Attentat de la rue des Rosiers : le Crif en appelle au président de la République "pour que les juges d'instruction puissent aller au bout de leur travail"

Un accord entre les terroristes et le renseignement français a été révélé, vendredi 9 août, 37 ans après cet attentat, qui a fait six morts à Paris.

Francis Kalifat, le 22 juillet 2018 à Paris
Francis Kalifat, le 22 juillet 2018 à Paris (MAXPPP)

Le président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), Francis Kalifat, a lancé mardi 13 août sur franceinfo "un appel au président de la République afin que tout soit mis en œuvre, tant sur le plan diplomatique que judiciaire, pour que l'on puisse entendre les responsables" de l'attentat de la rue des Rosiers, à Paris, en 1982. Le Crif réclame l'ouverture d'une enquête parlementaire, après les révélations de l'ancien patron des renseignements français, à propos d'un pacte conclus avec les terroristes. Cet accord leur garantissait l'absence de poursuites sur le territoire français s'ils s'engageaient à ne plus y commettre d'attentats.

franceinfo : Pourquoi réclamez-vous l’ouverture d’une enquête parlementaire ?

Francis Kalifat : Tout simplement pour que toute la lumière soit faite à la suite des révélations d'Yves Bonnet. Ce qu'il nous dit, c'est qu’il y a eu un accord secret passé entre notre pays et l'un des mouvements terroristes les plus actifs à l'époque. Seule une commission d'enquête parlementaire, avec la levée du secret défense, pourra faire la lumière sur cet accord ou ce pseudo-accord. Cela nous paraît tellement incroyable qu'une démocratie comme la France, dont on connaît aujourd’hui l'engagement fort à lutter contre les terroristes, ait pu passer un accord de ce type.

Est-ce que ça réveille en vous de douloureux souvenirs ?

Les souvenirs douloureux, ils sont pour les familles des victimes. C'est à eux qu’il faut penser aujourd'hui. Les trois suspects ont été identifiés par la justice française. L'un réside à Ramallah (Cisjordanie), l'autre en Jordanie, le troisième en Norvège. Le minimum que l'on doit aujourd’hui à ces familles de victimes, c'est que les terroristes responsables de ce massacre puissent être entendus par les juges français en charge du dossier.

Je lance un appel au président de la République, afin que tout soit mis en œuvre, tant sur le plan diplomatique que judiciaire, pour que l'on puisse au moins entendre les responsables de ce massacre, pour que les juges d'instruction puissent aller au bout de leur travail. Si suite à ces auditions, les responsables doivent être incarcérés, il faudra qu'ils soient jugés.

Si les faits s'avèrent exacts, serait-ce un scandale d'État pour vous ?

Oui, je crois que c'est un scandale d’État sans précédent. On ne peut pas imaginer que notre pays ait pu passer ce type d’accord. Il est indispensable que l'on puisse faire toute la lumière sur ces révélations.

Au-delà de la communauté juive, c'est d’abord le citoyen qui réagit. Bien sûr que cet attentat est un attentat antisémite, mais parmi les six victimes et les 22 blessés, la grande majorité était des non-juifs et notamment des touristes étrangers qui étaient dans ce restaurant à ce moment-là. C'est toute la France qui a été touchée.