Agression à la prison de Condé-sur-Sarthe : qui était Hanane Aboulhana, tuée lors de l'assaut ?

Issue d'une famille religieuse mais modérée, elle avait rencontré Michaël Chiolo grâce à une annonce qu'il avait postée sur un site de rencontres depuis sa prison.

Des membres du Raid interviennent à la prison d\'Alençon, à Condé-sur-Sarthe (Orne), le 5 mars 2019.
Des membres du Raid interviennent à la prison d'Alençon, à Condé-sur-Sarthe (Orne), le 5 mars 2019. (JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP)

Elle n'était pas fichée S, ni connue pour radicalisation. Pourtant, les premiers éléments de l'enquête semblent démontrer que la compagne de Michaël Chiolo, qui a agressé à coups de couteau deux surveillants dans l'enceinte de la prison de Condé-sur-Sarthe (Orne), a participé à l'attaque, vraisemblablement préméditée.

Selon la garde des Sceaux, Nicole Belloubet, elle pourrait être celle qui a fait entrer le couteau en céramique dans la prison, en rejoignant Michaël Chiolo dans l'unité de vie familiale, une sorte de studio qui permet aux détenus de profiter de leur famille dans un cadre plus chaleureux qu'un parloir. Hanane Aboulhana, 34 ans, aurait, selon plusieurs médias, prétexté être enceinte et caché dans un faux ventre le couteau en céramique et une ceinture d'explosifs factice. Des objets qu'un détecteur de métaux, auquel elle s'est soumise, ne peut pas repérer.

Mardi matin, après la nuit passée dans l'unité de vie familiale, la compagne de Michaël Chiolo a simulé un malaise, afin de faire venir un surveillant. C'est alors elle qui a donné le premier coup de couteau, selon nos informations. Pendant l'assaut mené par le Raid mardi soir, elle a tenté de jeter un produit, non déterminé, sur les forces de l'ordre. Elle tenait un couteau à la main. Les forces de l'ordre ont alors ouvert le feu sur elle, et l'ont abattue.

Une famille religieuse "mais pas extrémiste"

Hanane Aboulhana, née en 1984, est issue d'une fratrie de huit enfants qui ont grandi à Illzach, une banlieue pavillonnaire et tranquille de Mulhouse (Haut-Rhin). A priori, rien ne la prédestinait à un tel destin. "Il n'y avait pas de rupture familiale, c'était une famille soudée. Ils pratiquent la religion, mais ils ne sont pas extrémistes !", témoigne une voisine citée par Ouest-France. Bien intégrée socialement, Hanane Aboulhana avait travaillé comme secrétaire.

"C'était quelqu'un de très gentil, de très naïf, qui n'a jamais fait de mal à qui que ce soit", raconte à France Bleu une de ses amies qui l'a connue à Illzach. "C'était quelqu'un de très bien, que ce soit elle ou sa famille. C'était vraiment une fille naïve qui a dû se faire embobiner [...] elle s'est faite avoir par quelqu'un je pense de très manipulateur, de très fort", poursuit-elle.

Mais tout a basculé, à un moment qui coïncide avec sa rencontre avec Michaël Chiolo, alors que celui-ci était déjà incarcéré. Selon nos informations, il se sont connus grâce à une annonce en ligne postée depuis la prison par Michaël Chiolo sur un site communautaire musulman pour trouver une épouse. Pauline Brion, ancienne avocate de Michaël Chiolo, a une version légèrement différente : "Il avait écrit à quelqu'un après sa conversion pour qu'on lui trouve une épouse."

La jeune femme avait caché à sa famille ce mariage, uniquement religieux et donc non reconnu à l'état civil. C'est aussi à partir de ce moment-là qu'elle s'est mise à porter le voile intégral. Elle aurait ensuite quitté l'Alsace pour vivre à Alençon (Orne) et se rapprocher ainsi de son compagnon détenu, coupant les liens avec ses proches. Dans la nuit de mardi à mercredi, sa famille a été entendue à Mulhouse (Haut-Rhin) par l'antenne locale de la police judiciaire. Personne n'a été placé en garde à vue et les membres de la famille sont ressortis sans qu'il y ait de poursuites.