Beauvau de la sécurité : à Marseille, des policiers désabusés réclament "une refonte totale de l'institution"

Dernière table ronde lundi dans le cadre du Beauvau de la sécurité : l'objectif de l'exécutif est d'améliorer les conditions d'exercice des forces de l'ordre et de consolider le lien avec les Français. A Marseille, les policiers sont sceptiques.

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Radio France
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Police (illustration). (CHLOÉ CENARD / RADIO FRANCE)

Quand on demande à Bruno*, policier depuis plus de vingt ans à Marseille, ce qu'il attend du Beauvau de la sécurité, dont la dernière table ronde a lieu lundi 13 septembre, sa réponse est claire : "Rien". Bruno affiche sa désillusion : "Il faudrait une refonte totale. Ce n’est pas un Beauvau qu'il faut, c'est une réforme complète de toute l'institution police."

Renouer le lien entre policiers et habitants dans certains quartiers est l’un des objectifs affichés du gouvernement. Un doux rêve selon Bruno, confronté aux règlements de comptes qui se multiplient à Marseille. "Mais bien sûr ! C’est comme quand on nous disait à une époque qu'il fallait intensifier la présence policière dans les quartiers difficiles abandonnés par l'État. Il y a une frange de la population qui est en rupture complète avec l'autorité de l'État, donc avec sa police."

"Une guerre à déclarer" 

"Tout le monde dans les quartiers nord ne fait bien sûr pas partie de cet archétype-là, et encore heureux, convient le policier. Mais il y a une frange de population contre laquelle il ne faut pas avoir peur de dire qu’il faut déclarer une guerre. Ceux qui sont capables d'aller dans les quartiers et de sortir en pleine rue avec des AK-47, des Kalachnikov, qui vous tirent quand même des dragées de 7.62... Il faut arrêter ! C'est une arme de guerre avec des munitions de guerre."

"Ça canarde en pleine rue, en plein jour ! Est- ce que vous pensez vraiment qu'on peut renouer un dialogue avec ce genre de 'combattants' ?"

Bruno, un policier marseillais

à franceinfo

"Non. Il n’y a pas de dialogue possible, tranche Bruno. Il y a une guerre à déclarer, une guerre à gagner." Et pour la gagner, les policiers ont besoin aussi de réponse pénale, insiste Rudy Mana, secrétaire du syndicat Alliance dans les Bouches-du-Rhône. "Quand nous présentons des individus pour trafic de stupéfiants aux magistrats, Il faut une réponse pénale. Il manque des magistrats ? OK, c’est [au gouvernement] de mettre des magistrats. Il manque des places de prison ? C’est à lui de trouver une solution, assène-t-il. Il faut que ces mecs-là aient une réponse pénale. On ne veut plus avoir l’impression de travailler pour rien. On ne veut plus avoir affaire en face de nous à des gens qui se sentent en totale impunité, parce que sinon on n’arrivera pas à réinstaurer l’autorité."  

Cette réponse pénale, appelée de tous leurs vœux par les policiers, fait partie des huit "chantiers" du Beauvau de la sécurité lancé en janvier et qu’Emmanuel Macron doit conclure mardi lors d’un déplacement à l'École de police nationale de Roubaix. Depuis son lancement, six tables rondes réunissant syndicats de policiers, représentants de la gendarmerie, élus et intervenants extérieurs ont été organisées sur les thèmes de la formation et du recrutement, de l'encadrement, des liens police-population, des relations police-justice, du contrôle interne et du maintien de l'ordre. Cette concertation doit poser les bases d'une future loi de programmation de la sécurité intérieure à l'horizon 2022.

*Le prénom a été changé.

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