Quatre mois de prison avec sursis requis contre un policier jugé pour des propos racistes

Ce fonctionnaire de 26 ans était jugé au tribunal de Bobigny (Seine-Saint-Denis), jeudi, en compagnie de six collègues, mis en cause pour des violences contre un Egyptien lors d'une interpellation.

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Le tribunal judiciaire de Bobigny, en juillet 2020. (HAJERA MOHAMMAD / RADIOFRANCE)

La phrase avait choqué. Quatre mois de prison avec sursis ont été requis dans la soirée du jeudi 4 novembre à Bobigny (Seine-Saint-Denis) contre un policier, trahi par la vidéo d'un riverain. "Un bicot comme ça, ça ne nage pas", avait proféré ce fonctionnaire lors de l'interpellation d'un Egyptien le 26 avril 2020.

Cette nuit-là, vers 1h30 du matin, des policiers avaient interpellé à l'Ile-Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) ce ressortissant égyptien soupçonné de vol de matériel sur un chantier et qui avait tenté, selon des sources policières, de prendre la fuite en se jetant dans la Seine. Sur les faits de vol, l'affaire a été classée sans suite.

Une fois sur la berge, "ils m'ont tous frappé", a martelé le jeune homme. Les violences se sont poursuivies "dans le fourgon" et "tout au long du chemin pour aller au commissariat", a affirmé l'ouvrier de 29 ans, qui a eu "peur" de porter plainte car en situation irrégulière.

Pas de condamnation requise contre les six autres policiers

"Un policier a un devoir d'exemplarité", a fait valoir le procureur Loïc Pageot, qui a aussi réclamé une amende de 1 000 euros. "[Le terme] 'bicot' a une connotation particulière même soixante ans après les faits. Quand on repêche quelqu'un, ces mots gardent toute sa signification", a souligné le magistrat, en évoquant le massacre de manifestants algériens le 17 octobre 1961 à Paris. Les corps de dizaines de victimes de la répression policière avaient été jetés dans la Seine.

Contre les six autres fonctionnaires de police poursuivis pour des violences sur citation directe de la partie civile, le ministère public n'a pas requis de condamnation, faute de preuve formelle. "Personne n'a vu ce qui s'est passé", a-t-il relevé. A l'issue de quinze heures d'audience, la décision a été mise en délibéré au 6 janvier 2022.

"J'avais besoin de décompresser"

C'est "une blague de mauvais goût", s'est défendu le fonctionnaire qui a usé du terme injurieux. "J'avais besoin de décompresser et faire marrer la galerie", a également déclaré ce policier de 26 ans, issu des effectifs de nuit de la Direction territoriale de la sécurité publique des Hauts-de-Seine. "Je regrette cette blague."

Le deuxième policier qui a reconnu les propos racistes a aussi évoqué "une blague potache pour s'amuser". Un autre a plaidé "un moment d"humour" "On est des humains après tout." "Un fonctionnaire de police avant tout !", lui a rétorqué le procureur. Quatre associations antiracistes (Licra, Mrap, LDH, SOS Racisme) s'étaient portées parties civiles dans cette affaire.

Dans cette affaire qui avait suscité l'indignation, deux policiers ont été sanctionnés administrativement en octobre par cinq jours d'exclusion ferme.

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