Drame de Millas : la conductrice prenait des somnifères, "les vrais responsables sont probablement les médecins"

Selon Me Jehanne Collard, l'avocate des victimes de la collision entre un car et un TER à Millas (Pyrénées-Orientales), en décembre 2017, "le problème (...) du travail des médecins" est posé, particulièrement celui du généraliste de la conductrice du car, "qui lui a prescrit des somnifères dont les effets secondaires sont graves pour les personnes qui conduisent".

Deux témoins, qui se trouvaient en voiture de l\'autre côté du passage à niveau, ont affirmé aux gendarmes que les barrières étaient fermées au moment de la collision et que la conductrice du car avait forcé le passage.
Deux témoins, qui se trouvaient en voiture de l'autre côté du passage à niveau, ont affirmé aux gendarmes que les barrières étaient fermées au moment de la collision et que la conductrice du car avait forcé le passage. (RAYMOND ROIG / AFP)

Huit mois après le drame de Millas, Me Jehanne Collard, l'avocate des parties civiles jointe vendredi 5 octobre  par franceinfo, confirme un freinage d'urgence de la conductrice de 46 ans, mais met en cause violemment les médecins qui lui ont prescrit des somnifères. La juge d'instruction vient de désigner deux experts médicaux, qui devront déterminer si les somnifères que prenait la conductrice depuis 7 ans ont eu une influence. Le 14 décembre 2017, un accident entre un bus scolaire et un TER avait coûté la vie à 6 collégiens entre Millas et Thuir, dans les Pyrénées-Orientales.

franceinfo : Que révèlent les conclusions des expertises techniques, que vous avez pu consulter ?

Me Jehanne Collard : Les expertises démontrent d'abord que les infrastructures SNCF fonctionnaient parfaitement et n'ont, semble-t-il, pas concouru à la réalisation de cet accident. Le problème maintenant est de savoir pourquoi la conductrice a heurté la barrière ? Le problème doit se poser du travail des médecins : le généraliste - qui lui a prescrit des somnifères, dont les effets secondaires sont graves pour les personnes qui conduisent -, du médecin du travail, qui était informé et qui l'a déclaré apte à la conduite. Donc la responsabilité de tous ces médecins qui sont intervenus semble évidente et probablement plus importante que celle de la conductrice.

Les vrais responsables sont probablement ces médecins qui n'ont pas fait leur travail et qui ont prescrit des médicaments dont les effets secondaires étaient dangereux pour quelqu'un qui conduisait.

L'expertise automobile a révélé qu'effectivement, la conductrice de 46 ans aurait freiné trop tard ?

Effectivement le car a freiné. On peut imaginer - c'est un des effets des médicaments qu'elle prenait - qu'elle a eu un moment d'absence et qu'elle n'a réalisé qu'au dernier moment que les barrières étaient fermées. Ce qui est important dans ce dossier, et pour tous les enfants de France qui montent dans des cars scolaire, c'est que des médecins puissent prescrire à quelqu'un qui conduit des enfants, des somnifères dont les effets secondaires sont très lourds. Il y avait dans ce dossier des éléments qui laissaient penser, avec une quasi-certitude, que les barrières étaient fermées lorsque le car scolaire s'est présenté au passage à niveau. Ces expertises ne font que confirmer ce qu'il y avait dans ce dossier.

La conductrice n'est pas une vraie responsable d'après-vous ?

Si la conductrice a poussé les barrières parce que, du fait des médicaments qu'elle prenait, elle a eu un moment d'absence, elle sera probablement responsable pénalement. Mais elle ne portera pas l'entière responsabilité de cet accident. Ce sont les médecins qui ont fait leur travail avec irresponsabilité, incompétence, manque de conscience professionnelle, qui sont les plus responsables.

Comment se sentent les familles ?

Les familles sont soulagées, déjà parce qu'elles ont une information. Ce qu'elles souhaitent, c'est que le magistrat-instructeur aille au-del à : que les vrais responsables soient mis en examen, que toutes les investigations soient faites pour savoir si, indépendamment de la conductrice, d'autres personnes n'ont pas réellement concourues à la réalisation de ce drame, qui a coûté la vie à leur enfant.