Ce que l'on sait des nouveaux soupçons de violences policières à Marseille, en marge des émeutes

Un homme de 21 ans a porté plainte contre X après avoir été éborgné par un tir de LBD le 1er juillet à Marseille. Une affaire qui survient en pleine polémique sur les propos du patron de la police nationale dans un autre dossier.
Article rédigé par franceinfo avec AFP
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Des policiers à Marseille le 30 juin 2023, lors des émeutes qui ont suivi la mort de Nahel. (SEBASTIEN NOGIER / EPA / MAXPP)

Une nouvelle affaire visant la police. Le parquet de Marseille a annoncé, lundi 24 juillet, avoir ouvert une enquête concernant de possibles faits de violences policières, ayant vraisemblablement eu lieu dans la nuit du 30 juin au 1er juillet. Le centre de Marseille connaissait alors de violentes émeutes, en lien avec la mort de Nahel, un adolescent de 17 ans tué par un policier à Nanterre (Hauts-de-Seine).

L'annonce de cette nouvelle enquête intervient alors que quatre policiers marseillais ont été mis en examen la semaine dernière, soupçonnés d'avoir roué de coups un jeune homme en marge des émeutes. Le placement de l'un d'eux en détention provisoire a déclenché la colère des syndicats policiers. Les propos du patron de la police nationale, qui s'est insurgé contre cette décision de justice, ont provoqué une vive polémique. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de cette nouvelle affaire, qui survient dans un contexte tendu.

Une plainte après un tir de LBD

Un jeune homme de 21 ans a déposé plainte contre X après avoir été éborgné par un tir de lanceur de balles de défense (LBD). D'après la plainte, que franceinfo a pu consulter, Abdelkarim affirme avoir été visé par un policier dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, vers 0h30, alors qu'il marchait dans le 1er arrondissement de Marseille.

Selon les comptes-rendus de son séjour à l'hôpital, consultés par Mediapart, Abdelkarim a subi une opération pour un "décollement de rétine post-traumatique" et une "nécrose cornéenne" consécutive à une infection. Le médecin a évoqué un "pronostic sombre" sur l'avenir de son œil.

Une enquête ouverte pour violences volontaires

L'enquête a été ouverte des chefs de "violences volontaires en réunion ayant entraîné une mutilation ou infirmité permanente par personne dépositaire de l'autorité publique et avec arme", a précisé le parquet, confirmant une information du quotidien La Provence. Elle a été confiée à l'Inspection générale de la police nationale (IGPN), rapporte France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Le parquet n'a cependant pas détaillé le nombre de fonctionnaires de police concernés, confirmant simplement que les faits se sont déroulés dans la nuit du 30 juin au 1er juillet.

Le plaignant accuse le Raid et le directeur général de la police

Abdelkarim a livré sa version des faits à Mediapart. Il raconte s'être trouvé à l'angle de la rue Saint-Ferréol et de la rue Francis-Davso, dans le centre-ville, pour se rendre chez un ami, lorsqu'il a fait face aux forces de l'ordre. "Les gens qui cassaient des trucs étaient loin. Il n'y avait personne, juste les policiers", explique-t-il, décrivant cinq camionnettes remplies d'agents "habillés en noir, avec des casques noirs" qu'il n'avait "jamais vus dans Marseille". Il affirme reconnaître des policiers du Raid sur des images.

"Ils m'ont laissé avancer. Ils n'ont rien dit du tout. J'ai vu un policier en train de me viser, mais je n'ai pas remarqué qu'il allait me tirer dessus, je n'ai pas caché mon visage. Quand j'ai voulu tourner, ils m'ont tiré dessus", poursuit-il.

Dans le détail, la plainte vise Jean-Baptiste Dulion, patron du Raid. "En ordonnant le déploiement des membres du Raid et l'utilisation de LBD, [il] se rend complice des infractions commises par les forces de l'ordre sous son contrôle", est-il écrit dans le document. Elle vise aussi Frédéric Veaux, directeur général de la police nationale, autorité hiérarchique du Raid.

La plainte est également déposée pour "tentative d'homicide volontaire". "Il est incontestable que le policier ayant tiré sur Abdelkarim visait sa tête (...) Ainsi, le policier qui visait et tirait un LBD au niveau du visage d'Abdelkarim caractérisait bien son intention de le tuer", est-il écrit dans la plainte.

La plainte mentionne un autre tir mortel de LBD

La plainte fait également mention d'un autre tir de LBD, le lendemain, cette fois concernant un jeune homme prénommé Mohamed, mort dans la nuit du 1er au 2 juillet à Marseille. "Mohamed décédait des suites du tir d'un lanceur de LBD au thorax lui provoquant un arrêt cardiaque", assure la plainte.

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D'après l'avocat d'Abdelkarim, Arié Alimi, les deux jeunes hommes étaient cousins. Auprès de La Provence, l'avocat détaille : "Mohamed a été atteint par au moins deux projectiles, un au niveau du cœur, un autre à la cuisse. La preuve qu'il était visé. Peut-être parce qu'il venait de filmer des interpellations policières. Ces images, les dernières qu'il a filmées avant de s'écrouler, ont été retrouvées", souligne-t-il.

La Ligue des droits de l'homme mène une enquête citoyenne

Sur Twitter, la section marseillaise de la Ligue des droits de l'homme a fait savoir qu'elle menait une enquête citoyenne pour "faire la lumière sur la mort d'un individu et les blessures graves de son cousin".

Plusieurs volontaires effectuent une enquête de voisinage pour tenter de retracer la trajectoire de Mohamed la nuit de sa mort. Ils interrogent les commerçants et les voisins, mais ces derniers "n'ont pas vu grand-chose", rapporte Mediapart, qui les a suivis le 22 juillet.

Quatre policiers déjà mis en examen à Marseille

L'annonce de cette nouvelle enquête intervient alors que quatre policiers de la Brigade anti-criminalité (BAC) de Marseille ont été mis en examen la semaine dernière et l'un d'eux placé en détention provisoire pour des soupçons de violences policières. La victime, Hedi, un jeune homme de 21 ans blessé et hospitalisé dans la nuit du 1er au 2 juillet, a expliqué avoir été passé à tabac par un groupe de quatre à cinq personnes qu'il a identifiées comme des policiers de la BAC, après avoir reçu un tir de LBD dans la tempe.

Ce placement en détention provisoire a suscité la colère des policiers et un mouvement de protestation dans les commissariats. Le directeur général de la police nationale, Frédéric Veaux, a apporté son soutien au policier incarcéré et a estimé qu'avant "un éventuel procès", un policier "n'avait pas sa place en prison", suscitant un tollé chez les magistrats et les élus de l'opposition.

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Les syndicats de magistrats ont notamment jugé "gravissimes" les déclarations de Frédéric Veaux. La justice est "la seule légitime pour décider du placement ou non en détention provisoire des personnes qui lui sont présentées", a rappelé le Conseil supérieur de la magistrature (CSM).

Depuis la Nouvelle-Calédonie, le président de la République, Emmanuel Macron, a dit comprendre "l'émotion" des policiers, tout en précisant que "nul en république n'est au-dessus de la loi".

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