Procès des attentats du 13-Novembre : l'ancien président François Hollande assure qu'il ferait "exactement la même chose aujourd’hui"

Malgré l'opposition de certains avocats de la défense, la cour d'assises spéciale a décidé d'entendre l'ancien président de la République, mercredi. François Hollande n'a pas fait de mea culpa sur la gestion de ces attentats.

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L'ancien président François Hollande lors de son audition devant la cour d'assises spéciale, mercredi 10 novembre 2021. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCE TELEVISIONS)

Son témoignage était inédit, attendu, contesté. François Hollande a été entendu pendant près de quatre heures, au procès des attentats du 13 novembre 2015, mercredi 10 novembre. Silhouette familière taillée dans un costume gris, "monsieur le président" (entre 2012 et 2017) n'ignore sans doute pas que sa présence a agité les débats de la cour d'assises spéciale pendant près de trois heures avant son arrivée au tribunal.

Avec d'autres avocats de la défense, Martin Méchin avait déposé des conclusions contre l'audition de l'ancien président, inutile, selon lui, à la manifestation de la vérité. La cour les a rejetées, estimant que "M. Hollande était présent au Stade de France, qu'il est expressément désigné par les assaillants au cours de l'attaque du Bataclan et qu'il ne peut, dès lors, être considéré comme étranger aux faits".

"Chaque jour, nous étions sous la menace"

Avec solennité, mais aussi son flegme naturel, François Hollande, 67 ans, a donc répondu aux questions, nombreuses du côté des parties civiles, quasi inexistantes émanant de l'accusation sur les supposées responsabilités de l'Etat et de ses services dans la survenue de ces attentats. Quel était son degré de connaissance de l'état de la menace terroriste en France avant les attaques ? "Chaque jour, nous étions sous la menace. Le 12, comme le 14 novembre", répond l’ancien chef de l'Etat socialiste.

"Nous savions que des actions se préparaient, que des individus s’étaient placés dans le flot des réfugiés pour tromper la vigilance."

François Hollande, ancien président de la République

devant la cour d'assises spéciale de Paris

Quid de la surveillance d’Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des attentats, qui a justement emprunté la route de migrants pour rejoindre la Belgique puis la France ? François Hollande assure n'avoir été informé de son rôle dans la préparation d'attentats qu'en août 2015. Adepte de la rhétorique, l'ex-locataire de l'Elysée fait les questions-réponses : "Vous allez me dire : 'Est-ce que vous avez su qu'il était en Europe ?' Non. Quand bien même ne serait-il pas venu, les attentats n'auraient-ils pas eu lieu quand même ?" 

La protection des lieux culturels en question

"ll y avait eu une menace en 2009 [sur le Bataclan]. Je n'étais pas président à cette date, mais il n'y avait pas eu de suite consécutivement", poursuit-il. En août 2015, le jihadiste Reda Hame, recrue d'Abdelhamid Abaaoud, avait pourtant dévoilé aux autorités judiciaires françaises qu'une attaque était envisagée contre une salle de concert de rock. "Fallait-il fermer tous les lieux, interdire tous les spectacles ?", lance François Hollande à l'avocat Olivier Morice, étonné qu'aucune mesure de protection n'ait été envisagée pour ces lieux culturels.

Que dire de la non-intervention au Bataclan des militaires de l'opération Sentinelle, présents sur les lieux au moment de l’attaque ? Jean-Marc Delas, avocat de l'association Life for Paris, ose la question : "Je n'ai pas été informé de ce que l'unité Sentinelle était présente et pouvait intervenir, mais elle n'a fait que respecter la consigne, balaie le témoin présidentiel. Ce n'est pas à une unité Sentinelle de mener une opération de cette importance, mais à des unités spécialisées. Tous les ordres ont été traduits comme il convenait."

"Nous avons fait tout ce que nous pouvions"

D'abord périphériques, les interrogations se concentrent ensuite sur la personne et la fonction de François Hollande, nommément désigné par les terroristes au Bataclan et dans le message de revendication du groupe Etat islamique. Qu'a-t-il ressenti en entendant son nom résonner sur la bande audio enregistrée dans la salle de concert et diffusée à l’audience ?  "Ces phrases m'ont conduit à réfléchir sur ma propre responsabilité", concède-t-il. Sans mea culpa, néanmoins.

"Je dis ici devant la cour que je ferais exactement la même chose aujourd'hui."

François Hollande, ancien président de la République

devant la cour d'assises spéciale de Paris

Samia Maktouf, avocate de plusieurs parties civiles, insiste : "Est-ce que vous pouvez leur dire que tout a été fait pour éviter ces attentats ?" Réponse : "Nous avons fait tout ce que nous pouvions pour poursuivre, traquer ces individus, mais nous n'avions pas l'information qui, hélas, aurait été décisive pour empêcher les attentats du 13-Novembre. La veille et l'avant-veille, il n'y avait pas d'alerte supplémentaire."

S'agissant de la politique étrangère menée sous sa mandature, François Hollande répond indirectement à Salah Abdeslam. Le seul survivant des terroristes a justifié les attentats, au début du procès, par les frappes de la France en Irak et en Syrie. En réalité, "la menace est bien antérieure, avec la constitution d'une cellule en Syrie dont l'objectif est de préparer des attentats en Europe", dès 2014, rappelle François Hollande. Il cite le porte-parole du groupe Etat islamique, Abou Mohammed al-Adnani qui appelait alors à "punir les occidentaux et les sales Français".

Une démocratie "plus forte que la barbarie"

Olivia Ronen, avocate de Salah Abdeslam, souligne "l'efficacité du contre-discours dans la lutte contre le terrorisme avec des chronologies précises". "Or, cette chronologie m'ennuie", pointe la pénaliste. "Est-ce que vous avez en tête la date de la déclaration d'Abou Mohammed al-Adnani ? Je peux vous aider, le 21 septembre 2014. Et la date des premières frappes françaises en Irak ?" "Plutôt fin septembre", rétorque François Hollande en regardant ses notes. "Moi, j'ai plutôt le 19 septembre", oppose Olivia Ronen.

L'échange se tend ensuite au sujet d'éventuelles "victimes collatérales" de ces frappes, un des arguments de la propagande jihadiste. "Les consignes étaient qu'il n'y en ait pas. Je n'ai pas eu connaissance de victimes collatérales, je ne peux pas le vérifier, s'agace l'ancien président. Et quand bien même il y en aurait eu, ça ne peut en aucune façon justifier" ces attentats.

Interpellé sur le fait que "certains des assaillants" aient grandi sur le sol français, François Hollande refuse d'y voir l'échec du "système éducatif" et de "la République", privilégiant "une propagande efficace" sur "des individus qui chancelaient dans leurs vies". Pour l'ex-chef de l’Etat, sa présence à ce procès "historique" est le signe même d'une démocratie française "plus forte que la barbarie". François Hollande choisit d’achever son témoignage sur un satisfecit : "Nous sommes fiers d'avoir démantelé un groupe terroriste extrêmement puissant comme Daech." Mais celui qui a renoncé à se présenter à sa succession en 2012 en convient : "Nous avons gagné une bataille, pas la guerre."

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