Aéroport Roissy Charles-de-Gaulle : trois hommes arrêtés, soupçonnés d'avoir espionné la police des taxis pour mieux arnaquer les touristes

Ils seront jugés en mars prochain, suspectés d'être à l'origine d'un réseau pour surveiller les "Boers", les fonctionnaires de police de l'unité de contrôle des transports de personnes.
Article rédigé par franceinfo, Aurélien Thirard
Radio France
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Temps de lecture : 3 min
Un taxi devant l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, en janvier 2016. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Trois hommes ont été interpellés et placés sous contrôle judiciaire vendredi 15 décembre, soupçonnés d'être à l'origine d'un réseau mis en place pour surveiller la police des taxis à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle et prévenir les taxis clandestins pour arnaquer les touristes, a appris vendredi 22 décembre franceinfo de source proche de l'enquête, confirmant une information du Parisien.

Selon le parquet de Bobigny en Seine-Saint-Denis, les suspects avaient mis en place un système de surveillance "et de partage en temps réel des informations relatives à l’activité des fonctionnaires de police de l’unité de contrôle de transports de personnes, appelée 'Boers'". De source proche de l'enquête, des membres du réseau étaient placés à plusieurs points stratégiques de l'aéroport Roissy Charles-de-Gaulle. Le but : renseigner les chauffeurs de taxis clandestins pour leur permettre d'arnaquer les touristes en les faisant choisir ces faux taxis et ainsi les faire payer plus cher leur course.

Des policiers espionnés voire menacés

Dans le détail, un guetteur était posté en permanence devant les locaux des Boers pour surveiller leurs faits et gestes, leurs déplacements, parfois même ces guetteurs envoyaient des photos des policiers qu'ils surveillaient et les plaques de leurs voitures de police banalisées mais aussi personnelles. Ces guetteurs allaient même jusqu'à procéder à de véritables filatures dans l'aéroport. Pour les identifier, ils leur donnaient des surnoms. Des surveillances qui allaient jusqu'aux menaces : certains fonctionnaires ont été suivis jusque chez eux, d'autres ont eu les pneus de leur voiture crevés.

Ces informations étaient ensuite délivrées aux chauffeurs de taxis clandestins via Whatsapp ou Telegram. De cette manière, les chauffeurs pouvaient stopper leur activité et la reprendre une fois le champ libre. Ce service leur était facturé entre 100 et 150 euros par semaine. Chaque groupe de discussion comportait jusqu'à 70 clients. Les gains du réseau sont estimés entre 170 000 et 300 000 euros depuis mars 2022.

D'après le parquet de Bobigny, les trois hommes ont été placés sous contrôle judiciaire pour "exécution d’un travail dissimulé en bande organisée" et "complicité de prise en charge d’un client sur une voie ouverte à la circulation publique, sans justification de réservation préalable par le conducteur d’un véhicule de transport routier de personnes à titre onéreux". Des faits commis entre le 31 mars 2022 et le 12 décembre 2023, selon le parquet qui précise que les trois suspects n'ont plus le droit de se rendre aux aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle, d'Orly et du Bourget. Ils n'ont pas le droit non plus d'entrer en contact les uns avec les autres, jusqu'à ce qu'ils soient jugés.

Les trois suspects ont entre 21 et 45 ans. De source proche de l'enquête, ils ont été arrêtés à Moissy-Cramayel en Seine-et-Marne, à Roissy-en-France dans le Val-d'Oise et à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis. Tous les trois sont accusés d'avoir espionné les Boers, l'unité de contrôle des transports de personnes, pour ensuite prévenir les chauffeurs de taxis clandestins contre rémunération.

La sécurité renforcée en vue des JO de Paris 2024

Interrogé par franceinfo, le commissaire Jean-Sébastien Rosadoni, chef de la division régionale de la sécurité routière, compare le mode de fonctionnement du réseau à celui "des trafics de stupéfiants". "Notre objectif, poursuit-il, c'est évidemment de se mobiliser à 100%, de manière quotidienne et encore plus aujourd'hui à l'approche des Jeux olympiques et paralympiques." Le commissaire l'affirme, "cette affaire, c'est le résultat de notre nouvelle méthode d'action opérationnelle (...) Personne, malgré le développement de process, [malgré] des manières de fonctionner innovantes, ne pourra échapper à notre action sur les plateformes aéroportuaires", précise Jean-Sébastien Rosadoni. L’audience est prévue le 22 mars prochain. Il s’agit du deuxième dossier de ce type qui sera jugé à Bobigny.

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