Enlèvement de Mia : "Il va falloir apaiser ce séisme émotionnel", explique le psychanalyste Pascal Neveu

Le "fil conducteur" de ce qui est arrivé à la petite fille "depuis cinq jours est extrêmement grave et peut ramener des traumatismes", estime le psychanalyste Pascal Neveu.

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Une fresque sur l'une des maisons de la ''communauté auto-gérée'' de Sainte-Croix, en Suisse, où a été retrouvée Mia. (FABRICE COFFRINI / AFP)

"Il va falloir apaiser ce séisme émotionnel", explique sur franceinfo le psychanalyste Pascal Neveu après que la petite Mia ait été retrouvée saine et sauve dans un squat en Suisse. Dimanche 18 avril, cinq hommes ont été mis en examen pour enlèvement en bande organisée d'une mineure de moins de 15 ans et association de malfaiteurs. Quatre ont été placés en détention provisoire, et le cinquième sous contrôle judiciaire.

franceinfo : Mia est en bonne santé a dit le procureur de la République de Nancy. Mais comment savoir si elle est en bonne santé mentale ?

On va le savoir très rapidement. La protection judiciaire de la justice a envoyé immédiatement un assistant social et un psychologue, de manière à évaluer quels sont ses attitudes, ses comportements. On a tous des mécanismes de défense psychiques qui font que, peut-être qu'on a vécu un traumatisme, peut-être qu'il y aura des conséquences et des séquelles possibles. Mais pour le moment, c'est trop récent. Pour moi il y a deux questions à se poser. Ce qu'elle a vécu lorsqu'elle a été enlevée, la cavale également pendant cinq jours, le fait d'avoir vécu dans ce squat une exfiltration par les forces de l'ordre, de retourner également auprès de sa grand-mère. Ça peut être très traumatisant, surtout à cet âge-là.

Et puis le deuxième point, c'est le discours qu'elle a pu entendre pendant cinq jours, la médiatisation qu'il peut y avoir, cette communauté complotiste, antisystème, qui a pu discuter, lui insinuer des discours qui ne sont pas de son âge. A 8 ans, c'est l'âge de raison donc elle peut comprendre les choses. Là ça va être très intéressant pour la suite et comment l'accompagner. Ce fil conducteur de ce qui lui est arrivé depuis cinq jours est extrêmement grave et peut ramener des traumatismes. D'autant plus qu'ensuite on peut la regarder comme quelqu'un qui potentiellement pourrait avoir des problèmes psychologiques, ce qui n'est pas du tout avéré et assuré. Qui pourrait être handicapée à vie par rapport à cela.

La suite pour elle, qu'est-ce que ça va être ?

Il va falloir, dans un premier temps, apaiser un peu ce séisme émotionnel. Puis voir très rapidement quelles sont ses attitudes. Si elle fait des cauchemars, si elle reste affectueuse ou pas, si elle est défiante par rapport à sa grand-mère. Le procureur a bien précisé qu'elles allaient être mises en sécurité mais être mis en sécurité ça peut justifier qu'il peut se passer quelque chose à nouveau. Donc la petite peut être angoissée. Donc il va falloir voir si il y a un terrain traumatique ou pas. En sachant que le traumatisme peut se présenter maintenant ou attendre quelques semaines, mois ou années avant de s'exprimer à travers d'autres symptômes.

Vu l'attitude de sa mère, qui semble être une jeune femme marginale, est-ce que pour Mia c'est une solution de l'éloigner de sa mère, de la priver de sa mère, alors que c'est tout de même sa maman ?

C'est une représentation totalement tragique. C'est sa grand-mère qui, d'ailleurs, a fait un signalement auprès des autorités. Il y a un grand-père maternel qui soutenait sa fille. On est dans un double discours, il y a quelque chose d'un peu schizophrénique qui peut entacher le bon déroulement de la résilience de la petite Mia. Ce qui va être important de faire, selon moi, c'est de tout lui raconter puisqu'elle a un âge de raison. Parce que tout ça c'est médiatisé maintenant, ça va l'être dans quelques semaines, peut-être dans quelques mois, puis il y aura un procès, etc. Il va donc falloir trouver les mots justes pour un enfant de 8 ans, en répondant à toutes ses questions, en n'ayant pas un regard qui pourrait faire penser qu'elle va avoir un problème. Il faut faire confiance dans la résilience d’un enfant. Elle est parfois beaucoup plus importante que celle d’un adulte.

Ces enfants qui sont victimes de positions radicalisées ou sectaires de leurs parents, comme Mia, est-ce qu'il ne faut pas aussi prendre le problème à la source, auprès des parents ?

Bien évidemment, c'est vraiment une systémique complète et très complexe. Raison pour laquelle elle-même pourrait devenir complètement parano, antisystème. J'en reviens à ce que je disais : qu'est-ce qu'elle a entendu comme discours pendant cinq jours ? Les enfants de 8 ans captent tout, ils se rendent compte à ce moment-là qu'il y a quelque chose de totalement anormal donc ils ont une hyperacuité sensorielle, ils essaient de savoir ce qu'il se passe, ils entendent tout, ils voient tout. Comment ils vont digérer ? C'est ensuite le travail de professionnels comme nous de les accompagner, de libérer la parole, qu'ils puissent dire les choses. Donc elle va être entourée de manière à ce qu'elle puisse se reconstruire et retrouver une vie totalement normale, c'est ça le plus important. Ce qui m’inquiète, c’est la culpabilité que vont avoir sa grand-mère, le compagnon et l’oncle. Ils risquent de la surprotéger peut être pendant un certain temps et envoyer, peut-être, de mauvais signaux. Un enfant qui va bien, c’est un parent ou un grand-parent qui va bien et qui va l’accompagner avec la meilleure vigilance possible.

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