"Lettre à Jacqueline Sauvage" : l'avocat général la décrit comme "le symbole inadapté d'un fait majeur de société"

Frédéric Chevallier, l'avocat général du procès en appel de Jacqueline Sauvage, s'adresse à cette dernière dans une lettre publiée dans "Le Monde". 

Jacqueline Sauvage s\'exprime dans l\'émisson \"Sept à Huit\", diffusée sur TF1, le 20 février 2017.
Jacqueline Sauvage s'exprime dans l'émisson "Sept à Huit", diffusée sur TF1, le 20 février 2017. (HANDOUT / TF1)

"Eriger votre comportement comme la solution pour lutter contre les violences intolérables faites aux femmes, c’est se tromper de cas pour illustrer une cause supérieure." Dans une lettre adressée à Jacqueline Sauvage et que Le Monde publie mardi 2 octobre, Frédéric Chevallier, l'avocat général du procès en appel de cette dernière, bat en brèche l'image de cette femme érigée en symbole de lutte contre les violences conjugales. A l'occasion de la diffusion, lundi sur TF1, d'un téléfilm sur la vie de Jacqueline Sauvage, l'histoire de cette femme de 70 ans a refait surface. 

Jacqueline Sauvage a été condamnée par deux cours d'assises à dix ans d'emprisonnement pour avoir tué de trois coups de fusil son mari, Norbert Marot. Elle a finalement bénéficié d'une grâce totale accordée en décembre 2016 par le président François Hollande après une intense campagne médiatique en sa faveur.

"Vous l'avez condamné sans procès"

"Il y a deux vérités : une vérité judiciaire et une vérité politique. (...) Je suis extrêmement déçu quand j'entends Jacqueline Sauvage dire, sur un plateau TV, qu'elle n'est coupable de rien", assurait déjà lundi Frédéric Chevallier sur Europe 1. Dans cette longue lettre adressée à la chroniqueuse judiciaire du Monde, Pascale Robert-Diard, Frédéric Chevallier poursuit sa réflexion en détaillant minutieusement ses connaissances du dossier. 

"Vous présenter comme soumise et sous l’emprise de ce 'tyran' de Norbert, c’était nier totalement votre personnalité dont la réalité ne correspondait plus en rien à ce que vous avez été pendant quarante-sept ans", assure-t-il.  "Je veux vous en parler de ces quarante-sept ans dont d’aucuns, journalistes, hommes et femmes politiques, artistes, intellectuels, de tout bord, de toute tendance se sont emparés sans en connaître la réalité autre que celle faussement véhiculée par ce gigantesque café du commerce que les réseaux sociaux fabriquent et entretiennent à dessein", tacle-t-il. 

Réduire votre funeste décision à un geste de survie, c’est nier le sens même de votre vie déterminée.Frédéric Chevallier, avocat généralau Monde

Et le magistrat de poursuivre : "En exécutant votre mari, vous nous avez privés d’un procès qui aurait peut-être permis d’inverser l’ordre des choses aujourd’hui établi. Vous l’avez condamné sans procès. Vous n’en aviez pas le droit."

"Lutter contre les violences intrafamiliales, contre les violences faites aux femmes ne peut passer par la violence criminelle dont vous vous êtes rendue coupable. La justice s’exerce pour éviter la vengeance des victimes et pour punir à leur place. Cette justice aujourd’hui fonctionne", poursuit-il, concluant : "Vous êtes devenue, sans doute malgré vous, le symbole inadapté d’un fait majeur de société."