Affaire Adama Traoré : la famille Traoré dépose plainte pour "témoignage mensonger" contre un témoin-clé

Ce témoin est l'homme chez qui Adama Traoré s'était réfugié avant d'être interpellé en juillet 2016.

Assa Traoré, la sœur d\'Adama Traoré, le 13 juin 2020 à Paris (photo d\'illustration). 
Assa Traoré, la sœur d'Adama Traoré, le 13 juin 2020 à Paris (photo d'illustration).  (NATHANAEL CHARBONNIER / ESP - REDA INTERNATIONALE)

La famille d'Adama Traoré a déposé plainte pour "témoignage mensonger" contre un témoin-clé dans l'enquête sur la mort du jeune homme noir en juillet 2016 lors d'une interpellation par des gendarmes à Beaumont-sur-Oise, dans le Val-d'Oise, a appris franceinfo auprès de l'avocat Maître Yassine Bouzrou jeudi 16 juillet, confirmant une information de l'AFP.

Ce témoin est l'homme chez qui Adama Traoré s'est réfugié avant d'être interpellé par des gendarmes. Il a été entendu quatre fois dans le cadre de cette enquête, le 19 juillet 2016, le 1er août 2016, le 16 juin 2020 et le 2 juillet 2020. L'avocat de la famille, Maître Yassine Bouzrou, affirme jeudi à franceinfo que le témoin "ne peut être considéré comme crédible" car il dit "tout et son contraire".

Des déclarations "contradictoires" pour la famille

Dans la plainte de la famille Traoré que franceinfo a pu consulter, il est rappelé que ce témoin disait le 19 juillet 2016 qu'Adama Traoré était entré "en courant" dans son appartement, mais que le 1er août 2016, devant l'Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN), il affirmait finalement que le jeune homme "était allongé contre la porte de son domicile, qu'il était essoufflé, qu'il respirait bruyamment et qu'il ne pouvait se relever", tout en assurant qu'il "avait cassé ses menottes".

De même, le 16 juin 2020, auditionné par les policiers du commissariat de Conflans-Saint-Honorine, cet homme déclare qu'Adama Traoré "allait bien et était bien vivant" et avait même "cassé sa porte en arrivant à son domicile", puis, le 2 juillet 2020, devant le magistrat instructeur, le témoin assure qu'Adama Traoré "ne respirait pas bruyamment", qu'il n'avait cassé ni sa porte ni les menottes, analyse encore la plainte. Ce 2 juillet 2020, le témoin a aussi affirmé que le jeune homme lui a dit "je vais mourir".

Comment un témoin peut dire tout et son contraire en moins de deux semaines ?Maître Yassine Bouzrou, avocat de la famille Traoréà franceinfo

"Ce ne sont pas juste des petites évolutions, c'est vraiment le jour et la nuit", estime Yassine Bouzrou à franceinfo, pour qui "le manque de crédibilité et les mensonges du témoin doivent être actés dans la procédure", d'autant que ce témoignage est "important" car il est régulièrement cité dans les expertises médicales demandées par les juges d'instruction.

Une volonté "d'exonérer" les gendarmes pour l'avocat de la famille

Selon Yassine Bouzrou, "les magistrats ont minutieusement sélectionné les extraits de ce témoignage sur le mauvais état de santé d'Adama Traoré pour exonérer les gendarmes et orienter les médecins belges saisis", en ne leur montrant pas les contradictions du témoin lors des différentes auditions. "On n'a pas le droit de donner des versions différentes à chaque audition judiciaire", assène l'avocat, rappelant que c'est un délit de mentir sous serment.

"Il résulte de l’étude de la procédure que les déclarations de [ce témoin] sont incohérentes, contradictoires et évolutives et il est permis de penser [qu'il] a commis des faits de témoignage mensonger lors de son audition du 2 juillet 2020", est-il écrit dans la plainte, cet homme "n'a jamais été capable de livrer un témoignage cohérent à la justice, (…) c'est la raison pour laquelle la famille Traoré a décidé de déposer plainte contre [lui] du chef de témoignage mensonger, délit prévu et réprimé" par le code pénal.

L'avocat de la famille Traoré pense que le témoin "a subi des pressions des gendarmes qui ont déjà eu à faire à lui dans une affaire d'escroquerie". "L'enquête pour faux témoignage permettra de faire la lumière sur les motivations de ce témoin, explique-t-il, et notamment sur ses liens avec les gendarmes de Persan qui ont été amenés à l'entendre lorsque ce dernier était mis en cause pour escroquerie".