Procès des attentats du 13-Novembre : "On ne défend pas les actes, on défend les personnes", explique l'avocate d'un des accusés

Negar Haeri est l'avocate de Mohamed Amri, soupçonné d'avoir aidé Salah Abdeslam à s'enfuir vers la Belgique.

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La cour spéciale où se tiendra le procès des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. (BRUNO COUTIER / BRUNO COUTIER)

"On ne défend pas les actes, on défend les personnes", a déclaré mercredi 8 septembre sur franceinfo Negar Haeri, avocate de Mohamed Amri, l’un des quatorze accusé dans le procès des attentats du 13-Novembre, qui s'ouvre mercredi. La justice le soupçonne notamment d'avoir aidé Salah Abdeslam à s'enfuir vers la Belgique à l'issue des attentats. "Il n'y a pas d'opposition au fait de défendre une personne et d'avoir une compassion infinie pour les familles", assure-t-elle.

franceinfo : Avez-vous hésité à défendre cet accusé ?

Negar Haeri : Non je n'ai pas hésité une seconde. Dans cette affaire, j'avais été commise d'office par le bâtonnier et je n'ai pas hésité parce que c'est quand tout va mal qu'il faut être là. On ne demande jamais à un médecin de guerre pourquoi il soigne l'ennemi blessé qui lui est présenté. C'est à peu près la même chose pour une personne qui a besoin d'être défendue, on doit être là à ses côtés.

Faut-il montrer que l'État de droit reste le plus fort, malgré l'émotion que ces attentats ont suscité ?

Bien sûr, c'est-à-dire que nous avons fait un choix de civilisation. Nous avons considéré que, par opposition aux sociétés traditionnelles type ancien régime, nous avons décidé à un moment donné que la valeur suprême était celle de l'être humain et que cette valeur dépassait absolument tout, notamment ce qu'on pouvait lui reprocher. C'est ce qui explique que toute personne puisse être défendue et doit avoir un traitement égal devant la loi. C'est la raison pour laquelle on est là. Chaque fois que ce principe fondamental fléchira, au prétexte de l'atrocité d'un crime, quelle que soit la réalité de cette atrocité, nous aurons connu une régression.

Avez-vous prévu de vous adresser aux familles, aux victimes dans la salle lorsque vous prendrez la parole pour la première fois, vous aussi ?

Je ne sais pas. Je n'ai pas prévu. Il n'y a pas d'opposition au fait de défendre une personne et d'avoir une compassion infinie pour les familles. Dans une enceinte judiciaire, il y a des conflits d'intérêts, des divergences, c'est le propre de la justice. Nous avons l'accusation, la défense et les parties civiles. Mais il y a des éléments qui nous fédèrent, ce sont les principes fondamentaux.

Votre client, de ce que vous en savez puisque vous le rencontrez régulièrement, va-t-il lui exprimer des regrets ou demander pardon pour ce qu'il a fait ?

Je ne veux pas parler à la place de mon client. Il est déterminé à se défendre, à dire ce que ce qu'il a fait. Nous contestons les éléments juridiques et nous contestons la manière dont les éléments factuels nous sont présentés.

N'est-ce pas une mission impossible aujourd'hui de défendre des terroristes présumés ?

On ne défend pas les actes, on défend les personnes. On a toujours quelque chose à dire, une raison d'être aux côtés d'une personne qui est accusée. C'est le mot "défendre" qui pose parfois problème. Notre mission, c'est aussi d'assister une personne, de prendre la parole à sa place. Quand on est accusé, on est dans une situation de fragilité, qu'on soit accusé à tort ou à raison. Mais l'accusation, en soi, crée la culpabilité. Quand on est pointé du doigt, on n'arrive plus à se défendre. Cette parole-là, elle est nécessaire. Et si elle ne peut pas être dite par l'accusé, il faut que son avocat puisse prendre le relais.

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