Rouen : ce que l'on sait de l'incendie dans l'usine Lubrizol, classée Seveso

Le feu s'est déclaré dans la nuit de mercredi à jeudi dans une partie de l'usine Lubrizol. Quelque 200 sapeurs-pompiers luttent contre les flammes et les habitants qui vivent dans un périmètre de 500 mètres autour du site sont invités à rester chez eux.

Des panaches de fumée recouvrent Rouen (Seine-Maritime) lors d\'un incendie dans l\'usine Lubrizol, le 26 septembre 2019.
Des panaches de fumée recouvrent Rouen (Seine-Maritime) lors d'un incendie dans l'usine Lubrizol, le 26 septembre 2019. (THIBAUT DROUET / AFP)

Un nuage noir, épais, se diffuse dans le ciel de Rouen. Un important incendie s'est déclaré, dans la nuit du mercredi 25 au jeudi 26 septembre, dans l'usine Lubrizol, classée Seveso. Un peu avant 8 heures, le feu fait toujours rage et les pompiers, mobilisés en nombre, ne parviennent pas à le maîtriser. D'après les premières mesures communiquées par le préfet de Seine-Maritime, les habitants seraient hors de danger.

Que s'est-il passé ?

Les premières explosions ont réveillé les habitants un peu avant 3 heures du matin, jeudi 26 septembre. Elles provenaient de l'usine Lubrizol, qui produit des lubrifiants industriels. 

"Le feu a pris dans un stockage de produits conditionnés type additifs pour lubrifiants", rapporte France Bleu Normandie, citant la direction du site. Une cellule de crise a été mise en place. Pour l'instant, aucune victime n'est à déplorer. Le feu est localisé dans une zone de stockage et ne s'est pas propagé au reste de l'usine.

Les explosions ont rapidement cessé, indiquent France bleu Normandie et Ouest-France. Un périmètre de sécurité et de confinement a été mis en place dans un rayon de 500 mètres autour de l'usine, classée Seveso seuil haut. 

Dès le signalement de l'incendie, 130 sapeurs-pompiers ont été déployés sur place, mais plus de cinq heures après le départ de feu, il n'est pas encore maîtrisé. Le directeur du SDIS, en charge des pompiers, a annoncé que les deux à trois heures à venir seraient "délicates" et décisives dans la gestion du feu.  Désormais, "plus de 200 pompiers sont toujours mobilisés, aidés d'une soixantaine de véhicules venant aussi de départements voisins de l'Eure et du Calvados", a précisé le colonel.

Le procureur de la République de Rouen s'est saisi du dossier, et les causes de cet incendie ne sont pas encore connues, a indiqué le préfet. Il a également rappelé que dans les entreprises classées Seveso, des personnels étaient présents 24h/24. 

Que produit cette usine ?

L'usine fait partie du groupe américain Lubrizol Coporation, "un pionnier dans le domaine de la science des additifs pour lubrifiants". Sur son site internet, on peut lire qu'elle "fournit des additifs pour les huiles pour moteurs et autres fluides de transport, des additifs et fluides pour les lubrifiants industriels et des additifs pour l’essence et le carburant diesel."

L'entreprise compte trois usines en France, à Rouen, Oudalle (Seine-Maritime) et Mourenx (Pyrénées-Atlantiques). Lubrizpol précise : "Notre site industriel de Rouen accueille également une grande partie des services supports européens (Supply Chain Europe, achats, finance et informatique), ainsi que Lubrizol Holdings France et le siège de Lubrizol Advanced Material France."

Quel est le risque lié à la classification Seveso ?

L'usine est identifiée Seveso du fait des matières premières qu'elle utilise. Elle produit, entre autres, des additifs pour huile. Elle est classée "seuil haut", comme 655 autres établissements en France : le risque de rejet toxique est estimé majeur. 

Un important nuage noir se dégage du brasier. Selon le préfet de Seine-Maritime, il n'y a "pas de toxicité aiguë" dans ces fumées. Dans un communiqué, la préfecture  précise que d'autres mesures et d'autres prélèvements sont en cours. 

Cette classification existe depuis 1982 en Europe. Elle a été mise en place après la catastrophe écologique et sanitaire de Seveso, en Italie, en 1976. Un nuage d'herbicide s'était alors échappé d'une usine chimique, provoquant l'hospitalisation d'urgence d'enfants des communes voisines et la mort de plusieurs dizaines de milliers d'animaux d'élevage. 

Les mesures de sécurité et les procédures appliquées varient selon le type d'établissement Seveso, qui peut être à seuil haut, comme ici à Rouen, ou à seuil bas.

Lors d'une confé de presse conjointe, le directeur du SDIS de Seine-Maritime, le colonel Jean-Yves Lagalle a indiqué que les pompiers se concentraient pour circonscrire le feu. Il a également précisé que la priorité absolue était d'éviter la propagation du feu, pour éviter tout risque lié aux autres installations de l'entreprise. En effet, la combustion de certains produits pourrait provoquer des réactions chimiques, et dégager des fumées dangereuses. Le périmètre de sécurité doit aussi permettre d'éviter tout risque lié aux autres usines Seveso à proximité. "C'est un feu hors norme, qui touche une installation classée et présente beaucoup de risques pour les personnels", qui piétinnent dans des nappes d'hydrocarbure hautement inflammables, a indiqué le colonel.

La pollution des eaux sera également analysée une fois le feu complètement éteint et tout risque écarté.  

Quelles sont les dispositions de sécurité prises sur place ?

Le préfet de la Seine-Maritime a déclenché le plan particulier d'intervention (PPI). Un centre opérationnel départemental, rassemblant les services de l'Etat, a été ouvert en préfecture. Des moyens nationaux ont été déployés pour les mesures de toxicité. 

Les autorités ont annoncé que les habitants qui vivent à 500 mètres autour de l'usine sont invités à rester chez eux. Les installations voisines de l'usine ont également été sécurisées pour éviter la propagation de l'incendie.

Les établissements scolaires et les crèches de 13 communes de l'agglomération de Rouen sont fermées aujourd'hui, sur ordre du préfet, qui souhaite "éviter les déplacements inutiles". Les routes situées aux alentours sont interdites à la circulation, et les personnes fragiles (femmes enceintes, enfants, personnes malades et âgées) sont invitées à rester chez elles. Le préfet a également précisé lors d'une conférence de presse que les transports en commun n'étaient pas interrompus, étant donné le faible risque de toxicité estimé.

Il a également rappelé l'importance de se laver les mains en cas de contact avec des pluies contamnées, ainsi que les fruits et légumes cultivés à proximité.

Les citoyens sont incités à se tenir informés.