Pourquoi six députés ont voté contre la prolongation de l'état d'urgence

Le texte de loi prolongeant pour trois mois l'état d'urgence a été adopté, jeudi, à la quasi-unanimité par l'Assemblée nationale. Mais trois élus écologistes et trois députés PS ont voté contre ce projet de loi.

Le député écologiste Noël Mamère à l\'Assemblée nationale, le 17 décembre 2014.
Le député écologiste Noël Mamère à l'Assemblée nationale, le 17 décembre 2014. (PATRICK KOVARIK / AFP)

La séance a duré près de cinq heures. Le projet de loi prolongeant de trois mois l'état d'urgence a été adopté à la quasi unanimité, jeudi 19 novembre à l'Assemblée nationale, par 551 voix "pour" contre seulement 6 voix "contre" et une abstention. Ce texte, annoncé lundi par François Hollande, renforce ce régime d'exception, une semaine à peine après les attentats meurtriers de Paris.

Trois députés du groupe écologiste à l'Assemblée, Sergio Coronado, Isabelle Attard et Noël Mamère, ont voté contre un texte s'inscrivant, selon les mots ce dernier, dans le "virage sécuritaire pris par le président de la République". Les socialistes Pouria Amirshahi, Gérard Sebaoun et Barbara Romagnan se sont aussi prononcés contre cette "précipitation" à "délibérer d'une restriction sévère de nos libertés publiques". La députée socialiste Fanélie Carrey-Conte s'est quant à elle abstenue.

"Pas besoin d'état d'urgence pour lutter
contre les terroristes"

Dans une tribune publiée sur le Huffington Post, le député EELV Sergio Coronado justifie sa position en déclarant qu'il n'y a "pas besoin d'état d'urgence pour lutter contre les terroristes". Selon ce député des Français de l'étranger, l'état d'urgence, instauré en 1955 durant la guerre d'Algérie, "n'a jamais servi à décourager les attentats sur le territoire français". Il souligne l'impossibilité de lutter contre "une menace diffuse, sporadique, pouvant surgir à tout moment" avec un état d'urgence, "nécessairement temporaire".

Dès mardi, le député écologiste Noël Mamère avait annoncé qu'il voterait contre le projet de loi. "Nous disposons aujourd'hui de beaucoup d'outils qui permettent de lutter contre le terrorisme, et la réponse ne peut être sécuritaire face à un problème complexe et multiforme", avait justifié l'élu girondin. Le maire de Bègles (Gironde) a assuré qu'il était partisan d'un renforcement des moyens de renseignements, de la justice, de la police, mais qu'il restait "dubitatif quant à la prolongation de l'état d'urgence et la révision constitutionnelle".

De son côté, le député socialiste Pouria Amirshahi a expliqué dans une tribune au Monde, peu avant le vote décisif à l'Assemblée, qu'il faudrait mieux "assécher les sources de financement du groupe Etat islamique. C’est à cette échelle que doit se conduire effectivement une autre politique de reconstruction et de développement." Et ce député de regretter le vote hâtif d'une "restriction sévère de nos libertés publiques, de nos loisirs et sorties."

Après avoir été adopté à l'Assemblée, le texte doit être examiné, vendredi 20 novembre, au Sénat à 15 heures.