Attentat à Nice : relaxe de la policière municipale, Sandra Bertin, poursuivie pour diffamation par Bernard Cazeneuve

L'ancien ministre de l'Intérieur avait porté plainte contre la policière municipale pour "diffamation publique". Franceinfo vous résume l'affaire en quatre questions.

La policière municipale Sandra Bertin pose à Nice (Alpes-Maritimes) le 24 juillet 2016.
La policière municipale Sandra Bertin pose à Nice (Alpes-Maritimes) le 24 juillet 2016. (VALERY HACHE / AFP)

C'est le point final d'une polémique qui aura duré un peu plus d'un an. Sandra Bertin a été relaxée, jeudi 21 septembre, par le tribunal correctionnel de Paris. La policière municipale niçoise était poursuivi par Bernard Cazeneuve pour diffamation, après les propos qu'elle a tenus quelques heures après l'attentat de Nice, le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais. Elle affirmait avoir subi des pressions de la part du ministère de l'Intérieur, alors qu'elle rédigeait un rapport sur les images de vidéosurveillance. La justice estime que Sandra Bertin a pu "de bonne foi" interpréter "de manière erronée" les demandes qui lui étaient faites. Franceinfo vous résume l'affaire en quatre questions.

Quel était le cœur de la polémique ?

Tout a commencé au lendemain de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice. Le gouvernement de l'époque se retrouve la cible de critiques. Christian Estrosi, alors président de la région Paca, met en doute le dispositif policier déployé ce soir-là sur la promenade des Anglais. Photo à l'appui, Libération affirme le 20 juillet qu'une seule voiture de police municipale barrait l'entrée de la zone piétonne sur la célèbre avenue. Rien à voir avec le dispositif annoncé par le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve au lendemain de l'attentat.

De son côté, France 3 obtient une note de la police nationale qui relate "la chronologie du franchissement de périmètre" par le camion. Selon "l'exploitation des images de vidéoprotection de la ville", "le chauffeur est 'obligé' de se déporter sur le trottoir pour contourner les barrières qui obstruent les voies de circulation routière de la promenade des Anglais". Le document ajoute que "l'angle unique de la caméra orientée sur le barrage en question ne permet pas de voir la réaction de l'équipage PN [police nationale] présent". Mais que d'autres caméras permettent "d'apercevoir le gyrophare du véhicule de l'équipage qui tient le point."

Que dénonçait la policière municipale Sandra Bertin ?

A la tête du Centre de supervision urbain (CSU) de Nice, Sandra Bertin est responsable des 1 250 caméras de vidéosurveillance installées aux quatre coins de la ville. Quelques heures après l'attaque, elle doit rédiger un rapport sur le dispositif de sécurité mis en place le soir du 14 juillet. C'est une procédure classique pour faire remonter les informations à la hiérarchie de la police nationale.  

Mais la rédaction du rapport ne se serait pas passée comme prévu. La policière municipale affirme avoir reçu des pressions de la part du cabinet du ministre de l'Intérieur. "J'ai un commissaire de police qui s'est présenté dans mon bureau, expliquant être envoyé par le cabinet du ministère et avoir besoin d'éléments de réponse quant au visionnage des caméras, explique-t-elle à nos confrères de France 2. Il me met en relation avec une personne au téléphone, qui se présente elle aussi comme faisant partie du cabinet du ministère de l'Intérieur, qui décline son nom, son prénom et me dit avoir besoin de précisions sur l'événement."

Les "précisions" demandées porteraient sur l'emplacement des policiers municipaux et nationaux sur la promenade des Anglais. Sandra Bertin assure que la personne qu'elle a au téléphone lui demande une "version modifiable" de son rapport. Ce à quoi elle s'oppose. 

Elle dénonce des appels "de plus en plus rapprochés". Un commandant de police reçoit l'ordre de lui faire modifier "certains éléments""certains paragraphes", et "de faire apparaître à certains endroits" des positions de la police nationale, ajoute-t-elle face à la caméra de France 2."Or la police nationale était peut-être là, mais elle ne m'est pas apparue sur les vidéos", précise Sandra Bertin dans le JDD.

Qu'a répondu le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve ? 

Le ministre d'alors rejette toute tentative de pression. "Aucun membre de mon cabinet n'a été en contact avec madame Bertin", se défend-il sur France 2, le 24 juillet. "Je n'ai demandé aucun rapport, je ne suis pas au courant de cette affaire."

Sur le plateau du "20 heures", le ministre de l'Intérieur dénonce également une polémique "absurde", une "campagne de vilenies" à son encontre. "Ça suffit de mettre en cause l'Etat", ajoute-t-il.

Cela fait dix jours que nous sommes quasi quotidiennement confrontés à des attaques, des insinuations, des mensonges de la part de gens à Nice qui, pour certains, exercent des responsabilités politiques.Bernard Cazeneuveà France 2

Bernard Cazeneuve décide alors de porter plainte pour diffamation après ces attaques.

Deux personnalités montent au créneau pour défendre le ministre. En premier, le directeur de la police nationale, qui dénonce "des polémiques et manipulations qui portent atteinte à la police nationale". Puis c'est au tour du procureur de Paris, François Molins, qui affirme que c'est sous sa "seule autorité et pour les besoins de l'enquête en cours que, le 15 juillet, deux brigadiers chefs ont été envoyés au CSU de Nice".

Que signifie cette décision ? 

Si ces propos sont bien diffamatoires, la justice explique que la policière a "pu en toute bonne foi", "fatigue physique et nerveuse" aidant, "interpréter de manière erronée" la demande d'une commissaire à la Direction centrale de la sécurité publique. La 17e chambre du tribunal correctionnel considère que "la démarche prêtée à Bernard Cazeneuve" par Sandra Bertin "paraît irréaliste, voire inconcevable". A l'audience du 7 juillet dernier, la procureure ne disait pas autre chose. Elle estimait que la policière avait "fantasmé" des pressions venues de Paris alors qu'elle rédigeait son rapport.

Au micro de France Bleu Azur, son avocat a salué cette décision. "C'est un immense soulagement, explique maître Adrien Verrier. On attendait avec impatience à la fois cette décision de relaxe, mais ce qu'il était important de connaître, c'était la motivation. Et, honnêtement, la motivation démontre que, visiblement, on a un tribunal qui a bien pris conscience et bien appréhendé les tenants et les aboutissants de cette affaire."

Christian Estrosi, aujourd'hui redevenu maire de Nice, a également rendu hommage à la policière municipale sur Twitter.