"Air Cocaïne" : cinq questions sur la fuite des pilotes français de République dominicaine

Condamnés à vingt ans de prison pour trafic de cocaïne, Pascal Fauret et Bruno Odos ont réussi à rejoindre la France, durant le week-end des 24 et 25 octobre.

Le pilote Pascal Fauret et son copilote Bruno Odos, le 4 février 2014, devant le tribunal de Higuey (République dominicaine).
Le pilote Pascal Fauret et son copilote Bruno Odos, le 4 février 2014, devant le tribunal de Higuey (République dominicaine). (ERIKA SANTELICES / AFP)

Ils n'ont pas attendu la tenue de leur procès en appel. Les deux pilotes français mis en cause dans l'affaire "Air Cocaïne", Pascal Fauret et Bruno Odos, se sont enfuis de République dominicaine et ont rejoint la France, durant le week-end des 24 et 25 octobre. Un départ soudain qui a pris de court les autorités dominicaines, qui avaient interdit tout départ du territoire aux deux hommes condamnés en première instance à vingt ans de prison pour trafic de drogue.

Pourquoi ont-ils quitté la République dominicaine ?

L'avocat des pilotes, Jean Reinhart, indique à France 2 qu'ils sont "venus en France pour trois raisons : chercher la justice, se soigner et voir leurs familles". Mardi, ils se trouvaient "dans la région lyonnaise et autour", auprès de leurs familles, selon leur avocat, qui demandent qu'ils "puissent être entendus rapidement" par la justice.

Alors qu'ils clamaient leur innocence, ils avaient été condamnés, en août, à une lourde peine de prison par la justice dominicaine. En rejoignant la France, "ils ne fuient pas la justice mais viennent chercher la justice", explique donc leur avocat, dénonçant le système judiciaire dominicain.

Comment ont-ils réussi à s'enfuir ?

L'avocat des pilotes n'a pas apporté de précisions sur leur départ, se contentant d'indiquer qu'ils "ne se sont pas évadés, car ils n'étaient pas en prison". En effet, après quinze mois de détention provisoire, les Français étaient libres jusqu'à ce que leur sentence soit définitive, avec comme condition de rester sur le territoire dominicain.

Selon BFMTV, les deux pilotes ont été aidés par des "copains" militaires, "des marins mais aussi deux ex-agents de la DGSE", les deux pilotes s'étant liés d'amitié avec eux quand ils travaillaient pour l'aéronavale. Sur Europe 1, mardi, leur avocat s'est contenté de confirmer qu'ils avaient reçu l'aide de "quelques personnes", dont "des Dominicains", assure-t-il.

Pascal Fauret et Bruno Odos ont "prétexté une balade touristique en mer" pour quitter l'île sur un petit bateau de plaisance, explique BFMTV, avec un militaire mais aussi "un politique français". Ils ont alors rejoint un bateau "plus imposant", où se trouvait le reste de leurs complices. Toujours selon BFMTV, l'équipage a passé "plusieurs jours" en mer avant de rejoindre l'île de Saint-Martin, d'où ils ont pris l'avion pour la France, à l'aide des passeports français "fournis par les anciens militaires".

Le site de Valeurs actuelles fait un autre récit, expliquant que les deux hommes ont quitté la République dominicaine à bord d'un hélicoptère, avant d'être largués en mer et récupérés par un bateau privé. Un plan qui a été envisagé mais jugé trop risqué, selon BFMTV.

Ont-ils bénéficié de complicités officielles ?

L'éventuel rôle des autorités françaises dans cette opération reste flou. Le départ des Français de République dominicaine aurait été organisé par "une partie privée" et "une partie étatique", avance le site de Valeurs actuelles, sans plus de précisions. "Le gouvernement n'a pas eu de rôle actif", a affirmé l'avocat des deux hommes, et le Quai d'Orsay a démenti toute implication.

BFMTV affirme, pour sa part, "qu'un homme politique français faisait également partie de l'opération d'extraction" : le député européen Front national Aymeric Chauprade. Pour la chaîne, il se serait même trouvé sur le bateau dans lequel les deux pilotes ont quitté l'île. Les deux pilotes avaient reçu la visite de ce soutien de longue date, qui a posté mercredi une photo prise selon lui deux jours plus tôt.

Interrogé par BFMTV, il a reconnu avoir dîné avec les pilotes, qui "ne cachaient pas leur intention de partir", mais n'a pas donné plus de détails sur son rôle dans l'évasion. Sur Europe 1, mardi, l'avocat des deux pilotes assurait pourtant qu'Aymeric Chauprade était "le premier surpris".

Une chose est certaine : leur départ a eu lieu alors que plusieurs élus se mobilisaient pour leur cause. Mercredi, deux députés ont été reçus au ministère des Affaires étrangères pour évoquer le dossier des Français. Ils avaient l'espoir de "pousser Laurent Fabius à agir en sous-main en République dominicaine", selon le site du Figaro, qui fait état d'une rencontre plus tôt sur place entre le nouvel ambassadeur français et les mis en cause.

Qu'est-ce qui les attend en France ?

Les deux pilotes, Pascal Fauret et Bruno Odos, devraient prochainement avoir à s'expliquer devant la justice française. Durant le week-end, ils ont demandé à ce que la juge d'instruction chargée de leur dossier à Marseille, Christine Saunier-Ruellan, soit informée de leur arrivée en France. Leur avocat a envoyé, lundi, un courrier en ce sens à la juge, dont l'enquête sur le volet français de l'affaire a été ouverte en 2013.

Si les pilotes s'exposent à d'éventuelles poursuites en France, "la bonne nouvelle, c'est qu'ils ne repartiront pas" en République dominicaine, car "la France n'extrade pas ses ressortissants", assure leur avocat. Selon le député des Français de l'étranger Sergio Coronado, des "accords d'extradition" existent toutefois entre les deux pays.

Qu'en est-il des deux autres Français restés sur place ?

Deux autres Français, les passagers Nicolas Pisapia et Alain Castany, ont été condamnés à la même peine que les pilotes et se trouvent toujours en République dominicaine. Ils sont soumis au même contrôle judiciaire, qui "pourrait se durcir ou être remplacé par un retour en prison" du fait de la fuite des pilotes, s'inquiète Sergio Coronado.

"Je viens d'avoir notre fils sur Skype, il est catastrophé par cette situation, ça va lui nuire plus que tout ce qui s'est passé jusqu'à maintenant", confie Claude Pisapia, le père du passager.

Dans un communiqué, l'avocat d'Alain Castany dénonce "un abandon pur et simple, voire une mise en danger" de son client par les deux pilotes, qui semblent, à ses yeux, ne pas s'être "souciés des conséquences de leur acte". Il craint lui aussi "un durcissement des mesures coercitives", alors qu'il espérait obtenir le rapatriement sanitaire de son client, actuellement hospitalisé après avoir été "fauché par une moto".