Reportage "C'est triste, mais on va devoir s'habituer parce que ce n'est que le début..." : des Français démunis face à la multiplication d'attaques racistes

Depuis la poussée du RN aux élections européennes, la campagne des élections législatives anticipées est notamment marquée par des actes décomplexés de racisme ordinaire.
Article rédigé par Willy Moreau
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Des manifestants tiennent des pancartes lors d'un rassemblement contre l'extrême droite place de la République à Paris, après l'annonce des résultats du premier tour des élections législatives, le 30 juin 2024. (JEROME GILLES / NURPHOTO / NURPHOTO VIA AFP)

Plus que des dérapages. Lettres d'insultes, agressions physiques, intimidations, menaces... Les récits de réflexions, de paroles ou d'attaques racistes ou homophobes s'accumulent dans le contexte électoral. Depuis le succès du Rassemblement national lors des élections européennes, et la montée en puissance du parti de Marine Le Pen et de Jordan Bardella dans la campagne des élections législatives, la parole raciste semble s'être totalement décomplexée.


Devant la gare Saint-Lazare, en plein Paris, Imène attrape son portable et fouille dans ses photos. La jeune femme rit, et finit par montrer une affiche collée lundi sur sa porte d’entrée : "Il y a écrit : 'Allez Jojo, dehors les Arabes' avec une affiche de Marine et Jordan." "Il y a clairement des gens qui ont pris la peine de venir marquer ça devant ma porte. Je ne suis jamais passée par là. Je n'ai jamais eu de problème. Des regards, on en a tous... Mais des problèmes de ce style-là, je n'en avais jamais eu."

Ses parents n’ont pas porté plainte, explique Imène, dans un nouveau de rire de façade. Et la jeune femme de conclure : "C'est triste, mais on va devoir s'habituer parce que ce n'est que le début."

Incompréhension et colère

L’ambiance est "pesante", témoigne, pour sa part, Louis, d’origine camerounaise. "Rien de frontal" souffle l’habitant de L’Hay-les-Roses, dans le Val-de-Marne, mais des actes beaucoup plus insidieux. "Tu arrives, les gens étaient en train de causer... Et ça s'arrête, ça passe à autre chose. Même quand c'est dans la blague, tu sens qu'il y a un message qui est passé : rentrez chez vous. Peut-être que chacun devrait être chez lui, mais le 'chez toi', c'est où ?", s'interroge-t-il.

"Chez moi, c’est la France !" répète Meryem, à Vitry-Sur-Seine, dans le Val-de-Marne. "On est chez nous, quoi ! Réellement", s'agace-t-elle, avant de raconter sa dernière mésaventure à caractère raciste : "Hier, j'étais au centre commercial, j'ai vu une femme avec un voile et le monsieur a crié 'ah bah voilà c'est de ces bougnoules-là dont on en a marre, vivement qu'ils s'en aillent'""Je le prends personnellement", confie-t-elle la voix chevrotante.

"Je m'appelle Meryem, je suis directement issue de l'immigration, mes parents ont eu huit enfants. On est quatre filles, quatre garçons, on travaille tous les huit, on paye tous des impôts, il n'y en a aucun qui vit aux crochets de la société pour le coup", confie Myriam, avant de s'arrêter. Sa voix s'étrangle alors.

"J'ai de la colère parce que, malgré tout, c'est un pays qui nous a donné beaucoup, pour lequel nous, on essaye de rendre. Qu'il y ait du ras-le-bol, ça s'entend, et je pense qu'on l'a tous. Mais le ras-le-bol ne veut pas dire aller vers la bêtise".

Meryem

à franceinfo


Après une année 2023 marquée par une explosion des infractions à caractère raciste, xénophobe et antireligieux, l’assistante sociale évoque, enfin, sa fille de cinq ans : "C'est surtout pour elle que je m'inquiète".

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