Quatre questions sur le "Beauvau de la sécurité" annoncé par Emmanuel Macron

Le chef de l'Etat a annoncé la tenue à partir de janvier de concertations autour d'une réforme de la police. Objectif : "améliorer les conditions d'exercice" des forces de l'ordre et "consolider" les liens avec les Français.

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Des policiers devant le ministère de l'Intérieur, place Beauvau, à Paris, le 1er avril 2020. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Une sorte de "Grenelle de la police". Pour déminer une situation explosive, en pleine polémique sur les violences policières, Emmanuel Macron a annoncé la tenue d'un "Beauvau de la sécurité" à partir de janvier, dans une lettre datée du lundi 7 décembre, consultée par franceinfo, qui s'adresse au secrétaire général du syndicat Unité-SGP-FO, Yves Lefebvre.

Qui va y participer ?

Ce "Beauvau de la sécurité", du nom de la place où est situé le ministère de l'Intérieur, réunira représentants des forces de l'ordre, élus et citoyens, écrit Emmanuel Macron dans sa lettre, sans donner davantage de détails. "J'y interviendrai personnellement", précise-t-il. "La France tient par ses policiers et ses gendarmes (…), nous leur devons soutien et protection. J'y veillerai", ajoute-t-il.

Quels seront les sujets abordés ?

Cette réforme de la police devra s'appuyer sur sept chantiers : la formation des forces de l'ordre, leur encadrement, les conditions matérielles d'exercice de la mission, la captation vidéo des interventions, la mission des inspections, les effectifs de maintien de l'ordre et le lien entre police et population, dont la lutte contre les discriminations et le rapport aux médias. Il s'agit des "pistes de réflexion" présentées au chef de l'Etat par le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, "après de larges consultations".

"Je souhaite désormais que nous puissions avancer rapidement et concrètement pour améliorer les conditions d'exercice du beau et indispensable métier qui consiste à garder la paix", poursuit Emmanuel Macron. Le président de la République demande au ministre de l'Intérieur et au directeur général de la police nationale de "recevoir dès que possible les organisations syndicales pour préciser ces propositions". Cette rencontre aura lieu 18 décembre, a annoncé Gérald Darmanin.

Le ministre salue par ailleurs, dans un tweet, l'annonce de ce "Beauvau de la sécurité". Ce sera "la première pierre de la grande loi de programmation de la sécurité intérieure que les forces de l'ordre méritent depuis longtemps", souligne-t-il.

Cette loi de programmation sur la sécurité intérieure est souhaitée par la droite depuis plusieurs années. La dernière remonte à 2011, quand Michèle Alliot-Marie était ministre de l'Intérieur. La précédente remontait à mars 2002. 

Qu'en disent les syndicats de police ?

Dans le courrier adressé au chef de l'Etat par Yves Lefebvre, le syndicaliste souligne que l'interview d'Emmanuel Macron, vendredi, au média en ligne Brut, a "laissé des traces et une colère certaine au sein de la police nationale". Le président de la République avait jugé "insoutenable" que les contrôles policiers ciblent davantage les jeunes dont la peau "n'est pas blanche". "Même si votre discours venait dans sa globalité souligner l'action des forces de l'ordre et des policiers (...) mes collègues [retiennent] une seule chose, à savoir que les contrôles au faciès existent, qu'ils sont une réalité, qu'un jeune homme de couleur a plus de chance d'être contrôlé que les autres personnes", écrit le secrétaire général du syndicat Unité-SGP-FO.

"C'est une première satisfaction", a réagi mardi matin, sur franceinfo, Rocco Contento, porte-parole du syndicat de police Unité SGP Police en Ile-de-France, après l'annonce de l'organisation du "Beauvau de la sécurité". "Cela nous paraît utile, mais au-delà d'une concertation, ce que nous voulons, ce sont des actes", a-t-il souligné. "Nous n'avons eu pendant des années que des réformettes qui ont juste visé à l'optimisation du rendement dans les services. Il faut absolument réformer en profondeur, surtout pour améliorer les conditions d'exercice du policier sur le terrain", a appuyé Rocco Contento.

Les syndicats Alliance (majoritaire chez les gardiens de la paix) et Synergie ont fait part mardi à l'AFP de leur "circonspection". "Alliance veut que ceux qui nous protègent soient avant tout protégés, avec notamment des agresseurs de policiers en prison", a déclaré son secrétaire général. Fabien Vanhemelryck a ajouté : "Nous ne répondrons pas à l'invitation tant que le président Macron ne donnera pas suite à nos revendications sur la protection du policier." Même tonalité chez Synergie-officiers, dont le secrétaire général, Patrice Ribeiro, a mis l'accent sur "la souffrance" et la "colère" des policiers. "Ce n'est pas avec un séminaire avec des élus et des citoyens triés sur le volet qu'on va régler le problème", a-t-il estimé.

Tous ont annoncé la poursuite des actions menées depuis lundi, avec notamment l'arrêt des contrôles d'identité. Des "opérations de non-contrôle" sont ainsi organisées par des policiers un peu partout en France. "Nous remettons aux citoyens des attestations de contrôle expliquant que le policier n'est pas raciste ni violent", précise Rocco Contento. 

Quelles sont les réactions politiques ?

Des responsables politiques de droite et du centre ont considéré qu'avec cette annonce, Emmanuel Macron tentait d'"expier sa faute", après ses déclarations sur les violences policières. "Nous verrons ce qu'il en sortira. Ce qui m'importe, ce sont les actes, pas les palabres. On a l'impression que 'Beauvau', 'Ségur', 'Grenelle', 'grand débat', c'est un peu la géographie de l'impuissance", a pour sa part réagi le député LR Eric Ciotti, sur LCI.

A gauche, le député PCF Sébastien Jumel a dit avoir "l'impression qu'Emmanuel Macron a perçu qu'il était quand même dans une vraie galère avec l'article 24 [de la proposition de loi sur la "sécurité globale"] et la perte de confiance des Français à l'égard des forces de l'ordre". Le numéro deux de LFI, Adrien Quatennens, a souligné sur Public Sénat que le lieu pour discuter des conditions de travail des forces de l'ordre et de la sécurité intérieure, "ça s'appelle l'Assemblée nationale".

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