Récit "Tout est allé extrêmement vite" : retour sur une nuit d'horreur près de Saint-Just où trois gendarmes ont été tués

Dans la nuit du mardi 22 au mercredi 23 décembre, trois gendarmes ont été tués et un quatrième blessé par un forcené près de Saint-Just, dans le Puy-de-Dôme. Les quatre militaires de la compagnie d'Ambert avaient été appelés pour des faits de violence sur conjoint.

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Radio France
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Un gendarme dans une rue de Saint-Just (Puy-de-Dôme), le 23 décembre 2020. (OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)

C'est suite à un appel reçu par la gendarmerie mardi 22 décembre au soir pour des faits de violences conjugales que les quatre militaires de la compagnie d'Ambert ont été envoyés en intervention dans un hameau près de Saint-Just, dans le Puy-de-Dôme. Retour sur le déroulé de cette opération au cours de laquelle trois d'entre eux ont perdu la vie.

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La gendarmerie est contactée peu avant 21h. C'est une femme qui appelle. Elle déclare qu'une amie à elle est en train de subir des violences conjugales de la part de son nouveau compagnon. La victime a "notamment reçu des coups au visage", a indiqué le procureur de la République de Clermont-Ferrand, Eric Maillaud, et qu'elle s'est réfugiée sur le toit de sa maison pour lui échapper. Cette alerte est enregistrée par la gendarmerie vers 20h50 mardi 22 décembre, indique une source proche de l'enquête à franceinfo. Cette femme agressée par son conjoint a deux filles, mais celles-ci étaient absentes mardi soir a précisé Eric Maillaud. 

Une première patrouille du groupement de gendarmerie départementale du Puy-de-Dôme est alors envoyée sur place. La patrouille a ainsi pu échanger par SMS avec la femme victime, qui se trouve toujours sur le toit de sa maison. Elle a pu les informer que son compagnon était "dangereux" et "armé". Les gendarmes observent et repèrent "un homme armé et délenchent des renforts", a indiqué le procureur. C'est à ce moment-là que le PSIG (peloton de surveillance et d'intervention de la gendarmerie) intervient. "Au total, plus d'une vingtaine de gendarmes sont déployés", ajoute Eric Maillaud."

Tout bascule en moins de 30 minutes

Un périmètre de sécurité est mis en place par les gendarmes autour de la maison où se déroule l'agression, dans un hameau isolé, près de Saint-Just. Des voisins sont évacués. Une deuxième patrouille est envoyée en renfort avec un négociateur. Mais l'agresseur tente de fuir pour échapper aux forces de l’ordre. Armé d'un fusil, il ouvre le feu sur les militaires.

Une première patrouille intervient en milieu de soirée. On comprend tout de suite sur place que le contact est difficile avec l'auteur présumé, ils essuient des coups de feu. Une autre patrouille est appelée en renfort, qui arrive très rapidement sur les lieux.

Laurent Bitouzet, chef du service d'information des armées pour la gendarmerie

à franceinfo

A 22h20, le brigadier Mavel, gendarme adjoint volontaire, âgé de 21 ans, est grièvement touché. Il succombe à ses blessures malgré l'intervention des secours. Un deuxième militaire est blessé à la cuisse dans ce premier échange de tirs, mais ses jours ne sont pas en danger.

Le forcené essaie une nouvelle fois de s'enfuir. Il incendie alors le domicile où il est toujours retranché. Il est aux alentours de 22h45. "Très rapidement des flammes apparaissent, donc la priorité, c'est de sauver une femme des flammes et d'un conjoint potentiellement extrêmement violent mais dont on ne sait rien", explique le procureur. La deuxième unité de gendarmerie est à son tour prise sous le feu des tirs. 

Il fait nuit. On est en zone rurale où il fait sombre et finalement, l'auteur présumé des violences conjugales, tire sur les gendarmes. Cette femme est sur le toit de la maison qui prend feu, tout est allé extrêmement vite

Lieutenant-colonel Maddy Scheurer, porte-parole de la gendarmerie nationale

à franceinfo

Le lieutenant Cyrille Morel, 45 ans, et l'adjudant Rémi Dupuis, 37 ans, tous deux pères de famille, sont mortellement touchés. 

Le forcené est retrouvé mort le lendemain

De nombreux renforts de gendarmerie convergent rapidement vers Saint-Just. La femme menacée est mise en sécurité. Le GIGN arrive sur place vers 2h30 du matin et conduit les opérations de reconnaissance et de recherches. 

"C'est une véritable scène de guerre à laquelle nous avons tous été confrontés, a raconté Eric Millaud, le procureur de la République de Clermont-Ferrand. Des centaines et des centaines de douilles, la maison incendiée, un individu surarmé, c'est vraiment une scène complètement atypique."

Frédérik Limol a réussi à prendre la fuite à bord d'un 4X4 et "perd le contrôle de sa voiture un petit peu plus loin", précise Eric Maillaud. Le véhicule se renverse à flanc de colline et "s'écrase contre un arbre". "On retrouvera son corps à proximité du véhicule, une arme dans la main, un glock [un pistolet] et à côté de lui un fusil d'assaut semi-automatique AR15 de marque américaine équipé d'un silencieux, d'une torche et d'un système de visée laser.

On a donc affaire à quelqu'un qui était extrêmement déterminé à faire un carnage quelque soit les personnes qui se trouvent face à lui.

Eric Maillaud, procureur de la République de Clermont-Ferrand

Mercredi matin, vers 8h40 le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin annonce sur Twitter la mort du forcené. 

"Selon les premiers éléments de l'autopsie, on a toutes les raisons de penser qu'il s'est suicidé. Il y a une perforation du tympan droit jusqu'au tympan gauche et il avait son glock à la main", a déclaré le procureur mercredi soir.

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