Procès de l'agresseur de Marin : la vie brisée d'un étudiant pour un simple baiser

Il y a 18 mois, Marin était plongé dans le coma après avoir été sauvagement roué de coups. Le procès de son agresseur a débuté cette semaine.

Marin, 20 ans, arrive accompagné d\'une proche au palais de justice de Lyon, le 3 mai 2018.
Marin, 20 ans, arrive accompagné d'une proche au palais de justice de Lyon, le 3 mai 2018. (JEFF PACHOUD / AFP)

Le 11 novembre 2016, sa vie a basculé. Après avoir défendu un couple agressé pour un simple baiser dans la rue, le jeune Marin a été roué de coups. Un an et demi après les faits, le procès de son agresseur, 17 ans au moment des faits, a débuté mercredi 2 mai, à huis clos, devant la cour d'assises des mineurs de Lyon. Vendredi, l'avocat général a requis une peine de 14 ans de prison ferme contre l'accusé. Franceinfo revient sur l'affaire qui a ému la France.

"Un modèle pour ses frères et sœurs"

A 20 ans, Marin est étudiant en troisième année de droit et sciences politiques à Lyon. Aîné d’une fratrie de quatre frères et soeurs, il est "leur modèle". Serviable, "il passe une grande partie de ses week-ends et vacances à s’occuper de ses frères et sœurs et à aider au garage paternel".

Décrit comme "la personne indispensable des repas de famille" dans un portrait de lui publié sur une page Facebook qui lui est dédiée, ce jeune homme est également brillant. On apprend qu’il étudie le chinois, avec un certain talent, et qu’il a obtenu son bac avec mention très bien. Marin est promis à un bel avenir, jusqu’à ce 11 novembre 2016.

"Il abat sa béquille à trois reprises sur sa nuque"

Ce jour-là, Marin assiste dans les rues de Lyon à une altercation entre un couple et un jeune de 17 ans. Ce dernier, en échec scolaire et connu de la police, reproche un baiser échangé en public. L'étudiant prend la défense du couple. S'ensuit un vif échange et Marin, accompagné lui-même de sa petite amie, préfère se réfugier dans un bus, devant la gare de Lyon-Part-Dieu. Mais l'accusé "abat sa béquille à trois reprises avec une rare violence sur la nuque de celui qui s’est interposé".

Marin s’écroule. Transporté à l’hôpital dans un état critique, le jeune homme se trouve entre la vie et la mort. Rapidement opéré, on lui retire un quart de sa boîte crânienne pour empêcher un hématome de comprimer son cerveau. Il est par la suite plongé dans le coma. Les pronostics des médecins sont très réservés. Son histoire émeut toute la France et au-delà des frontières. Près de 200 000 personnes suivent l'évolution de son état sur les réseaux sociaux.

Une longue attente pour les proches, qui reçoivent de très nombreux messages de soutien. Puis, le 27 novembre, soit 11 jours après l’agression, Marin ouvre les yeux. "On n’ose à peine vous écrire ces mots : Marin a été extubé et il est autonome au niveau respiratoire. De plus, il vient de débuter sa phase de réveil", écrivent ses proches.

"J'ai abandonné tout espoir de redevenir le Marin d'avant"

Soulagé, l’entourage salue "cette avancée miraculeuse", mais précise que "les nombreuses lésions observées annoncent une rééducation longue et compliquée". Marin souffre de graves séquelles physiques, neurologiques et psychologiques. Sa lente phase de réveil va se prolonger et sera suivie de soins intenses, dont trois nouvelles opérations à la tête. "Cloué au lit", puis "sanglé dans un fauteuil", l’étudiant poursuit son combat.

Aujourd'hui, Marin a quitté le centre de rééducation suisse où il a passé plusieurs mois. Il est apparu au procès boitant, un bras replié sur la poitrine, des cicatrices visibles sur le crâne. Il doit aussi composer avec des tocs qui le poussent à tout compter, comme les petits carreaux de la salle de bains. "J'ai, depuis un petit moment désormais, abandonné tout espoir de redevenir le Marin d'avant, confiait-il sur sa page Facebook un an après le drame, celui qui pouvait jouer au foot, danser avec ses amis et son amoureuse en soirée."