Racisme : "Il faut s'intéresser aux discriminants et taper très dur", appelle Dominique Sopo, président de SOS Racisme

Dominique Sopo, le président de SOS Racisme, réagit sur franceinfo à l'interview qu'Emmanuel Macron a accordé au média Brut vendredi.

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Dominique Sopo, le 17 novembre 2013. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

"Il ne faut pas simplement s'intéresser au renforcement de la capacité d'action des victimes, mais aussi s'intéresser aux discriminants et taper très dur sur les discriminants en termes de répression, en termes de formation, notamment", a réagi samedi 5 décembre sur franceinfo Dominique Sopo, président de SOS Racisme, au lendemain de l'interview d'Emmanuel Macron. Dans cet entretien au média Brut, le président de la République a notamment déclaré qu'aujourd'hui, "quand on a une couleur de peau qui n'est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé". "C'est bien que le chef de l'État le dise car pour régler un problème, encore faut-il le reconnaître", a estimé Dominique Sopo.

franceinfo : Dans cet entretien, le président de la République a notamment déclaré qu'aujourd'hui, "quand on a une couleur de peau qui n'est pas blanche, on est beaucoup plus contrôlé". Est-ce que c'est bien qu'il l'ait dit ou a-t-il uniquement rappelé une évidence ?

Dominique Sopo : Les deux. C'est effectivement une évidence qui est documentée statistiquement, et que la justice a même reconnu dans certains cas. C'est la reconnaissance de quelque chose que tout le monde sait. Mais en même temps, c'est bien que le chef de l'État le dise car pour régler un problème, encore faut-il le reconnaître. Sur tous ces sujets, il y a eu beaucoup de déni, et même bien avant Emmanuel Macron. Pour régler un sujet, encore faut-il qu'il soit communément dit qu'il existe.

Emmanuel Macron a annoncé vendredi soir une plateforme contre les discriminations. Comment faire pour que cette idée ne soit pas un énième numéro vert ?

Si ça n'est qu'une plateforme qui tombe dans le vide, ça ne servira pas à grand-chose. Il ne faut pas simplement s'intéresser au renforcement de la capacité d'action des victimes, mais aussi s'intéresser aux discriminants et taper très dur sur les discriminants en termes de répression, en termes de formation, notamment. Il y a aussi eu l'annonce de former des policiers, des gendarmes et des magistrats qui pourraient traiter des questions de discrimination. Ça pourrait être une mise à niveau de la France, avec une vraie politique volontariste en matière de traitement les discriminations raciales.

Est-ce que vous pensez, comme Emmanuel Macron, qu'il n'y a pas de violence institutionnalisée dans la police ?

Je pense que le racisme fait toujours système. On s'écharpe beaucoup en France entre ceux qui disent que ça existe, ceux qui disent que ça n'existe pas. Je pense qu'on est dans des débats quelque peu délirants. Il y a une problématique dans la police. On voit bien que c'est une institution qui est traversée par ces sujets. Quand on voit l'agression filmée de Michel Zecler, on ne voit pas un policier isolé qui fracasse quelqu'un. Il y a une personne qui commence à être violente, et les trois autres, immédiatement, commencent aussi à être dans un accès de violence. Quand Michel Zecler sort, il y a vingt policiers, et il continue à se faire frapper. Les autres policiers ne disent rien, ne signalent même pas cette agression, comme s'il fallait absolument faire corps et se taire lorsque l'on est témoin de ces faits. Il y a un problème qui n'est pas simplement un problème individuel. Il y a des logiques de groupe, et c'est cette logique de groupe qu'il faut traiter.

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