Affaire Adama Traoré : la demande de reconstitution examinée jeudi 30 janvier par la cour d'appel de Paris

Le jeune homme de 24 ans est mort en juin 2016 à la gendarmerie de Persan, dans le Val-d'Oise, après une arrestation violente.

Manifestation à Paris le 30 juillet 2016, après la mort d\'Adama Traoré lors de son interpellation dans le Val-d\'Oise.
Manifestation à Paris le 30 juillet 2016, après la mort d'Adama Traoré lors de son interpellation dans le Val-d'Oise. (JULIEN MATTIA / NURPHOTO / AFP)

La demande de reconstitution déposée par les proches d'Adama Traoré est examinée jeudi 30 janvier par la cour d'appel de Paris, a appris franceinfo de sources proches du dossier. Depuis trois ans et demi, ils se battent pour connaître les raisons du décès de ce jeune homme de 24 ans. Il est mort en juin 2016 à la gendarmerie de Persan, dans le Val-d'Oise, après une interpellation musclée.

Depuis le début de cette affaire, les proches d'Adama Traoré soutiennent que c'est la technique d'intervention des gendarmes qui a provoqué la mort du jeune homme. Cette technique dite du "plaquage ventral" vient d'ailleurs de refaire parler d'elle après la mort de Cédric Chouviat.

Une première demande de reconstitution a été refusée par les juges d’instruction au printemps dernier. La famille a fait appel de cette décision. Pour l'avocat des proches, Maître Yassine Bouzrou : "Il est incompréhensible que les juges d'instruction censés rechercher la vérité s'opposent à la reconstitution alors que tant les gendarmes chargés de l'enquête (IGGN) que le parquet général y sont favorables. C'est la première fois que je vois un parquet qui œuvre plus que des juges d'instruction pour la manifestation de la vérité dans une enquête portant sur des violences illégitimes de la part des forces de l'ordre."

Le parquet soutient la demande de reconstition

La demande des proches est en effet appuyée par le parquet général de Paris. Dans son réquisitoire, que franceinfo a pu consulter, le parquet estime nécessaire de réaliser "une reconstitution de la seconde interpellation d’Adama Traoré en présence du médecin légiste pour comprendre précisément les circonstances de celle-ci et l’impact sur l’asphyxie". Il demande également une reconstitution de la prise en charge d’Adama Traoré entre l’arrivée du véhicule à la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise) et le décès.

De son côté, Maître Rodolphe Bosselut, l'avocat de deux gendarmes placés sous le statut de témoin assisté dans cette affaire, s’oppose à la demande de reconstitution. "L’instruction est définitivement terminée", d'après lui. Il "ne reste qu’une nouvelle expertise judiciaire visant à établir les causes exactes de la mort. Si une reconstitution doit avoir lieu, elle ne pourrait intervenir qu’après les conclusions de cette expertise, dans laquelle nous soutenons que la cause du décès est une hyperthermie maligne due à un effort violent consenti lors d’une journée caniculaire", c’est-à-dire un coup de chaleur. Réponse de l'avocat des proches de la victime : "L’hypothèse de l’hyperthermie est ridicule et ne mérite pas de commentaire".

Maître Rodolphe Bosselut pointe également l’importante concentration de THC dans le sang d’Adama Traoré, en raison de sa consommation de cannabis. D'après l'avocat, cela a pu l’empêcher de prendre conscience de son état physique au moment de l’interpellation.

La décision de la cour d'appel va être mise en délibéré.