "il faut lire le monde musulman loin de ce bloc homogène".

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