Ce que l'on sait de l'incendie qui a visé les locaux de la radio France Bleu Isère à Grenoble

Les locaux de France Bleu Isère, à Grenoble, ont été ravagés dans la nuit de dimanche à lundi par un incendie. 

Les locaux de France Bleu Isère à Grenoble, le 29 janvier 2019.
Les locaux de France Bleu Isère à Grenoble, le 29 janvier 2019. (VIRGINIE SALANSON / RADIO FRANCE)

Un incendie d'origine criminelle a ravagé, dans la nuit de dimanche à lundi 28 janvier, les locaux de France Bleu Isère à Grenoble. La radio généraliste de proximité du groupe Radio France n'émet plus en Isère depuis lundi matin, mais met tout en œuvre pour déployer un studio de secours dans les prochaines heures. France Bleu est, au sein du groupe Radio France, un réseau national de 44 stations locales, dont France Bleu Isère est l'une des antennes. Franceinfo fait le point sur ce que l'on sait de cet incendie.

L'alerte donnée peu avant trois heures

Lundi matin entre 2h30 et 3h00, la société de télésurveillance chargée de sécuriser le site a signalé qu'un incendie était en cours dans les locaux de la station locale du groupe Radio France, situés 27, avenue Félix-Viallet, dans le centre-ville de Grenoble. À cette heure-là, aucun salarié n'est encore arrivé, le premier journaliste n'arrivant habituellement qu'entre 3h et 3h30 pour préparer l'édition matinale. Lundi matin, Laurent Gallien n'a pu que constater les dégâts. Une quinzaine de pompiers étaient déjà sur place, et l'accès à la station totalement impossible. "Ce qu'on en voit, c'est le rez-de chaussée, les salles de rédaction et les studios complètement noircis, a détaillé le matinalier de France Bleu Isère. Il y a des câbles qui pendent, des faux plafonds fondus. Tout est noir, et puis il y a surtout l'odeur... l'odeur de cet incendie."

Les locaux de France Bleu Isère incendiés dans la nuit de dimanche à lundi 28 janvier 2019.
Les locaux de France Bleu Isère incendiés dans la nuit de dimanche à lundi 28 janvier 2019. (LÉOPOLD STRAJNIC / RADIO FRANCE)

Les mêmes images des dégâts ont marqué son collègue de la matinale, le journaliste Nicolas Crozel : "La baie vitrée de la radio est totalement recouverte de suie. Devant la radio, sur le trottoir, il y a les premiers bureaux qui ont été sortis par les pompiers, on voit les téléphones fixes qui ne ressemblent plus à rien. Ils sont complètement fondus. Les meubles sont brûlés, et à l'intérieur, ça n'est plus qu'un tas de gravats immense".

Une cellule de soutien psychologique a été mise en place, l'encadrement de France Bleu Isère a réuni lundi matin les équipes pour les accueillir, à proximité des locaux dévastés de la radio.

Le caractère criminel confirmé

Le procureur de Grenoble a confirmé "le caractère criminel" de l'incendie. La police a déjà constaté que deux départs de feu simultanés avaient eu lieu au niveau du rez-de-chaussée de la radio, là où se trouvent les bureaux des journalistes et des animateurs de la station. Par ailleurs, la porte d'entrée de la radio a été fracturée. "Quand on voit la manière dont elle a été fracturée, on pense que les personnes qui sont venues ici étaient bien équipées pour pouvoir la forcer", a détaillé Nicolas Crozel. La police scientifique s’est rendue sur place lundi matin et a procédé aux constatations nécessaires à l’enquête qui a été ouverte.

Dans un message adressé aux collaborateurs de Radio France, Sibyle Veil, présidente-directrice générale du groupe, tient à "dénoncer fermement cet acte criminel et odieux qui touche une radio de service public de proximité très appréciée et qui porte atteinte aux conditions de travail de l’ensemble des collaborateurs de la station." 

Une revendication sur un blog

L'incendie a été revendiqué mardi 29 janvier sur un blog anarcho-libertaire. Le ou les auteurs du texte s'y félicitent de cet incendie : "Beaucoup font couler l’encre à propos des médias pour les critiquer, peu font couler l’essence dans leur locaux pour les incendier. A cela on remédie." 

Jusque-là, les journalistes et responsables de France Bleu Isère ont indiqué n'avoir été nullement la cible de menaces dans les jours et semaines précédents, en dépit du climat de défiance actuelle contre les journalistes. "On n'a pas eu de menace ciblée, les relations que l'on avait sur le terrain lors des manifestations dans le climat que l'on connaît étaient relativement saines par rapport à des témoignages qu'on a pu entendre d'autres confrères, donc il est beaucoup trop tôt pour formuler des hypothèses", a expliqué lundi Léopold Strajnic, le rédacteur en chef de France Bleu Isère. Jean-Emmanuel Casalta, le directeur du réseau France Bleu, a lui aussi indiqué qu'il n'y avait eu "aucune menace, d'aucune sorte, formulée à l'encontre de France Bleu Isère", évoquant un événement "choquant et consternant".

"Il faut être extrêmement prudent et ne pas faire de relation de cause à effet entre d'un côté un contexte de violences très fortes à l'égard des journalistes et ce qui s'est passé à France Bleu Isère", a souligné lundi Guy Lagache, directeur délégué aux antennes et à la stratégie éditoriale et numéro 2 de Radio France, en référence au mouvement des "gilets jaunes". "Il y a eu des incendies par le passé à Grenoble qui se sont attaqués à des services publics, à la gendarmerie, avec un mouvement anarcho-libertaire qui est présent dans la région", a-t-il rappelé. En septembre 2017, un incendie dans les locaux techniques de la gendarmerie avait été revendiqué par un groupe d'activistes libertaires.

Une antenne provisoire et un studio de secours à Grenoble

France Bleu Isère n'a pu prendre l'antenne lundi matin, et sur les émetteurs de la station en Isère, c'est le programme de la voisine France Bleu Pays de Savoie qui est actuellement diffusé. Les auditeurs ont ainsi accès aux informations, aux divertissements et à la musique diffusés depuis Chambéry. 

Les programmes de France Bleu Isère vont reprendre lundi à partir de 17 heures. L'équipe de France Bleu va en effet être accueillie dans les locaux de l'antenne régionale de France 3 Alpes à Grenoble.

Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France, se rend sur place lundi. Elle assure que les dégâts sont "considérables" et qu'il faudra "de longues semaines pour remettre les locaux en état".

Sur les réseaux sociaux, soutiens et consternation

Jean-Lou Philippe, le directeur de France Bleu Isère, a remercié dans une vidéo postée sur la page Facebook de la radio les nombreux auditeurs pour leurs messages de soutien. Les auditeurs peuvent également témoigner sur l'antenne de France Bleu Pays de Savoie

De nombreux journalistes, personnalités et responsables politiques ont exprimé lundi matin leur soutien aux équipes de France Bleu Isère, le plus souvent sur le réseau social Twitter. "Soutien total à toute l'équipe aujourd'hui empêchée d'informer et de divertir comme elle le fait chaque jour. Cet acte odieux doit être sévèrement puni", a écrit le ministre de la Culture, Franck Riester. Le ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, a fait part, sur Twitter, de sa "solidarité avec les équipes de France Bleu Isère". "Tout est mis en œuvre pour faire la lumière sur ces faits d’une extrême gravité, a poursuivi le ministre. S’attaquer à celles et ceux qui nous informent, c’est attaquer notre démocratie." Le maire de Grenoble, Eric Piolle, a quant à lui exprimé sa "colère et son indignation" après cet incendie criminel. L'animateur de télévision Michel Denisot a également écrit quelques mots : "Pensées pour France Bleu Isère."

Le chanteur Michel Polnareff a adressé sur son compte Twitter un message à la radio : "Tout mon soutien à France Bleu Isère". L'animateur de TF1 et ancien de France Bleu, Denis Brogniart, a lui aussi adressé son soutien à l'équipe : "Pensées pour tous les confrères de France Bleu Isère après l’incendie de leur radio cette nuit."