"Les flics parlaient avec les jeunes du quartier" : les habitants d'Aulnay-sous-Bois se souviennent de la police de proximité

En Seine-Saint-Denis, Aulnay-sous-Bois pourrait bien être l'une des villes-test de la nouvelle police de sécurité au quotidien dévoilée jeudi. Les habitants y sont favorables, mais ils espèrent une police de dialogue.

Des agents de police le 3 février 2018 à Vincennes.
Des agents de police le 3 février 2018 à Vincennes. (MAXPPP)

La police de sécurité du quotidien (PSQ) était une promesse de campagne du candidat Macron. Elle a germé dans le contexte brûlant de "l'affaire Théo". Après des mois de consultation avec les forces de l'ordre et les élus, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, présente la réforme de la police de sécurité du quotidien jeudi 8 février, à Paris, dans le grand amphithéâtre de l'École militaire.

En Seine-Saint-Denis, la ville d'Aulnay-sous-Bois, où s'est déroulée l'arrestation musclée de Théodore Luhaka, est l'une des dizaines de communes qui se sont portées candidates pour tester le dispositif. 

Aulnay-sous-Bois : les habitants sont favorables à une police de sécurité au quotidien à condition que ce soit une police de dialogue : un reportage de Marc Podevin
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Nadia n'a pas oublié "l'affaire Théo". Un an plus tard, cette habitante d'Aulnay-sous-Bois espère que ce dispositif permettra, "dans un premier temps, d'ouvrir un dialogue entre ces jeunes-là et la police pour voir réellement d'où vient le problème", dit-elle. "Après, oui, s'il faut arrêter nos petits voleurs, s''il faut arrêter telle personne, ils font leur boulot, c'est normal, mais il y a des façons de faire", estime Nadia.

Avant, "ça se passait super bien"

Cette jeune femme d'une trentaine d'années a toujours habité la commune. Elle se souvient d'une époque où les rapports entre la police et les jeunes étaient moins tendus : "Il y a des années, on avait la police de proximité. On n'a jamais eu de conflit comme ça. Les flics parlaient avec les jeunes du quartier et il n'y a jamais eu de réel souci. Ça se passait super bien. Je suis tombée avec mon vélo. Le policier m'a dit : 'Oh ! Tu t'es fait mal ?'. Aujourd'hui, le policier c'est : 'Regarde celle-là, elle est tombée !' Pour vous dire un peu les mentalités..."

J'ai l'impression que plus les années passent, plus c'est de pire en pire.Nadia, habitante d'Aulnay-sous-Boisà franceinfo

La police de proximité, mise en place par Lionel Jospin en 1998 et supprimée par la droite à partir de 2003, l'animatrice référente de la régie de quartier d'Aulnay, Sonia Dardouri, en garde elle aussi un souvenir : "Je crois qu'à la cité des Mille-Mille, ils faisaient des activités avec des jeunes du quartier... Ce serait bien de passer par là aussi."

Proximité, mais aussi sécurité

Du côté de la mairie, on est favorable à une police de sécurité du quotidien à condition que celle-ci ne ressemble pas à l'ancienne police de proximité. "Dans les années 2000, j'étais moi-même policier, explique le maire Les Républicains Bruno Beschizza. La police de proximité mise en place par Lionel Jospin, c'était des policiers qui ne faisaient plus de sécurité, ils ne faisaient que de la proximité en ayant enlevé tout le côté judiciaire."

Là, le complément de la police de sécurité au quotidien, c'est la réforme de la procédure pénale pour que force reste à la loi.Bruno Beschizza, maire d'Aulnay-sous-Boisà franceinfo

"On est donc sur un paradigme très différent", conclut Bruno Beschizza qui attend avec impatience le grand oral de Gérard Collomb, jeudi, pour savoir à quoi va ressembler cette police de sécurité du quotidien. Le gouvernement devrait choisir une quinzaine de villes parmi celles qui sont candidates.