Attentats du 13-Novembre : "l'union nationale n'a plus lieu en France", affirme le sociologue Gérome Truc

Le chercheur au CNRS a participé à une enquête sur les répercussions des attaques de Paris et Saint-Denis sur notre société. Elle montre que la multiplication des attentats n'augmente pas la xénophobie des Français. Gérome Truc pointe en revanche l'influence négative des discours politiques.

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Plusieurs responsables publiques dont Jean Castex, le Premier ministre, et Anne Hidalgo, la maire de Paris, rendent hommage aux victimes de l'attaque terroriste du Bataclan, à Paris, le 13 novembre 2020. (CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP)

Cinq ans après, la France commémore les attentats du 13 novembre 2015. Des cérémonies officielles restreintes sont organisées ce vendredi, en raison du confinement lié à l'épidémie de Covid-19, durant lesquelles les familles des victimes et rescapés ne peuvent pas se recueillir. "Le processus de mémoire est empêché cette année", estime Gérome Truc, sociologue au CNRS. Il co-signe "Face aux attentats", un travail collectif lancé après les attaques de Paris et Saint-Denis qui analyse leurs répercussions sur notre société et montre notamment que la xénophobie ne se développe pas en France.

Un "besoin de revenir sur les lieux"

"Normalement, les commémorations sont un processus qui permet de tourner la page progressivement et aux victimes de se reconstruire, à la société d'avancer, explique Gérome Truc. Il aurait dû y avoir une grande cérémonie mais elle ne peut pas avoir lieu. Normalement, les gens, aussi bien les victimes que des riverains et des personnes touchées, ont besoin de revenir sur les lieux, déposer des fleurs, recréer des mémoriaux", souligne le sociologue.

On a un télescopage d'événements qui font que l'anniversaire est quelque part en un sens empêché.

Gérome Truc, sociologue

à franceinfo

Parmi ces évènements, Gérome Truc cite le confinement lié à la crise sanitaire, mais aussi les récentes attaques terroristes en France et le procès des attentats de janvier 2015 qui se poursuit.

La tolérance augmente mais "l'union nationale n'a plus lieu"

Dans l'ouvrage collectif "Face aux attentats", des chercheurs montrent notamment que la multiplication des attaques n'entraîne pas de hausse de la xénophobie en France. Le politologue Vincent Tibérj étudie ce phénomène depuis les années 90 "grâce à un indicateur qu'il a mis au point le niveau de tolérance à l'égard de la diversité de la population française", rapporte son collègue Gérome Truc. "Il montre que cette tolérance augmente tendanciellement. Ca s'explique par le renouvellement des générations, qui ont été mieux éduquées que les précédentes. Globalement, on a moins de racisme dans la société française (…) Les Français font très bien la part des choses entre les terroristes et la masse des musulmans avec lesquels ils vivent, qui sont leurs concitoyens", affirme le sociologue.

L'opinion des Français vis à vis des musulmans s'améliore dans la société française après les attentats de janvier 2015.

Gérome Truc

à franceinfo

Dans leur ouvrage, les chercheurs du CNRS soulignent également le rôle des responsables politiques dans la réaction des Français face aux attentats. "Ce qui est très important, c'est que le discours porté par les pouvoirs publics, l'évènement ne prête pas le flanc à des récupérations d'extrême droite ou à des amalgames", estime Gérome Truc. Mais, d'après le sociologue, "on peut être inquiet quand on voit certaines des déclarations et réactions des pouvoirs publics en ce moment-même face aux dernières attaques. De ce point de vue-là, la répétition pose peut être problème dans la capacité du politique à continuer à y répondre correctement."

Gérome Truc estime que depuis l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice, "l'union nationale n'a plus lieu en France". "À chaque fois qu'on a une nouvelle attaque, on voit immédiatement les réseaux sociaux, les chaînes d'information en continu qui s'embrasent et la récupération politique immédiate", déplore le chercheur.

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