Procès du "tueur de l'Essonne" : Yoni Palmier raconté par ses proches en cinq citations

Suspecté d'avoir commis quatre assassinats entre novembre 2011 et avril 2012, l'homme, âgé de 36 ans, comparaît depuis mardi devant les assises d'Evry. Pendant trois jours, ses proches ont dressé un portrait glaçant de lui. 

Yoni Palmier devant la cour d\'assises d\'Evry (Essonne), le 31 mars 2015.
Yoni Palmier devant la cour d'assises d'Evry (Essonne), le 31 mars 2015. (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Il continue de nier être l'auteur des assassinatsYoni Palmier, suspecté d'être le "tueur de l'Essonne", a comparu pour le quatrième jour de son procès, vendredi 3 avril, devant la cour d'assises d'Evry. Il est accusé d'avoir tué quatre personnes d'au moins une balle dans la tête, par surprise et sans mobile.

Nathalie Davids, 35 ans, a été abattue, en novembre 2011, de sept balles dans un parking de Juvisy-sur-Orge (Essonne). Son amant est d'abord accusé. Mais deux mois plus tard, sur le même parking, un autre homme est retrouvé mort, criblé de balles. Les deux mois suivants, deux autres victimes seront, elles aussi, exécutées à Ris-Orangis et Grigny. Yoni Palmier, 33 ans à l'époque, originaire du département, a été arrêté le 14 avril 2012, dix jours après le dernier meurtre. Il sera surnommé "le tueur de l'Essonne".

Malgré un dossier accablant, il nie en bloc. Ses parents, ses demi-frères et demi-sœurs ainsi que son ex-petite amie, se sont succédé à la barre depuis mardi pour témoigner et permettre à la cour de mieux comprendre la personnalité du suspect. Tous ont dressé le portrait d'un homme difficile à cerner, violent et perturbé. 

"Je ne pense pas que mon fils ait fait ça"

Elle est sûrement son dernier soutien. C'est aussi la seule qui vient le voir en prison. A 82 ans, Eugénia Félicienne Chimbak, la mère de Yoni Palmier, est venue mercredi 1er avril, appuyée sur une canne, défendre son petit dernier, celui qu'elle a, parmi ses neufs enfants, le plus protégé. "C'était mon dernier, mon enfant, alors je le chouchoutais, je l'encadrais", explique-t-elle de sa voix traînante devant la cour. Ménage, vaisselle, courses qu'elle lui livrait à domicile, Eugénia était toujours là, avant que son fils de 36 ans ne soit accusé de quatre meurtres. 

Mais elle en est persuadée, Yoni Palmier est innocent : "Mon fils... Je pense qu'il n'a tué personne, avance-t-elle d'une voix languissante. Je n'abandonnerai jamais mon fils !" 

"Il n'est pas violent, il ne s'est énervé qu'une seule fois et m'a lancé le couteau"

Aveuglée par son amour, Eugénia minimise tout ce qui pourrait compromettre son fils. Même ce fameux jour de 2004 où il l'a poignardée. "Il a été violent ?", lui demande le président, reprennant les déclarations de la mère devant les policiers. "Non... Il s'est énervé une fois", nuance-t-elle. Ce jour-là, elle avait refusé de l'accompagner chez l'assistante sociale pour un entretien d'embauche. "Il était dans la cuisine en train d'éplucher des pommes de terre. Il s'est énervé et m'a lancé le couteau."

Mais l'enquête avance une autre version : Yoni Palmier lui a porté quatre coups de couteau à cran d'arrêt dans le dos, alors qu'elle était au sol. Un geste qui lui vaudra six mois de prison. Lorsque le président de la cour lui rappelle ces faits, la vieille dame répond simplement ne plus s'en souvenir.

Autres épisodes de violence abordés lors de l'audience, le jet d'un tabouret, ou d'une bouteille en direction de sa mère. A leur évocation, elle laisse éclater un petit rire. "Ni bouteille, ni tabouret", conclut-elle sèchement. A chaque question, elle répond sans ciller avec le même regard bienveillant sur son fils. Sa scolarité ? "Elle s'est bien passée", alors qu'il a redoublé trois fois, rappelle L'Express, et qu'il était, à ses dires, un souffre-douleur. Son rapport avec ses demi-frères et demi-sœurs ? "Il n'y a aucun problème", alors que son fils ne voit aucun d'entre eux depuis le début de l'affaire.

"Au début, je n'en voulais pas, mais sa mère y tenait"

Yoni est né bien après les autres enfants de la famille, d'un père qui n'a jamais vécu avec sa mère et qui avait déjà une femme et trois enfants. "Je suis très, très contrarié d'être là. Je ne sais pas quoi dire", commence Georges Palmier, 75 ans, lors de son audience mercredi. Sans jamais quitter ses lunettes de soleil, le vieil homme raconte la naissance de son fils. "Au début", il n'en voulait pas. Mais "sa mère y tenait absolument. Elle s'est retrouvée enceinte." Il ne révélera que des années plus tard sa double vie à sa première femme, qu'il ne quittera pas. 

Mais le père de Yoni Palmier l'assure : même s'il ne vivait pas sous le même toit, il a été présent pour l’éducation de Yoni, qui n’a jamais manqué de rien, selon lui. Il ne s'explique pas, du coup, les accusations qui pèsent sur son fils : "Il a toujours été chouchouté par tout le monde." Leurs relations se seraient dégradées après que Yoni a agressé sa mère. Le père, présent au moment des faits, assure "être intervenu" et "même avoir été blessé", rapporte le Républicain. "J’ai lutté pour le désarmer, j’ai dû le mordre pour qu’il lâche son arme. C’est à partir de ce moment-là que nos relations se sont dégradées", assure-t-il avant de révéler qu'il trouvait déjà son fils "secret et étrange, quand il restait dans sa chambre à faire de la musique et de l’ordinateur".

"Il était lunatique et agressif et ne supportait pas la contrariété"

C'est en larmes que Valérie, l'ex-petite amie de Yoni Palmier s'est présentée à la barre, jeudi 2 avril, pour revenir sur leur relation chaotique. Ils se rencontrent à la fin des années 1990, dans une radio locale de l'Essonne. Elle est encore mineure et en stage, lui est proche de la vingtaine, fan de rap et de R&B. Au départ, "il était gentil et mignon", confie-t-elle. Mais il dévoile peu à peu un autre visage au cours de leur relation qui durera deux ans. Elle se remémore les soirées où "il s'enfermait dans la cuisine pendant des heures, jusqu'à très tard", dînait seul et se lavait les mains à l'eau de javel. Elle décrit un homme sans amis, "lunatique et agressif", qui "ne supporte pas la contrariété", et qui l'oblige à faire ce qu'il veut. "Comme avec sa mère", qui cède au moindre de ses caprices dès qu'il fait "sa petite crise". "Je l'ai toujours connu violent avec elle", affirme la jeune femme. 

Dans l'intimité, Yoni Palmier s'avère tout aussi brutal. Il oblige la jeune femme à regarder "des films pornos" et lui demande de faire "comme les actrices.""Je n'avais pas l'habitude, je pensais que c'était normal, souffle-t-elle. Maintenant, je me rends compte qu'en fait, nos rapports n'étaient pas normaux." Elle devine, à l'époque, des tendances homosexuelles chez le jeune homme, ce qui la pousse à le quitter. Valérie est la seule femme que Yoni ait jamais fréquentée. Ensuite, comme le raconte Le Parisien, il n'entretiendra qu'une courte relation avec son voisin.

"Il a reçu la même éducation que nous, mais lui n'a pas eu de père"

Yoni Palmier n'entretient désormais plus aucune relation avec ses demi-frères et demi-sœurs. Pourtant, il a longtemps été très proche d'une d'elles, Nadia, issue d'un premier mariage de sa mère, relate le Parisien. Elle raconte l'avoir materné, en lui faisant ses courses ou son ménage. Pour elle, "Yoni a reçu la même éducation que nous, mais lui, il n'a pas eu son père [qui] s’en foutait complètement." Depuis les faits, cette assistante de vie scolaire âgée de 59 ans n’est jamais allée voir son demi-frère en prison. A la barre, c'est à peine si elle ose le regarder.   

"Je veux dire avant tout que je suis désolée pour les familles des victimes, lance-t-elle à la barre. J'ai allumé des cierges pour elles à l'église." Mais Nadia a encore du mal à réaliser les faits reprochés à son frère : "S’il a fait cela, il ne l’a peut-être pas fait seul", semble-t-elle presque espérer, d'après le Républicain.