Violences policières : "Il est plus qu'urgent de procéder à une réforme globale", selon Amnesty International

Cécile Coudriou dénonce un "déni de l'État" et l'absence d'un "organe totalement indépendant" pour mener des enquêtes.

Cécile Coudriou, présidente d\'Amnesty International France, le 21 février 2020.
Cécile Coudriou, présidente d'Amnesty International France, le 21 février 2020. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

La présidente d'Amnesty International France, Cécile Coudriou, a dénoncé sur franceinfo "des pratiques discriminatoires et un usage illégitime de la force par les forces de l'ordre" pendant le confinement, "pour vérifier que les mesures sanitaires étaient respectées". L'ONG publie mercredi 24 juin un rapport sur les violences policières survenues dans 12 pays d'Europe pendant cette période. Pour l'organisme, "il est plus qu'urgent de procéder à une réforme globale".

"On a ciblé davantage certaines communautés, par exemple les personnes réfugiées et migrantes, parfois même des sans-abri", affirme Cécile Coudriou, "mais également des zones où on sait que des personnes d'origines ethniques diverses, notamment nord-africaines ou africaines, habitent dans une grande proportion". Elle souligne qu'en France "c'est un peu compliqué à prouver puisqu'il n'y a pas de statistiques ethniques".

"Une stratégie de déni jusqu'au plus haut de l'État"

Par exemple, "en Seine-Saint-Denis, il y a eu presque trois fois plus de verbalisations alors que le préfet disait que le confinement n'était pas plus mal respecté qu'ailleurs", indique la présidente d'Amnesty International France. "Cela nous a quand même conduits à penser qu'il y avait des pratiques discriminatoires, confirmées par certaines vidéos que nous avons pu authentifier, analyser, comme la vidéo tristement célèbre avec les injures racistes 'bicot' sur L'Île-Saint-Denis", poursuit-elle. Cécile Coudriou considère qu'en France, "l'État n'a pas fait suffisamment pour prendre en compte la vulnérabilité, notamment des migrants et des réfugiés à Calais ou à Grande-Synthe".

"Il est plus qu'urgent de procéder à une réforme globale", pour lutter contre les violences policières, "il faut revenir à une forme de désescalade en essayant de faire en sorte que l'usage de la force soit le dernier recours", insiste Cécile Coudriou. Elle note que l'on "sent enfin un début de prise de conscience" sur les violences policières en France, mais regrette que "malgré tout, ce ne soit pas aussi fort que ce que l'on appelle la stratégie de déni jusqu'au plus haut de l'État".

Lorsque l'on veut refuser à tout prix le terme violences policières ou racisme au sein de la police - qui ne veut pas dire que la police est intrinsèquement raciste – cela veut dire qu'on a un système qui favorise une impunité.Cécile Coudriou, présidente d'Amnesty International France.à franceinfo

Elle dénonce l'absence d'"organe totalement indépendant détaché du ministère de l'Intérieur pour mener des enquêtes impartiales, sérieuses", afin que "la justice puisse faire son travail".