"On fait attention au sur-accident" : comment les pompiers interviennent sur l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen

Le type de feu à l'usine Lubrizol n'est pas un incendie ordinaire en raison des produits développés sur le site. Les pompiers doivent donc l'éteindre avec de la mousse et des produits spécifiques, comme le raconte Philippe Besson, fondateur des Pompiers de l'urgence.

L\'incendie s\'est déclaré vers 2h45 jeudi 26 septembre à Rouen (Seine-Maritime).
L'incendie s'est déclaré vers 2h45 jeudi 26 septembre à Rouen (Seine-Maritime). (ANTOINE SABBAGH / FRANCE-BLEU HAUTE-NORMANDIE)

L'incendie qui ravage l'usine classée Seveso Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime) mobilise 200 pompiers. Sur franceinfo jeudi 26 septembre, Philippe Besson, fondateur des Pompiers de l’urgence, estime qu'il faut faire "attention au sur-accident", à ces nouvelles explosions qui pourraient "projeter des projectiles" susceptibles de propager l'incendie. D'après lui, les pompiers ne peuvent éteindre ce feu d'hydrocarbures avec de l'eau, ils doivent "accumuler assez de mousse anti-incendie pour une attaque massive".

franceinfo : Qu'est-ce qui rend cette opération compliquée et dangereuse ?

Philippe Besson : Cette opération est dangereuse pour les pompiers parce qu'il y a des risques d'explosions importants. C'est également une opération compliquée en ce qui concerne les méthodes d'intervention. En effet, on n'est pas dans un feu classique de bâtiment où on peut intervenir avec de l'eau. Là on parle d'hydrocarbures ou de produits additifs que l'on ajoute au diesel, donc ces feux nécessitent des produits très spécifiques. On ne peut surtout pas projeter de l'eau, sinon on attiserait le feu. Il faut donc projeter de la mousse anti-incendie avec des engins et un produit spécifiques. Par ailleurs, les pompiers doivent accumuler assez de mousse avant de faire une attaque massive pour être sûrs d'éteindre le feu du premier coup. Le feu ressemble à une nappe qui brûle. Et c'est cette nappe qu'il faut recouvrir de produit pour éteindre le feu.

Est-ce que ce genre d'incendie est plus long à éteindre qu'un feu plus classique ?

Oui, c'est plus long. C'est même extrêmement long puisqu'il faut concentrer tous les moyens. Des renforts ont donc été demandés aux départements limitrophes à la Seine-Maritime. Et lorsqu’il y aura assez de produit, assez de mousse, les pompiers procéderont à une attaque massive pour éteindre ce foyer. En attendant les pompiers limitent l'extension du sinistre au reste de l'usine. De plus, il faut éviter un sur-accident, c'est-à-dire être très vigilant face aux explosions et aux projectiles projetés qui peuvent propager l'incendie. C'est ce que l'on appelle l'effet missile.

Il faut donc éteindre l'incendie avant de sécuriser le site...

Cela va être une opération de très longue durée parce qu'il faut éteindre, mais la température ne va pas redescendre avant plusieurs jours. Les infrastructures ont certainement été déformées et endommagées. Il y a également tous les risques de pollutions atmosphérique et aquatique auxquels il faut faire attention.

Les explosions sont risquées pour les pompiers, mais pas seulement...

Il y a la chaleur qui est extrêmement importante. Et puis la fumée également. Mais nous disposons d'équipements d'intervention spécifiques, d'appareils respiratoires qui permettent de protéger les pompiers contre ces fumées et contre cette chaleur. Et puis il y a également des méthodes modernes, comme des robots qui peuvent être utilisés afin d'éviter d'engager les pompiers trop près de l'incendie. Pour autant, les pompiers, même s'ils redoutent ce type d'interventions car elles sont relativement rares, sont formés pour ce genre d'incendies. Les pompiers font régulièrement des exercices dans des sites industriels de ce type-là. Il y a également un centre de formation, situé dans l'Eure, où les pompiers de toute la France vont régulièrement s'entraîner à intervenir sur ces incendies spécifiques.