Enlèvement de Mia : cinq questions sur l'arrestation de Rémy Daillet-Wiedemann en Malaisie

Soupçonné d'être impliqué dans le rapt de la fillette et visé par un mandat d'arrêt international, Rémy Daillet-Wiedemann se trouve actuellement en détention en raison de l'expiration de son visa.

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Rémy Daillet-Wiedemann, devant l'usine Molex de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne), dans la nuit du 2 au 3 février 2009 Photo d'illustration. (PARA STEPHANIE/SIPA)

Rebondissement dans l'affaire Mia. Rémy Daillet-Wiedeman, soupçonné d'être impliqué dans l'organisation de l'enlèvement de la petite Mia, a été arrêté par la police malaisienne, vendredi 29 mai, car son visa a expiré. Il risque soit l'expulsion pour séjour illégal, soit l'extradition en raison du mandat d'arrêt international qui le concerne. Franceinfo fait le point sur la situation.

1Qui est Rémy Daillet-Wiedemann ?

Agé de 54 ans, Rémy Daillet-Wiedemann est le fils de l'ancien député UDF Jean-Marie Daillet. En octobre 2008, il devient responsable du MoDem en Haute-Garonne et s'illustre notamment à l'hiver 2009 lorsqu'il entame une "grève du froid" devant l'usine Molex, à Villemur-sur-Tarn, menacée de fermeture. Exclu du parti de François Bayrou en 2010, l'ancien politique a basculé récemment dans le complotisme. 

Anti-avortement, contre la 5G et la vaccination, Rémy Daillet-Wiedemann s'érige à la tête d'un site intitulé "Appel au renversement du gouvernement de la République française", où sont détaillées 81 mesures qu'il souhaite mettre en œuvre une fois au pouvoir. Il multiplie également des vidéos conspirationnistes sur internet, certaines étant vues jusqu'à 300 000 fois, où il développe une rhétorique "anti-système".

2De quoi est-il soupçonné ?

En France,  Rémy Daillet-Wiedemann est soupçonné par les autorités d’être "l'animateur principal de la mouvance" complotiste ayant organisé l'enlèvement de la petite Mia dans les Vosges, en avril dernier. Une mouvance dans laquelle s'inscrivent en effet les cinq ravisseurs, mis en examen pour "enlèvement en bande organisée d'une mineure de 15 ans" et "association de malfaiteurs"La fillette de 8 ans, hébergée chez sa grand-mère maternelle, avait été enlevée le 13 avril par trois hommes, à la demande de sa mère, avant d'être retrouvée en Suisse cinq jours plus tard. Dans une vidéo mise en ligne après l'enlèvement de Mia, Rémy Daillet-Wiedemann avait tenté de se défendre. Sans évoquer nommément la fillette, il réfutait le terme d'enlèvement : "Notre organisation, libre, résistante, rend des enfants kidnappés par l'Etat à des parents, à leur demande. Il n'y a donc absolument pas d'enlèvement."

D'après les informations du Parisien, Rémy Daillet-Wiedemann faisait aussi l'objet d'une note d'Interpol après avoir salué l'inscription de tags négationnistes sur une stèle dans le village martyr d'Oradour-sur-Glane à l'été 2020. Son nom est également apparu après qu'un homme atteint de troubles psychiatriques a lancé une voiture contre la gendarmerie de Dax (Landes) au mois de novembre, sans faire de blessés. Interpellé, le conducteur de 39 ans avait expliqué adhérer à ses théories et déclaré vouloir mener "un coup d'Etat", selon les informations de France Bleu.

3Pourquoi a-t-il été arrêté ?

Cet homme, sous le coup d'un mandat d'arrêt international dans le cadre de l'enlèvement de la petite Mia, a été interpellé au motif de séjour irrégulier sur l'île touristique de Langkawi, situé dans le nord-ouest de la Malaisie, a précisé un représentant des autorités malaisiennes sous couvert d'anonymat, à l'AFP. C'est là que lui et sa famille résidaient. Selon les informations de franceinfo, son visa touristique, ainsi que celui de sa femme et ceux de leurs trois enfants sont arrivés à expiration.

Rémy Daillet-Wiedemann a été placé en détention avec sa famille. Entendu par la police malaisienne, il peut rester en détention légalement jusqu'au 12 juin. "Rémy Daillet-Wiedemann et sa famille séjournent régulièrement en Malaisie où ils sont installés depuis plus de six ans et parfaitement intégrés", a affirmé un de ses avocats. "En raison des confinements liés au Covid, les administrations ont été fermées, empêchant les renouvellements des visas des étrangers résidant sur l'île de Langkawi", explique Jean-Christophe Basson-Larbi. Celui-ci précise que la famille a déposé une demande d'extension de visas, mais celle-ci est normalement soumise à l'obtention "d'une lettre de soutien" de l'ambassade de France.

4Que risque-t-il en Malaisie ?

Le quinquagénaire et sa famille sont sous le coup d'une expulsion administrative. Mais Rémy Daillet-Wiedemann est également visé par un mandat d’arrêt international, qui a été délivré le 20 avril dernier par le parquet de Nancy. Il peut donc soit être expulsé pour séjour irrégulier, soit être extradé vers la France si les autorités retiennent le mandat d'arrêt international. A ce stade, Paris et Kuala Lumpur n'ont toutefois pas conclu d'accord d'extradition.

5Quelle est la défense de ses avocats ?

Leur stratégie est de tout faire pour que leur client reste en Malaisie. Dans un communiqué, deux autres avocats de Rémy Daillet-Wiedemann, Philippe Fortabat Labatut et Fabrizio Nucera Giampaolo, présentent leur client comme un "dissident" et "un opposant contre lequel la République dite française a lancé un mandat d'arrêt international totalement illégal sur le fond et sur la forme". Or, selon le droit local, les personnes considérées comme menant une action politique ne peuvent être extradées. Ses avocats demandent donc au roi de Malaisie de "proclamer que les conditions du droit ne sont pas réunies" et donc de ne pas le "livrer" aux autorités françaises. Pour l'instant, l'issue de sa détention reste incertaine.

De son côté, Jean-Christophe Basson-Larbi, autre avocat de Rémy Daillet-Wiedemann, condamne des conditions de détention "inhumaines et dégradantes extrêmement difficiles"Le conseil souligne que Rémy Daillet, sa compagne "et leurs enfants de 17 ans, 9 ans et moins de 2 ans vivent l'enfer". Sa compagne "qui est actuellement enceinte de 6 mois dans le cadre d'une grossesse à risque, craint de perdre son enfant", a-t-il précisé dans un communiqué, précisant que Rémy Daillet-Wiedemann avait "entamé une grève de la faim" depuis sa cellule.

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