Mort d'Adama Traoré : "Nous avons tous les éléments pour une mise en examen des gendarmes et un procès", déclare sa sœur

Assa Traoré publie mercredi un livre, "Le combat Adama", aux éditions stock.

RADIO FRANCE / FRANCEINFO

"Nous avons tous les éléments pour une mise en examen des gendarmes et pour arriver à un procès", a déclaré, mercredi 3 avril sur franceinfo Assa Traoré, la sœur du jeune homme mort le 19 juillet 2016, le jour de son anniversaire, à Beaumont-sur-Oise (Val d'Oise) deux heures après son interpellation. Assa Traoré publie, mercredi, un nouveau livre Le combat Adama aux éditions stock.

"Il y a trois semaines, une expertise est sortie, par quatre experts éminents, qui ont écarté toute maladie de mon frère. Ils ont dit que mon frère était bien mort asphyxié suite au contrôle des gendarmes", a rappelé Assa Traoré, alors que les juges d'instruction ont terminé leurs investigations sans prononcer de mise en examen. L'expertise judiciaire avait elle, exonéré les gendarmes de toute responsabilité dans la mort d'Adama Traoré. Le 11 mars dernier, la famille d'Adama Traoré avait transmis aux juges cette contre-expertise médicale.

Sans nouvelles des juges

"Aujourd'hui, nous n'avons toujours pas de nouvelles de la part des juges, on espère qu'ils feront leur travail correctement, qu'il prendront tous les éléments. On rappelle que ce sont de très grands chercheurs qui ont fait les expertises de mon frère", a déclaré Assa Traoré avant de demander à ce que soient réentendus les gendarmes. "La dernière fois qu'ils ont été entendus, c'était deux ans après les faits. Leur version a pu changer, ils ont pu se concerter. Les juges n'ont posé aucune question sur les violences causées à mon frère le jour de sa mort, les questions ont été orientées", a estimé la sœur d'Adama Traoré. "Nous avions demandé une reconstitution il y a plus d'un an, les juges l'avaient acceptée mais ne l'ont pas faite. Au vu des éléments que nous avons aujourd'hui, elle n'a plus besoin d'avoir lieu", selon Assa Traoré.

Dans son nouveau livre, Assa Traoré écrit que "son frère est mort sous le poids de trois gendarmes et d'un système. Il est mort parce qu'il s'appelait Adama Traoré et qu'il était noir". Mercredi sur franceinfo, elle a dénoncé "le contrôle au faciès" dans les quartiers où vivent ses petits frères et où vivait Adama Traoré. "Il n'y a pas de dialogue" avec la police, "tout de suite c'est la violence qui est mise en place. Bien évidemment, mon frère est mort parce qu'il s'appelle Adama Traoré et parce qu'il vient d'un quartier populaire. On sait très bien que la réaction des gendarmes et de la police n'est pas la même dans un quartier populaire ou dans un centre-ville", a dit Assa Traoré sur franceinfo.

"Prisonniers politiques"

Au sujet de ses autres frères qui sont allés en prison, elle s'est aussi expliqué sur le terme de "prisonniers politiques" employé dans son livre Le combat Adama : "Mes frères se sont juste levés pour demander justice et vérité et on subit de la pression et de l'acharnement. Avant le 19 juillet 2016, mes petits frères n'étaient pas en prison, après le 19 juillet 2016, après la mort d'Adama, après qu'on se soit battus, on met mes petits frères en prison. (...) On voit qu'ils paient pour cette vérité-justice qu'ils ont demandée pour Adama."

Assa Traoré, le 3 avril 2019, sœur d\'Adama mort le 19 juillet 2016.
Assa Traoré, le 3 avril 2019, sœur d'Adama mort le 19 juillet 2016. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)