Attaques terroristes : la communauté juive sous tension

La prise d'otages dans le magasin casher de porte de Vincennes ravive la crainte de violences antisémites en France.

Un homme portant une kippa se recueille, le 10 janvier 2015, devant le magasin casher de la porte de Vincennes, à Paris, où le terroriste Amedy Coulibaly a pris en otages une quinzaine de personnes, et en a tués quatre.
Un homme portant une kippa se recueille, le 10 janvier 2015, devant le magasin casher de la porte de Vincennes, à Paris, où le terroriste Amedy Coulibaly a pris en otages une quinzaine de personnes, et en a tués quatre. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

La grande synagogue de Paris, dans le 9e arrondissement, est restée fermée pendant l'attaque terroriste menée contre le magasin casher de la porte de Vincennes. Et elle n'a pas rouvert ses portes pour les offices du Shabbat, samedi 10 janvier. Ce n'était pas arrivé depuis la seconde guerre mondiale.

D'autres mesures ont également été prises au niveau local. "A titre préventif, la police a demandé la fermeture immédiate de tous les commerces, rue des Rosiers" [quartier phare de communauté juive parisienne], a ainsi indiqué, vendredi, la mairie du 4e arrondissement. De même, toutes les synagogues de Vincennes, Saint-Mandé (Val-de-Marne) et du 12e arrondissement de Paris ont été fermées pour le shabbat. Bruno Smia, président de la synagogue de Vincennes, l'a annoncé dans un courrier électronique envoyé à tous les fidèles, rapporte un journaliste du Journal du Dimanche.

Tension extrême

"Cela fait des mois que la sécurité a été renforcée autour de tous les lieux de culte, pas seulement les synagogues. Mais évidemment, elle a encore été augmentée avec le passage au niveau alerte attentat", a indiqué laconiquement le ministère de l'Intérieur à francetv info.

Reste que la communauté juive est particulièrement tendue. "Cette succession d'événements tragiques démontre une nouvelle fois que la menace pesant sur la communauté juive, et dénoncée comme telle par de nombreux dirigeants, était réelle", a déclaré, vendredi soir, le grand rabbin de France, Haïm Korsia. Des craintes confirmées par Manuel Valls, estimant que l'"on a voulu s'attaquer à la tolérance, aux juifs de France", et par François Hollande, qui a condamné un "acte antisémite effroyable".

"Tous les membres de la communauté connaissent une grande inquiétude", a indiqué au quotidien La Croix, Jean-François Strouf, trésorier de l’association Avenir du judaïsme. La crispation est palpable lorsque l'on voit le dispositif qui s'est déployé, samedi, autour d'une synagogue du 19e arrondissement de Paris.

En début d'après-midi, les forces de l'ordre investissent le quartier après un signalement de coups de feu. Le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (Crif) lance l'alerte. Quelques minutes plus tard, on apprend qu'il s'agissait simplement de pétards.

"Beaucoup pensent qu'ils vont quitter la France"

En 2014, le départ des juifs de France vers Israël a doublé. Au total, 26 500 juifs, un nombre record depuis dix ans, ont gagné Israël l'année dernière, soit 32% de plus qu'en 2013. Et la tendance risque de s'aggraver en 2015. "Beaucoup pensent qu'ils vont quitter la France si la sécurité des Juifs n'y est plus assurée", a déclaré, vendredi, un jeune rabbin de la banlieue de Strasbourg (Bas-Rhin) au Figaro.

"Je me dis dimanche, je pars en Israël. On ne peut plus vivre ici", a déclaré vendredi une femme de confession juive à un reporter du Journal du Dimanche, en marge de la prise d'otages. "Je m'en fous de mon BAC, y a plus d'avenir en France je pars pour Israel c'est fini", a écrit une adolescente sur Twitter, le même jour.

En août déjà, les manifestations pro-palestiniennes et les débordements antisémites qui les ont émaillées poussaient certains juifs français à se poser la question de l'installation en Israël. "Il y a un attachement très fort des juifs français pour Israël, expliquait à francetv info Ariel Kandel, directeur de l'Agence juive en France. Beaucoup ont de la famille là-bas et il y a actuellement un effet de vague qui facilite les départs."

"Je n'ai pas peur"

Malgré les attaques terroristes, d'autres ne comptent pas céder à la panique et partir. "Là-bas [en Israël] on a autant de chance d’être victimes d’un attentat qu’ici, a estimé auprès de La Croix un père de famille de confession juive qui fréquente une ;synagogue proche de la rue des Rosiers. On ne peut pas mettre des hommes devant chaque porte."

"Je n'ai jamais pensé à partir. Je n'ai pas peur", a déclaré à francetv info Jean-Guy Greilsamer, membre de l'Union juive française pour la paix. Il condamne "une partie de la population juive qui brandit la menace islamiste comme un épouvantail" alors que "c'est une insulte à l'islam que de faire croire que le jihadisme est répandu chez les musulmans".

De son côté, le Crif a affirmé que Juifs de France ne renoncent pas "à vivre leur judaïsme librement".

"C’est avant tout la France qui est attaquée, a déclaré au Monde Marc Konczaty, qui dirige le Mouvement juif libéral de France. Selon lui, il faut "continuer à vivre, être fier de ce que nous sommes, de notre démocratie". Un avis qui rejoint l'appel de Roger Cukierman, le président du Crif : "On ira tous manifester dimanche (...) On est tous des Charlie, journalistes, juifs et policiers." 

Une marche à laquelle ne répondra pas Jean-Guy Greisalmer : "Je ne veux pas joindre ma voix à un consensus qui compte introduire, dans un second temps, des mesures répressives qui vont stigmatiser les musulmans de France."